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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 19:50

 

 

 

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lundi 31 décembre 2012


A l’instar de beaucoup d’autres, François Bozizé aura fait le mandat de trop. A l’instar de son homologue malien Amadou Toumani Touré, cet officier général aura su organiser la conquête du pouvoir par l’armée mais n’aura pas su résister à une offensive « rebelle ». Bangui n’est pas encore tombée mais on se demande comment Bozizé pourrait non seulement renverser la situation sur le terrain mais, plus encore, envisager de perdurer au pouvoir, politiquement et diplomatiquement.

 

L’ambassade des Etats-Unis ayant purement et simplement plié bagages hier, jeudi 27 décembre 2012, la France – présente militairement dans la capitale – restant l’arme au pied, le discrédit du chef de l’Etat (sic) est total et il est peu probable qu’il y ait encore quelque chose à négocier le 10 janvier 2013, objectif de la mission de conciliation de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) : il n’y a personne pour penser que Bozizé est, aujourd’hui encore, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

 

Né au lendemain de la fin de la Deuxième guerre mondiale, au Gabon, d’un père gendarme originaire de la région de Bossangoa, dans le Nord-Ouest de l’Oubangui-Chari (aujourd’hui Centrafrique), Bozizé appartient à l’ethnie Gbaya. Son enfance et son adolescence seront marquées par les soubresauts qui caractérisent cette colonie française totalement enclavée, dernier territoire ayant constitué l’Afrique équatoriale française (AEF). Délaissé par l’administration coloniale, ce territoire a été totalement livré aux grandes compagnies concessionnaires qui, soucieuses seulement d’exploiter ses richesses naturelles, ne se sont pas préoccupées de son développement. André Gide, Albert Londres, Louis-Ferdinand Céline, parmi d’autres, ont raconté dans leurs livres cette effroyable exploitation totalement inhumaine.

 

L’année où va naître Bozizé, Barthélémy Boganda (dont le centenaire de la naissance a été célébré le 4 avril 2010), avait été élu, pour la première fois, député à l’Assemblée nationale à Paris. Dix ans plus tard, lors de la création de la République centrafricaine, il sera nommé chef du gouvernement provisoire étant appelé, du même coup, à devenir le premier président de la République dès que l’indépendance aurait été acquise. Mais quelques mois plus tard, à la veille de cet événement, le 29 mars 1959, le Nord Atlas 2014 dans lequel il revenait de Berbérati explosait en plein vol. Ce drame va marquer durablement la population centrafricaine. Boganda va devenir le symbole de l’homme d’Etat qui aura cruellement fait défaut au pays. Sa mort va ouvrir la porte du pouvoir à son « cousin » David Dacko (qui a été préféré par Paris à Abel Goumba, plus engagé à gauche). Qui, le 13 août 1960, proclamera l’indépendance de la République centrafricaine. On le dira « l’homme des Français ». Il le sera. Un temps !

 

Ayant choisi de servir au sein de l’armée, Bozizé sera formé par les Français à l’Ecole militaire de Bouar. Le 1er janvier 1966, le colonel Jean Bedel Bokassa, chef d’état-major de l’armée, s’emparera d’un pouvoir que Paris destinait à Jean Izamo, commandant de la gendarmerie nationale. C’est la fin du règne de Dacko. Et le début de celui de Bokassa qui, souvent mal conseillé, plus souvent encore instrumentalisé par ceux qui ont des visées sur les ressources naturelles considérables de la Centrafrique, ne sera pas ce qu’il promettait d’être.

 

Bokassa sera président à vie en 1972, maréchal en 1974, musulman en 1976, empereur en 1977 (après s’être « reconverti » au catholicisme). Le 20 septembre 1979, l’Elysée va décider l’opération Barracuda qui va permettre de le renverser en douceur. Paris ramène Dacko au pouvoir. Sous Bokassa, Bozizé avait été promu capitaine en 1975 puis commandant. Mais, repéré par le chef de l’Etat, il s’était retrouvé… général de brigade à 32 ans, en 1978, et deviendra son aide de camp. Quand Dacko reviendra au pouvoir, Bozizé sera nommé ministre de la Défense. En 1980, il va aller se perfectionner à l’Ecole de guerre en France. C’est à Paris qu’il apprendra le coup d’Etat du général André Kolingba. Dacko avait été réélu, en mars 1981, président de la République avec seulement 50,23 % des voix ; le 1er septembre 1981, il est renversé par un coup d’Etat militaire.

