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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:35

 

 

Jean-Pierre-Vidon.jpg

 

 l'Ambassadeur Jean-Pierre Vidon

 

 

Qu’il me soit permis ici de réagir modestement à la tribune que vient de publier dans la presse locale, un compatriote, un aîné, un homme de droit et droit, avocat par sa profession et premier Bâtonnier de l’ordre des avocats centrafricains, universitaire en ses grades, intellectuel en ses  engagements pour une République centrafricaine digne, réconciliée avec elle-même, prospère où il fait bon vivre et, en profiter, l’occasion fait le larron,  pour fustiger la ruse, la fourberie, le double langage du chef de la mission diplomatique de la France à Bangui, qui, après avoir considérablement dévoyé  sa mission, œuvre plus ou moins ouvertement à la réélection de François Bozizé.

 

Cet aîné, comme vous l’aurez deviné, n’est autre que le Bâtonnier Zarambaud Assigambi, patriote sans égal, qui force respect et admiration.

 

Avec le style qui est le sien, où presque jamais la virulence n’emporte sur l’élégance, Me Zarambaud,  après avoir égrené la litanie des violations de droits de l’homme, dénoncé la mal gouvernance de ce régime aux abois qui maintient nos compatriotes sous le joug de la misère,  a dit en substance ceci : « Les intellectuels et les patriotes sincères doivent oser donner ouvertement leur position, ou doivent-ils faire honteusement  le dos rond, jouer aux flagorneur et attendre qu’un nouveau pouvoir s’installe un jour (aucun pouvoir n’est éternel)  pour surgir et soutenir effrontément qu’ils ont trop souffert et beaucoup lutté dans l’ombre sous le régime Bozizé. Certains l’ont dit et fait après la chute du régime de feu  l'ex-président André Kolingba, puis après la chute de l’ex-président Ange Félix Patassé ».

 

Il n’a en outre pas manqué, s’agissant des ambassadeurs et autres chefs de mission diplomatiques accrédités à Bangui, de relever sans le dire ouvertement, publiquement, mais les initiés l’ont compris, leur mutisme face aux exactions de Bozizé qui s’apparente à un blanc seing : « On attend cependant impatiemment que Ambassadeurs et Représentants des organisations internationales se ressaisissent - il n'est jamais trop tard pour bien faire - qu'ils dénoncent et condamnent ouvertement, clairement et vigoureusement cet acte et ces propos fort peu diplomatiques, d'un autre âge, actes et propos qui insultent la civilisation universelle, ainsi que l'intelligence du doux Peuple centrafricain Épris de paix, de sécurité, de dialogue sans agression et de débats contradictoires, sans violence et démocratiques ».

 

Sur ce point précis de son intervention, j’ai, pour ma part, décidé, humblement, d’expliciter la pensée du Bâtonnier Zarambaud Assigambi à l’aune des informations concordantes et recoupées en ma possession. 

 

À la seule différence que je choisis, moi, religion des faits oblige, d’écarter de mon langage, la généralité.  Au lieu de parler des ambassadeurs, je parlerai ici du cas spécifique de la représentation diplomatique de Paris à Bangui, qui s’est érigé en « cabinet de défense des intérêts égoïstes et personnels » du seul Bozizé. Dieu sait quelle pression son chef exerce actuellement sur les leaders de l’opposition à se plier aux caprices du Seigneur Bozizé 1er  et ainsi cautionner son hold-up électoral en laissant tomber leur menace de boycott.

 

Je me désole avant toute chose de devoir inviter certains de mes compatriotes, affublés du substantif « d’intellectuel », à cesser de cirer les pompes  de ce fossoyeur au sourire fraternel. Je les invite en revanche, à s’investir sans s’invectiver, à l’exemple de Me Zarambaud,  à ce travail sérieux de réflexion dont l’enjeu est la paix et la stabilité de notre pays.

 

Comme dit la sagesse de la savane ivoirienne, « quand le savant refuse d’agir pour le bien de la communauté, il trahit Dieu ».

