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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 04:26

 

 

carte-visite-Fabien-Singaye.jpg

 

Voici la première partie d'un long et intéressant article publié par Jacques Perrin dans la revue XXI du mois de mai juin 2010. Il relate les troublantes activités au Rwanda auprès de la famille Habyarimana avant et après la mort de ce dernier, des personnages sulfureux comme le capitaine Paul Barril et le conseiller spécial de Bozizé Fabien Singaye. Cela se passe de commentaires. Bonne lecture !

 

Rédaction C.A.P

« Barril l’affreux»  dans XXI AVRIL/MAI/JUIN 2010 -

 

L'ancien gendarme de l'Elysée s'est construit une deuxième vie après ses échecs professionnels.

Fondateur d'une société de sécurité, appelée Secrets, il s'est fait trafiquant d'influence, d'armes, de mercenaires et de secrets. Ami intéressé des extrémistes rwandais, Paul Barril les a soutenus et défendus au-delà de l'imaginable. Avec l'aval de Paris.

«L'affreux» était bien utile. Lui seul pouvait mettre en œuvre une politique que nul responsable français ne veut aujourd'hui assumer.

Par Jean-Pierre Perrin

 

 

"L'histoire commence dans une chambre à coucher, celle du président rwandais et de sa femme.

Nous sommes le 26 mai 1994, en plein génocide. Juvénal Habyarimana est mort assassiné sept semaines plus tôt, son épouse Agathe a fui en France.

A Kigali, la capitale, l'armée et les milices du gouvernement extrémiste cèdent du terrain aux rebelles, qui atteignent le palais présidentiel et l'investissent. Le reporter suisse Jean-Philippe Ceppi est dans leurs pas.

Parvenu à la chambre du couple, le journaliste fait le tour de la vaste pièce. Coup d'œil sur les lectures présidentielles. Rien de très passionnant: Le Vicomte de Bragelonne, d'Alexandre Dumas, Les Mines du roi Salomon ...

Ci:St alors qu'il aperçoit, abandonnés sous une table de nuit, des rouleaux de télex classés «secret» ou «confidentiel ». Le plus intriguant, c'est qu'ils proviennent de l'ambassade du Rwanda à Berne.

Le journaliste se saisit des rouleaux. Un confrère moins scrupuleux fait main basse sur un flacon d'un litre de Chanel n°5 trouvé dans la salle de bains de la présidente. Il parcourt les télex. Adressés au président Habyarimana, les documents portent tous l'en-tête «A l'attention du colonel Elie Sagatwa ».

 

Le colonel Elie Sagatwa est le secrétaire personnel du défunt chef de l'Etat, le chef de son cabinet militaire aussi. Mais ces fonctions officielles, il les a doublées par d'autres responsables des escadrons de la mort rwandais, il s'occupait des achats d'armes et des relations avec les extrémistes.

Les télex portent une signature, celle de Fabien Singaye, deuxième secrétaire d'ambassade. La fonc­tion sans relief est destinée à faire illusion. Dans les faits, Fabien Singaye, 35 ans, est une «moustache », c'est-à-dire un homme des services secrets en Répu­blique helvétique, et au-delà: «De l'Europe de l'Est jusqu'à la Chine », précise le journaliste et enquêteur suisse Jean Musy.

La lecture est édifiante. Amateur de basses beso­gnes, Fabien Singaye raconte comment il repère les opposants au régime. Il dénonce aussi ses collègues diplomates mariés à des femmes tutsies et fait des fiches sur les journalistes étrangers critiques ...

Mais il y a bien plus intéressant.

Au détour d'une phrase, un nom apparaît dans le télex daté du 10 février 1992: « Voir comment on peut mettre. sur pied un plan de travail avec Barril.» ALIAS« BRAVO»

Barril, le capitaine Paul Barril en cheville avec un deuxième couteau? Ce super gendarme qui diri­gea le GIGN au début des années 1980? Ce nageur de combat, as en arts martiaux et tireur d'élite? L'hom­me qui clame avoir « arrêté 115 personnes, participé à la reddition de 61 forcenés, neutralisé à mains nues 17 individus armés, libéré plus de 450 otages» ? ..

