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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 22:20

 

 

 

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Enquête sur la sécurité du président

Par Jean-Marc Leclerc Le Figaro 30 juin 2011

Les voyages élyséens imposent une vigilance de tous les instants. Nicolas Sarkozy se déplace douze fois plus que Jacques Chirac. 

«Véga bousculé !» Véga est le nom de code donné au chef de l'État sur les fréquences de la police. Et «Véga» ne doit guère être satisfait de l'épisode de ce jeudi, à Brax (Lot-et-Garonne), où un individu a pu l'agripper par le col et le tirer violemment contre une barrière métallique censée le protéger de la foule. Cette affaire ne restera sans doute pas sans conséquences, même si le chef de l'État a rapidement fait savoir qu'il ne porterait pas plainte.

En quatre ans, Nicolas Sarkozy a multiplié par douze le rythme des voyages présidentiels en France, à raison de deux déplacements par semaine en moyenne. Quand son prédécesseur ne se rendait en province qu'une fois tous les mois et demi environ.

Autre rythme, autres méthodes : quand une faille apparaît dans le dispositif de sécurité déployé le jour J, ce n'est plus le lampiste qui trinque mais le responsable départemental de la police ou de la gendarmerie, voire le préfet du département en personne. Le 12 janvier 2009, à Saint-Lô (Manche), quelques quolibets et une vitre brisée ont ainsi scellé le sort du préfet de la Manche et de son directeur de la police en tenue, tous deux démis de leurs fonctions. Le préfet limogé fut muté au Conseil supérieur de l'administration territoriale de l'État, en charge de l'«évaluation de l'action des préfets et des sous-préfets en poste territorial».

Depuis cet incident, la tension était palpable dans les préfectures à l'approche de chaque visite du chef de l'État. «Il y a eu un avant et un après Saint-Lô», confie un préfet. Selon lui «rares sont les préfets qui sous-traitent désormais les préparatifs de la visite à leur directeur de cabinet». Et la question sera d'ailleurs rapidement posée à celui du Lot-et-Garonne.

Une «blindée» au coffre «bien rempli»

La logistique impressionnante des voyages obéit à un quasi rituel. Rien n'est laissé au hasard. Pas même ce que mangera le président à bord de son Falcon d'État, car la nourriture servie à bord est «sécurisée». Crainte d'un empoisonnement ou simple respect de normes d'hygiène draconiennes ? La santé du chef de l'État vire presque à l'obsession tant les précautions prises sont importantes. Nicolas Sarkozy ne se déplace jamais sans son médecin personnel du service de santé de l'Élysée. Il en conviera même un second si sa suite est importante. «Imaginez que quelqu'un dans la délégation requiert l'assistance du docteur en même temps que le président », décrypte un conseiller. A l'arrivée, le Samu local déploie aussi une antenne, au cas où…

Le chef suprême des forces civiles et militaires ne saurait être victime de l'imprévoyance. Il reste le garant de la continuité du feu nucléaire, même au fin fond du Lot-et-Garonne. Dans son sillage se tient toujours l'un de ses deux aides de camp, modèles de discrétion. Ce jeune officier ne porte pas la clé des missiles autour du cou, mais il transporte dans une mallette de quoi assurer une liaison permanente avec le chef d'état-major particulier du président à l'Élysée. Une tradition s'est instaurée : c'est l'aide de camp et nul autre qui remet en main propre au président chacun des discours qu'il prononcera lors de ces déplacements en province ou ailleurs.

Autre homme clé : le «transmetteur». Il détient les moyens de communication cryptés à la disposition du chef de l'État, dont un téléphone satellitaire. Au lendemain son élection, Nicolas Sarkozy a mis en place à l'Élysée un Service de permanence et d'information (SPI), sur le modèle de ce qu'il avait connu à l'Intérieur. Où qu'il se trouve, le «spi» l'alerte en temps réel sur ce qui se passe en France ou à l'étranger, qu'il s'agisse d'un titre de tennis remporté par un champion français, par exemple, ou de la libération de compatriotes retenus en otage.

La «blindée» aussi est du voyage : Renault Vel Satis ou Citroën C6. L'Élysée en possède deux. La voiture est convoyée à l'avance, comme la «papamobile» pour le pape. Avec son poids de char d'assaut et ses vitres épaisses à l'épreuve des balles qui déforment le paysage au point de donner mal à la tête, sa conduite nécessite une formation spéciale. Son coffre est toujours «bien rempli» (comprendre : en armes), dit un officier de sécurité qui a tenu autrefois le poste du «siège», c'est-à-dire celui du passager avant droit qui sort le premier, en cas de coup dur, pour couvrir la sortie du président toujours installé à droite, derrière lui.