 

Or, en choisissant leurs propres intérêts, en optant pour le discours unique matraqué au sein du parti-État du KNK, ils préfèrent l’insulte et la vulgarité (à l’exemple de Bozizé et Gouandjika) à la place de la discussion courtoise, argument contre argument, et polluent ainsi inutilement l’atmosphère politique déjà tendue. Ceux-là ont des oreilles cadenassées par la vente de leur âme au diable de Sassara, incapable de participer à un débat.

 

Venons-en tout de suite aux faits.

 

Aujourd’hui, on assiste à une  gestion monarchique et opaque non seulement des affaires de l’État qui n’existe que de nom à cause de l’incapacité du régime à insuffler une dynamique salutaire, mais aussi du processus électoral, laissant ainsi planer le risque d’un affrontement entre Centrafricains, donc d’une guerre civile inévitable (la tuerie de l’ambassade de la RCA au Cameroun ce 3 novembre en témoigne).

 

Et ce, au vu et au su de la communauté internationale, l’ambassade de France à Bangui en tête, qui ne fait rien mais absolument rien si ce n’est de chercher à persuader les gens de la nécessité du maintient de Bozizé au pouvoir.  

 

Le plus choquant ici n’est pas tant le mutisme de l’ambassadeur de France à Bangui devant cette situation inextricable qui menace gravement la paix sociale, la stabilité du pays et obstrue toute possibilité de développement, mais c’est le rôle d’avocat défenseur du régime de Bozizé qu’il s’est taillé et ses grossières ingérences dans les affaires de notre pays.

 

Que les institutions du pays ne fonctionnent nullement parce qu’elles ont été détournées de leur noble mission et sont totalement phagocytées par une famille, celle de Bozizé, qui les contrôle par l’intermédiaires d’une classe d’hommes de pailles aussi incultes qu’incompétents, l’ambassadeur de France à Bangui trouve normal.  

 

Que l’indépendance de la justice n’est plus qu’une simple vue de l’esprit à cause des interventions intempestives et directes de François Bozizé qui fait fi du « qu’en dira-t-on » et fait embastiller des pauvres innocents sans un début de preuve et que la séquestration dans une prison privée à Bossembele de certains membres des familles Ndengou et Balembi, accusés à tort d’avoir incendié le super marché Rayan, le diplomate français en convient. C’est à la limite s’il n’applaudit pas des deux mains.

 

Que de nombreux rapports établis par des organisations non gouvernementales sérieuses, notamment françaises,  sont unanimes sur les graves crimes commis depuis 2003 par la garde présidentielle de François Bozizé, le dernier acte en date est le passage à tabac de Joseph Bendounga au sein du palais présidentiel, le représentant de la France qui était pourtant présent, fait l’indifférent.

 

Que Sylvain Ndoutingaï raquette des entreprises françaises, celui-ci n’a rien à redire.

 

Qu’à cela ne tienne ! Le diplomate français peut-être touché par la bonne grâce de « grosses pierres non encore taillées », qui sait, croit trouver en Bozizé des qualités d’homme d’État sensible aux problèmes des Centrafricains, compatissant à la douleur des familles qui tirent le diable par la queue, au dépit des retraités qui depuis plusieurs trimestres n’ont pas touché leur pension et qui meurent dans l’indifférence.

 

NON MONSIEUR L’AMBASSADEUR!  Toutes ces qualités, tant est qu’elles existent, Bozizé ne peut les avoir. En tout cas, le peuple centrafricain n’a jamais eu l’occasion de vérifier les qualités que vous croyez trouver en Bozizé au point de vouloir nous l’imposer par la ruse, la fourberie, le double langage et de grossières manœuvres.

 

Au point surtout de vous opposer farouchement à toute idée d’une transition consensuelle et que vous ayez pu sensibiliser les autres diplomates accrédités à Bangui à vous suivre pour ainsi laisser la main libre à Bozizé, malgré la fin de son mandat et son coup d’État constitutionnel, de conduire le processus électoral à sa guise.