On a d'abord du mal à y croire. Mais la lecture des télex de Berne lève tout doute. Il ne s'agit pas d'une collaboration occasionnelle. L'ancien

On a d’abord du mal à y croire. Mais la lecture des télex de Berne lève tout doute. Il ne s’agit pas d’une collaboration occasionnelle. L’ancien super gendarme est missionné, il est l'homme de confiance de Fabien Singaye, l'agent des services secrets rwandais en Suisse.

Barril a un nom de code: «Bravo ». Et un ordre de marche: vérifier les informations et rumeurs transmises par Fabien Singaye, lui en fournir aussi.

Ce que fait le capitaine, sans état d'âme. Dans un télex daté du 22 janvier 1992, la «moustache» rwandaise rend compte à ses supérieurs des dernières activités de son super espion. «Vous informe que le mardi 2 janvier j'ai eu une longue conversation avec Bravo qui se trouve en Italie pour une visite officielle du président du Qatar. Il m'a confirmé les informations ... », écrit-il. Il poursuit: «Bravo souhaite que j'aille le voir à Paris dans le courant du mois de février car il aurait des documents à me confier, des documents qu'il n'aimerait pas m'envoyer par [la] poste.»

Les télex de Fabien Singaye, adressés au secrétaire particulier du chef de l'Etat rwandais, ne laissent place à aucune hésitation: Paul Barril, alias « Bravo », travaille pour l'espion en chef de Kigali.

L'ancien gendarme ne recule devant rien. Il informe, par exemple, sa« moustache» rwandaise des échos qui lui parviennent de l'Elysée, où opère son mentor, François de Grossouvre, conseiller pour les affaires privées de Mitterrand.

L'ESPION, LA «TAUPE» ET LE JUGE

Paul Barril est une «taupe », la «taupe» de Fabien Singaye. Fabien Singaye, son contact et deuxième secrétaire d'ambassade, est au cœur du réseau des «grands génocidaires ». Le beau-père de la «moustache» de Berne n'est autre que « le financier du génocide », Félicien Kabuga, un des hommes aujourd'hui les plus recherchés au monde.

Fin 1994, alors que les extrémistes rwandais sont en pleine déroute après avoir commis le génocide, Fabien Singaye use de ses contacts avec l'exécutif suisse. Son beau-père, Félicien Kabuga, s'introduit frauduleusement dans le pays. Quand sa présence sera révélée au grand jour, « le financier du génocide » sera expulsé, pas arrêté. Avant de partir, il aura le temps de retirer sa fortune des coffres suisses.

Pour Singaye, la roue tourne également. Lui aussi est bientôt déclaré persona non grata, pour activités incompatibles avec son statut de diplomate. Mais le 9 août 1994, il frappe à la porte de la maison France. Et obtient aussitôt un titre de séjour.

Singaye coule désormais des jours heureux à Aulnay-sous-Bois, dans la banlieue parisienne. Un homme d'affaires français, qui l'a approché, le décrit comme «travaillant pour le plus offrant ».

«C'est avant tout un intriguant placé au cœur de multiples réseaux. Quand il estime n'avoir plus rien à tirer d'un employeur, il peut parfaitement faire alliance avec ses adversaires.»

L'ancienne «moustache» de Berne n'a pas directement de sang sur les mains, mais il a de vraies amitiés avec les extrémistes du génocide et pas de scrupules. Cela tombe bien: Paul Barril, alias «Bravo », n'en a pas non plus. Les deux bar­bouzes poursuivent leur collaboration.

A Paris, l'espion rwandais se lie d'amitié avec un autre exilé, le Centrafricain François Bozizé. Avec la bienveillance officieuse de Paris, cet ancien militaire prépare un coup d'Etat en son pays, où l'armée française dispose alors d'une base perma­nente. Quand François Bozizé prend le pouvoir en 2003, Fabien Singaye devient son «conseiller spé­cial », chargé de sa sécurité.

L'ancien espion approche également Patrick Balkany, le député-maire de Levallois. Par le biais de cet intime de Nicolas Sarkozy, parfois émissaire du président français en Afrique, le Rwandais rencontre le «roi des mines du Congo », le Belge George Forrest. Très vite, Fabien Singaye le rejoint dans l'équipe des «facilitateurs» de la société Areva en République centrafricaine. Areva est le bastion du nucléaire français. La «moustache» de Berne devient en quelque sorte son administrateur local.