Rues balayées, roind-point fleuris, commerces fermés

En amont de chaque visite, une petite armée prépare le terrain. Tout commence à 8 heures 30 dans le «salon vert» qui jouxte le bureau présidentiel. Dans cette pièce qui fut le bureau d'Attali, le chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, soumet régulièrement les propositions de visite émises par les élus, les associations ou les chefs d'entreprise, toujours friands de ce type de déplacements. «La maîtrise du calendrier reste fondamentale», assure Franck Louvrier, conseiller du président pour la communication, le seul qui effectue à ses côtés l'intégralité des voyages. L'entourage de Nicolas Sarkozy veille à ce qu'il ne se fasse pas imposer son agenda par l'extérieur. Deux alternatives au moins lui sont toujours proposées.

Un premier repérage est effectué dans chacun des sites étudiés. Une fois l'endroit choisi, le préfet de département concerné s'accorde avec le chef de cabinet sur le programme. «Les idées viennent surtout d'ici», assure, sans rougir, un conseiller à la présidence. Seuls quelques rares préfets abordent l'événement sans trop d'appréhension. L'un d'eux déclare : «Pour espérer le pardon en cas de pépin, mieux vaut avoir pratiqué Sarkozy et les siens durant leur passage à l'Intérieur… »

Avant que n'arrivent les «précurseurs», sorte de mission d'audit dépêchée par l'Élysée à la veille du jour J, tout aura été nettoyé, balisé, mis en scène. Les trajets sont doublés. Les rues balayées. On fleurit parfois les ronds-points. Au besoin, on ferme les commerces, les bars, les kiosques à frites. L'impératif de sécurité dicté par les services spécialisés de la présidence prime sur tout le reste.

Le précédent Édith Cresson

Les experts de la protection rapprochée ont encore en mémoire la débâcle d'Édith Cresson, alors ministre de l'Agriculture, qui, dans les années quatre-vingts, s'était retrouvée encerclée par des paysans, bousculée à la sortie d'une étable, obligée de fuir en hélicoptère. Le préfet y avait laissé sa casquette. Plus récemment, en 2003, c'était au tour de Nicolas Sarkozy, alors «premier flic de France» et du premier ministre de l'époque, Jean-Pierre Raffarin, de devoir affronter une foule hostile, à Bastia, juchés sur les chaises en plastique d'une salle d'aéroport.

Aujourd'hui, un déplacement en province ne mobilise pas moins de 700 gendarmes et policiers, appuyés au besoin par un hélicoptère, des escadrons de gendarmes mobiles et des CRS, mais aussi des hommes du Raid (Unité d'élite de la police nationale), du GIPN (Groupement d'intervention de la police nationale) et une quinzaine de fonctionnaires de police en civil. Sans compter le GSPR (Groupe de Sécurité du Président de la République).

«Quand il s'agit de la sécurité du président, on nous accorde tout et même davantage, d'où la colère élyséenne quand un incident éclate malgré tout», affirme un contrôleur général de la Sécurité publique. Il n'y a pas que cela. Un haut fonctionnaire qui connaît bien le président le dit : «Nicolas Sarkozy aime foncièrement les policiers et les gendarmes. Il avance sans craintes dans l'espace aménagé pour sa sécurité. Or, il n'est jamais agréable de réaliser que l'on a pris des risques par excès de confiance».

Contrôler les pneus des cars

A l'entendre, le chef de l'État n'apprécie pourtant pas la démesure de certains dispositifs. En 2002, à Montluçon, atterrissant sur l'aéroport de la Creuse, il avait distingué sur les toits des militaires munis de fusils à lunette cachés sous des toiles de camouflage : «Ridicule !», avait-il lâché, furieux.

Plus que jamais, pour assurer la sécurité du premier personnage de l'État, le professionnalisme est de rigueur. Et il ne va pas sans imagination. Comme le jour où un chef de secteur eut l'idée de contrôler les pneus des cars qui menaient des contestataires sur le site d'un voyage présidentiel consacré au nucléaire. Les militants ont fini par atteindre leur destination… une heure après le départ des autorités.

Mais dans le Lot-et-Garonne, ce jeudi 30 juin 2011, «l'inacceptable» est survenu. Le président a chancelé en public, sans tomber certes, et gardant une parfaite maîtrise de la situation. Son agresseur a été interpellé sur le champ. Mais trop tard. Un avertissement sérieux pour les déplacements à venir. La sécurité rapprochée du président va devoir plancher d'arrache-pied pour éviter qu'un tel incident ne se reproduise. Aucun relâchement n'est permis en pleine campagne présidentielle.

 

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