 

Mais peut être qu’il faille convenir avec vous que Bozizé est un homme consensuel, tellement consensuel qu’il dialogue avec ses opposants, les consulte avant de prendre des grandes décisions, respecte sa parole donnée, tient compte des décisions de justice et, surtout, se soucie de l’avenir de notre pays en voulant organiser des élections présidentielle et législatives transparentes et crédibles.

Si c’est vraiment le cas, alors pourquoi faites-vous du lobbying pour lui et exercez-vous d’inadmissibles pressions sur les leaders de l’opposition afin qu’ils cautionnent la mascarade électorale que prépare son parti, le KNK?

 

Tout semble attester, certains témoignages à l’appui, qu’Après la signature par Bozizé du décret fixant la date des élections au 11 janvier prochain, c’est vous qui auriez obtenu des leaders d’opposition, d’accepter ce caprice du dieu de Benzambé. C’est encore vous qui auriez suggéré l’idée du fameux accord de dupes du 10 août dernier (le fameux accord est parti en fumée depuis belle lurette). 

 

C’est toujours vous, qui, aujourd’hui, tentez par tous les moyens, de dissuader le Collectif des forces du changement et l’UFVN de se retirer du processus électoral et d’atténuer leur protestation contre les décisions pour le moins insolites et dégoutantes de Bozizé à l’issue de la réunion du 19 octobre au palais de la Renaissance au cours de laquelle Bendounga a failli passer de vie à trépas. 

 

C’est pourquoi, j’exhorte les leaders politiques membres du Collectif des forces du changement et de l’UFVN (l’Union des forces vives de la nation) à ne pas céder à vos chantages puisque manifestement, vous entendez aider Bozizé à rempiler à la tête de notre pays. Si, comme vous le souhaitez, ces leaders de l’opposition venaient à suivre vos faux conseils, ils prennent le risque de se discréditer définitivement. Car, ils sont eux,  engagés à défendre les intérêts de notre pays et non à suivre l’agenda secret d’un étranger, fût-il ambassadeur de France ! L’époque où la France pouvait ramener un président dans la soute d’un avion de son armée pour l’installer au pouvoir à Bangui est révolue. Qu’ils ne se m’éprennent pas : aucun conseiller de Sarkozy, aucun homme, prétendant agir au nom de la France n’a plus ce pouvoir là.

 

Pas même celui d’éviter la CPI (Cour pénale internationale) à un type, parce qu’il s’est engagé à ne pas faire de vagues et à jouer les faire valoir pour les besoins d’un hold-up électoral !!!

 

Paris a désormais ses propres problèmes à gérer : la réforme des retraites mal engagée, la place de la France en tant que puissance mondiale etc. la RCA est vraiment le cadet de souci des décideurs français. Et ce, d’autant plus que le président Sarkozy, lui, entend décomplexer les relations avec l’Afrique.

 

À tout le moins, le souhait de la France sinon son intérêt aujourd’hui, c’est d’avoir une République centrafricaine stable et en paix. À cause de sa situation géographique stratégique.

 

Car, et on ne le dira jamais assez, si la RCA venait à s’embraser, elle entrainerait toute l’Afrique centrale dans sa chute. Il est établi qu’une « sommalisation » de notre pays ouvrira la porte à une instabilité sans précédent dans l’espace CÉMAC. Ainsi, le régime de Paul Biya pourra se retrouver avec un mouvement insurrectionnel aux fesses, surtout que « l’opération épervier » ne fait pas que des heureux dans son propre camp, le Tchad devra certainement se passer de ses revenus pétroliers, dont les puits se trouvent aux frontières de la RCA et le Congo pourrait encore voir ressusciter ses déments de la guerre civile.

 

C’est en cela que la mise en garde de Me Zarambaud, « ne vaut-il pas mieux pratiquer la prophylaxie pour éviter les maladies, ou être médecin traitant pour éradiquer plutôt que de jouer au médecin légiste pour déterminer les causes d’une mort qu’on aurait pu éviter en osant prendre ses responsabilités », est plus que pertinente.   

     

 

Source : L’Indépendant.  

 

 

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