Mais il y a encore plus incroyable. L'espion rwandais expulsé de Suisse, le traqueur d'opposants, le dénonciateur de femmes tutsies est éga­lement engagé le 27 mai 2002 comme expert et interprète par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, pour travailler sur le dossier du ... géno­cide des Tutsis du Rwanda!

Lié aux pires extrémistes rwandais, Fabien Sin­gaye va peser sur l'instruction de l'attentat d'avril 1994 contre l'avion présidentiel et son équipage français. Il traduit du kinyarwanda au français les déclarations de témoins. Plusieurs se rétracteront, affirmant ne pas reconnaître leurs propos.

Faut-il voir, là encore, dans cette étonnante col­lusion, l'influence de Barril ? «Sans aucun doute. Le juge Bruguière a toujours eu confiance dans les gen­darmes. Par définition, un gendarme, ça ne ment pas. Et Barril est fils et petit-fils de gendarme », indique un criminologue qui a fréquenté les deux hommes.

Contacté, le gendarme confirme ses liens avec le magistrat. Des Emirats où il se trouve, Paul Barril nous recommande à plusieurs reprises de « pren­dre contact» avec le juge antiterroriste: «Le dossier Bruguière est bien ficelé [.J. Il y a tout dedans.»  

Logique: la thèse du juge, forgée en quelques semaines, se confond avec celle du gendarme. Tous deux tiennent la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) pour responsable-de l'attentat, qui, le 6 avril 1994, servit de déclencheur au génocide. L'instruction à charge a été menée jusqu'à l'absurde. Les autres pistes, dont celle des extrémistes, ont été purement et simplement négligées, les témoignages sont sujets à caution, les partis pris nombreux ... Qu'importe, il s'agit de dédouaner Paris de toute responsabilité dans le ·'génocide commis au Rwanda.

DEUX «GLOIRES» FRANÇAISES

En fait, c'est à la fin 1989 que Paul Barril commence véritablement à travailler pour le pouvoir rwandais. Il dirige une boîte de sécurité privée, dont le nom dit à peu près tout: Secrets, pour Société d'études, de conception et de réalisation d'équipements techniques de sécurité.

Sur recommandation de François de Grossouvre, conseiller de Mitterrand à l'Elysée, il est contacté en janvier 1989 par un émissaire du président rwandais Habyarimana, au pouvoir depuis seize ans. Il rencontre secrètement l'homme de confiance à Paris, à l'hôtel Méridien, en compagnie de Groussouvre.

Bientôt, il signe deux petits contrats avec Kigali. ~. L'un, du 15 novembre 1989, porte sur la fourniture de deux portiques de détection et de vingt détecteurs de métaux portatifs à la présidence rwandaise. L'autre concerne la livraison de cinq pistolets mitrailleurs de marque Beretta, avec leurs chargeurs.

Passé ces deux tests, les propositions sérieuses suivent. Paul Barril est chargé de réorganiser les services secrets de la garde présidentielle.

Le gendarme n'est pas en terrain vierge. Une de ses vieilles connaissances sévit également au Rwanda, un ancien commissaire de la DST, Pierre­Yves Gilleron. Comme le capitaine, le commissaire fut impliqué dans l'affaire des écoutes de l'Elysée. Avec Gilleron, Barril retrouve un amateur d'opérations de basse police et de coups tordus. C'est à ces deux «gloires» françaises, l'ancien flic et l'ancien supergendarme, que le régime rwandais confie le soin d'organiser son système répressif. Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg ...

Car les deux «gloires» deviennent des ennemis mortels. La férocité de la bataille suinte des télex rédigés par Fabien Singaye. Derrière l'acolyte rwandais, on sent l'empreinte de Barril. Tous deux s'emploient à faire passer Gilleron et ses agents pour des trafiquants de drogue, des gangsters, des agents doubles, des infiltrés de la rébellion ... Un télex mentionne «la clique des escrocs (sic) faux policiers ». Il donne le ton.

Un ancien de la DST, qui fut un de ses flamboyants agents sous le nom de code «Vulcain» et que Barril chercha à recruter, se souvient de l'affrontement: «Gilleron avait initié Barril aux affaires internationales auxquelles il n'entendait rien. C'est encore Gilleron qui lui a ouvert des portes en Afrique et au Moyen- Orient. Après, le capitaine, qui est tout sauf quelqu’un de structuré, a pensé avoir tout compris et s'est séparé de lui. D'où la lutte féroce.»