 

Kolingba va gouverner le pays sous le strict contrôle du lieutenant-colonel Jean-Claude Mantion, officier français ancien des services secrets, chef de la sécurité présidentielle. Dans le gouvernement Kolingba, Bozizé sera ministre de l’Information et de la Culture, mais les relations entre les deux hommes seront difficiles. Les 2-3 mars 1982, ayant été accusé d’avoir voulu le renverser, il s’exilera au Tchad puis au Bénin (pendant son séjour au Bénin, Bozizé deviendra adepte de l’Eglise du Christianisme Céleste-Nouvelle Jérusalem). En juillet 1989, arrêté au Bénin, extradé vers Bangui, il sera emprisonné, torturé, accusé de complot et de menées subversives. Mais la roue de l’Histoire tourne vite en cette fin de décennie 1980. Le multipartisme sera légalisé à la suite de grèves et de manifestations. Bozizé, acquitté, sera libéré en décembre 1991.

 

Le 19 septembre 1993, Ange-Félix Patassé est élu président de la République centrafricaine après près de 54 % des voix, devançant son principal adversaire, Abel Goumba. Bozizé, candidat lui aussi, fera un score peu significatif, pour ne pas dire insignifiant. Recevant le nouvel ambassadeur de France à Bangui, Patassé avertira : « L’échec de Patassé et de son gouvernement sera l’échec de Mitterrand et du peuple français ». Patassé échouera ; mais de son seul fait. Dans un contexte politique déliquescent, et alors que certains pays voisins (le Tchad mais aussi et surtout la Libye) ont des visées sur Bangui, la Centrafrique va être confrontée aux mutineries militaires et autres affrontements armés. La première mutinerie remonte au 18 avril 1996 ; de nouveaux affrontements auront lieu en 1997. Une Mission interafricaine de surveillance des Accords de Bangui (Misab) sera mise en place puis une Mission des Nations unies (Minurca) en 1998.

 

Dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 mai 2001, Bangui devra faire face à une tentative de coup d’Etat. L’ex-chef d’Etat,Kolingba, s’avérera en être l’instigateur. Il faudra dix jours, le soutien des Libyens et des troupes du zaïrois Jean-Pierre Bemba, opposant armé au régime de Kinshasa, pour que « l’ordre » soit rétabli dans la capitale centrafricaine. La résidence de Kolingba étant attenante à l’ambassade de France, Patassé ne manquera pas de mettre en cause la France, accusée d’avoir fourni des armes aux « rebelles ». Du même coup, Patassé devra annuler son voyage à Paris, prévu pour la fin de l’été. Il déléguera dans la capitale française son premier ministre, Martin Ziguelé, tandis que Kolingba se réfugiera en Ouganda.

 

Effet collatéral de cette tentative de coup d’Etat, le 26 octobre 2001, Bozizé sera limogé de son poste de chef d’état-major de l’armée. Il s’enfuira au Tchad avec cinquante-six hommes, quelques véhicules et ce qu’il a pu trouver comme moyens de subsistance. Il s’agissait pour lui d’échapper à l’arrestation après s’être réfugié dans sa résidence de Bangui : pendant plusieurs jours, il s’opposera par les armes à ses agresseurs. Le 25 octobre 2002, à la veille du premier anniversaire de son limogeage, il revendiquera une première tentative de coup d’Etat. Qui échouera. Mais le samedi 15 mars 2003, cependant, accompagné d’un groupe de « libérateurs » d’un millier d’hommes, il va renverser le régime de Patassé et prendre le contrôle de la capitale en moins de deux heures. « Une révolution, pas un coup d’Etat », dira-t-on, tant il est vrai que le départ de Patassé soulageait tout à la fois la population centrafricaine, sa classe politique, la communauté africaine (à commencer par Libreville en charge de la médiation) et la « communauté internationale ».

 

Jean-Pierre BEJOT    LA Dépêche Diplomatique

 

Source : http://www.lefaso.net/spip.php?article52056

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