Il faut un vainqueur, ce sera Barril. Il gravit enfin les mains libres le perron du pouvoir rwandais.

L'ancien gendarme comprend rapidement que plusieurs clans sont en rivalité. D'emblée, «popaul» se lie avec le plus fort, celui de «Madame », soit la belle-famille du Président. Ce clan, appelé «Akazu» (petite maison), rassemble autour d'elle le noyau dur des extrémistes, dont le secrétaire particulier du président et le supérieur de Fabien Singaye.

Aux yeux du clan, le président rwandais est un modéré. «Malgré son physique de rustre} c'était quelqu'un de relativement éclairé, assez présentable, qui a fasciné François Mitterrand quand ils se sont rencontrés. C'était aussi un homme plutôt honnête, sans doute le seul chef d’Etat africain à avoir ordonné à ses ministres de voyager en classe économique. Mais malgré son regard de saint, il pouvait être aussi un tueur », résume un africaniste français.

Le gendarme a saisi que le Président est en perte de vitesse. Il comprend aussi qu'ils sont nombreux dans son entourage à vouloir sa perte. Il s'allie donc à son épouse, Agathe Habyarimana, et se rapproche d'elle dans la période précédant le génocide.

Ce processus, P., l'ancien patron des services de contre-espionnage helvétique qui fut proche du dossier, le détaille pratiquement: «Barril doit s'ac­quitter de deux missions. D'une part, il  doit protéger les dirigeants hutus. De l'autre, Agathe ne faisant guère confiance à ses services de renseignement, il doit organiser un réseau parallèle afin de savoir ce qui se passe au sein de la rébellion.»

De ces missions, le gendarme convient volon­tiers lorsque le juge Bruguière l'interroge. Sur procès-verbal, Barril déclare ceci: «Dans les années 1990, j'ai été chargé, sur ordre de Grossouvre, d'infiltrer les structures militaires et politiques de la rébellion rwandaise.»

Le gendarme rencontre à Paris, à l'hôtel Sofitel de la Défense, le chef de la rébellion, Paul Kagamé. «J'ai mangé avec lui dans sa chambre, qui était la chambre 623 », dit-il dans un enregistrement.

La mission d'infiltration de Barril - supposée plonger «jusqu'à la racine» de la rébellion, selon les mots de Grossouvre - est un échec, total. Les guérilleros du FPR continuent à gagner du terrain.

La deuxième mission de «Bravo », «protéger les dirigeants hutus », se clôt, elle, sur un feu d'artifice. Le 6 avril 1994, l'avion du président rwan­dais est abattu par un tir de missiles. Au nombre des «dirigeants hutus» assassinés: le président, son secrétaire particulier (le supérieur de Fabien Singaye), son chef d'état-major, des officiers, des ministres ...

Quel échec pour Paul Barril !

D'autant que d'insistants bruits alarmants cir­culaient depuis des semaines. «Depuis fin mars, j'étais au courant qu'il se préparait quelque chose contre Habyarimana », assure la journaliste belge Colette Braeckman, familière du Rwanda. La crainte d'un attentat hantait jusqu'à l'équipage français de l'avion présidentiel: un mois avant, les trois militaires placés à disposition avaient modifié la procédure d'approche.

Impossible pour un homme aussi averti que Barril, placé au cœur des réseaux sécuritaires, d'ignorer qu'il se tramait des événements graves. ~. «On savait que se préparaient beaucoup de choses », reconnaît-il d'ailleurs dans un enregistrement.

Alors, où était-il ce 6 avril 1994, jour de l'attentat? Réponse laconique à notre question: «Je n'étais pas sur place, hélas!»

 

DANS LES EAUX TROUBLES

 

Comme le nageur de combat qu'il fut, le gendarme préfère les eaux troubles. Evoquant, dans ses mémoires, le suicide de son ami François de Grossouvre, qualifié au passage de «général en chef "" d'une nouvelle armée de l'ombre, apte à rétablir la France », Barril affirme avoir appris l'attentat sur «une colline perdue au centre de l'Afrique».

Le Rwanda? Le Burundi? Barril se garde bien de toute précision. On sait simplement qu'il est dans la région depuis plusieurs jours, mais le gendarme a soigneusement brouillé les pistes.

Une certitude toutefois: peu avant l'attentat, Barril est à Kigali. Jacky Héraud, l'un des trois militaires français tués dans l'attentat, le croise à l'aéroport et en fait part à sa femme. Quarante-huit heures avant l'attentat, l'épouse d'un haut fonctionnaire français le rencontre au même endroit: «Je me suis dit: "Tiens, ce type-là, je le connais. Mais oui, avec ses petits cheveux ras et son physique de faux beau gosse, c'est Barril ! "Il était alors entouré d'une flopée d'officiers rwandais venus l'attendre.»

Ces deux témoignages sont confirmés par l'actuel chef des services secrets rwandais, connus sous le nom de Damascène et contacté par téléphone à Kigali: «D'après un collègue du Burundi, il a quitté le Burundi le 4 avril. Je sais qu'il était à Kigali les 4 et 5. Mais le 6 avril, personne ne sait où il était. Nous avons pourtant fait des recherches. Probablement était-il au Rwanda, mais il n'y a aucun fait palpable qui atteste de sa présence ici.»

Ce qui est fort curieux, c'est que le juge Bruguière, dans son enquête sur l'attentat, interroge à trois reprises Barril sans jamais lui demander où il se trouve le 6 avril 1994, date pourtant de la plus haute importance. La mission parlementaire française sur le Rwanda s'entretiendra avec des dizaines de personnes, mais pas avec Barril.

L'attentat ne « grille» pas la réputation du gendarme. Bien au contraire. Ses affaires fleurissent. Un mois plus tard, le 6 mai 1994, sa relation avec la veuve du président rwandais est officialisée par la signature d'un contrat qui lui donne mission de «conduire toutes les investigations qu'il jugera utiles à la manifestation de la vérité sur l'assassinat du Président ».

LES ÉCRANS DE FUMÉE

Comme enquêteur privé au service de ~dame », le supergendarme français donne sa mesure. Le voilà qui, le 28 juin, surgit dans un état d'excitation sur le plateau du journal d’Antenne 2. Il a retrouvé, clame-t-il, la «boîte noire» de l'avion présidentiel abattu dans le ciel de Kigali. Il peut dire qui a tiré les missiles: ce sont les « terroristes du FPR », la rébellion.

Devant les caméras, Barril exhibe à l'appui de ses accusations un mystérieux objet qu'il présente comme « la boîte noire ». Cette clé, laisse-t-il entendre, est celle de l'énigme.

Le tour du prestidigitateur ne fait illusion qu'un temps. Comme l'établiront les techniciens de Dassault Aviation, la pièce présentée par Barril est un simple «coupleur d'antennes », soit «une boîte permettant la jonction d'une antenne radioélectrique avec le système de navigation de l'appareil ».

Aujourd'hui encore, P., l'ancien chef des services suisses de contre-espionnage, est furieux contre l'intervention télévisée du gendarme; «Barril se foutait du monde. Même s'il s'agissait effectivement de la boîte noire, ce n'est pas elle qui nous aurait dit d'où sont partis les missiles et, surtout, qui les a tirés. »

Dans son livre, l'ancien gendarme affirme avoir aussi récupéré sur les lieux de l'attentat «80 kg de pièces calcinées de l'avion» dont «des boîtiers électroniques, des enregistreurs de vol, des bandes magnétiques ».

« Bravo» assure également avoir payé de sa personne: « Je me suis rendu sous un tir intense de mortier de 120 mm du FPR à l'aéroport de Kigali pour récupérer les dossiers originaux: carnets de l'aéroport, rapport de la météo, fax, télex, ainsi que douze bobines d'enregistrement des vols du jour fatidique.» Il ajoute: «plus tard, avec l'aide de militaires fidèles, j'ai récupéré les lanceurs des deux missiles meurtriers, trouvés aux alentours d'une zone surveillée par l'armée belge. J'ai aussi les plans des lieux avec l'emplacement présumé des tireurs.»

La réalité est, toutefois, quelque peu différente.

Si Barril repart effectivement de Kigali avec du matériel, ce n'est pas lui qui a garni ses bagages. Pour deux raisons.

La première: les lieux de l'attentat sont passés au peigne fin. Le commandant Grégoire de Saint­Quentin, du 1er Rpima, un des « réservoirs» des services secrets français, récupère les corps des trois membres français de l'équipage. Il trouve aussi probablement, sinon les missiles, du moins la « boîte noire» de l'avion - même s'il prétend le contraire.

(à suivre)

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