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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 02:15

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Ce qu’on a appelé par abus de langage ou par conformisme bourgeois, « violences intercommunautaires », qui a surgi fin mai à Bangui sans que personne au sein de l’establishment ne l’ait vu venir et qui n’est en réalité qu’une réaction violente des habitants du quartier Ali contre les agissements d’une partie des  ressortissants tchadiens installés nombreux dans la capitale centrafricaine, continue de retenir l’attention des observateurs, remettant au grand jour l’impuissance et l’inexistence  du premier ministre Faustin Archange Touadéra sur la scène nationale, surtout à un moment où tout chef du gouvernement qui se respecte monte au créneau.    

Cet effacement presque maladif de celui qui occupe la primature à Bangui, loin d’être occasionnel, est un rituel. Depuis sa nomination en janvier 2008, il semble hors-jeu. On ne l’a jamais entendu sur des questions essentielles qui touchent à la souveraineté. La marge de manœuvre, il ne connaît pas. De sorte que nous l’avons presque oublié. « Ce n’est qu’un premier ministre en carton, raconte un de ses visiteurs du soir. Faustin est là pour embellir le décor, il fait de la figuration  pour ne pas laisser le poste vacant », martèle-t-il un brin dépité.

Pourtant, contrairement à son patron de président, l’homme a eu un parcours scolaire et universitaire au dessus de la moyenne. Selon sa biographie officielle, il naquît le 21 avril 1957 à Bangui, s’inscrit à l’université après un bac scientifique et obtient une licence. Puis, c’est à Abidjan qu’il passe la maîtrise avant de décrocher un DEA de l’université de Lille. C’est ensuite en 2004, à Yaoundé (Cameroun), qu’il fut déclaré docteur d’État en mathématique.       

On pouvait donc logiquement espérer qu’il adopte une autre attitude que celle de la soumission systématique aux diktats et autres injonctions de Bozizé. Même si Touadéra est l’exact contraire d’un boutefeu, certains ont voulu croire qu’il allait être organiquement, viscéralement, inapte à l’obéissance, exerçant librement et courageusement ses fonctions de premier ministre. Mais c’est sans compter avec son tempérament de chien battu. 

Le premier ministre de Bozizé observe ses prérogatives, du reste constitutionnelles, comme le coq regarde le couteau : sans y comprendre et sans savoir le moins du monde comment s’en servir.

Lorsque le 21 mai dernier, l’ancien premier ministre de Patassé, Georges Anicet Dologuélé, déclare lors de ses obsèques que « le Président m’a laissé toute la latitude de choisir moi-même les femmes et les hommes avec qui je souhaitais conduire la mise en œuvre de son programme de société et, dans la plupart des cas, il a compris et approuvé les raisons que je lui fournissais pour justifier mes choix », le sang de Touadéra déjà froid s’est glassé, alors que Bozizé, sourire en coin, buvait du petit lait. 

À la différence de Dologuélé, Touadéra, lui, n’a jamais eu la latitude de former son gouvernement. Il est même d’ailleurs systématiquement tenu à l’écart. « À l’exception notable de son parent Josué Binoua qu’il a réussi après moult tractations à faire nommer au ministère de l’administration du territoire, raconte un membre de sa famille, Faustin (Touadéra, ndlr) a découvert comme tout le monde, la liste complète du gouvernement qui a été concoctée par Ndoutingaï et Findiro », déclare-t-il.    

Alors que les 16 et 17 juin prochain, son gouvernement organise une table ronde des bailleurs de fonds à Bruxelles et qu’il sera présent, son entourage le dit réticent. « Si ça ne tenait qu’à lui (Touadéra, ndlr), on devrait reporter cette table ronde. Il n’est pas du tout chaud et l’a pourtant dit au chef de l’État », affirme un membre de son cabinet, en soulignant le fait que « c’est est une affaire et seulement une affaire du ministre du plan, Sylvain Maliko, chouchou du président de la République qui le considère comme le plus grand économiste centrafricain malgré sa carrière incognito dans les institutions internationales ».  

Avec son air de beau-fils irréprochable, sa timidité suspecte, toujours sombre, Faustin Archange Touadéra est le personnage le moins respecté et le plus ignoré du gouvernement. Comme ce jour de mai 2009 où deux de ses ministres transforment en sa présence, l’enceinte de la représentation de l’Union européenne à Bangui, en un véritable ring de boxe. Malgré la présence de leur chef, ces deux ministres qui ne répondaient que de Bozizé, se répandaient en propos orduriers et voulaient coûte que coûte en venir aux mains avec le délégué de l’Union européenne d’alors, Jean-Claude Esmieu. Ils n’ont jamais été sanctionnés.  

La faute au manque de charisme et à l’absence d’une quelconque marge de manœuvre du chef du gouvernement. « Je l’accompagne tous les week-end ou presque à Damara dans sa ferme, confie un de ses proches,  mais il n’a pas réussi à me trouver une place. Il n’a pas le courage de le demander à Bozizé. D’ailleurs, de lui, c’est le contraire qui m’aurais étonné », affirme ce dernier sous le couvert de l’anonymat, en expliquant qu’après son retour à Bangui suite à son troisième cycle à Lille Touadéra était  « incapable de se battre comme les autres pour trouver une place d’enseignant à l’université. Il s’était bonnement converti en chauffeur de taxi clandestin.  C’est grâce à l’ancien premier Maïdou, aujourd’hui conseiller à la présidence qu’il a trouvé une place d’enseignant  vacataire, malgré son doctorat », lâche-t-il.    

Au sein de l’actuel gouvernement, la réalité du pouvoir n’est ni à la primature, encore moins à la présidence mais plutôt au ministère des finances, où règne en maître absolu, Sylvain Ndoutingai. Touadéra, lui, peut continuer à faire de la figuration. Les critiques de ses détracteurs peuvent continuer de pleuvoir, tant qu’il ne sera que simple postiche dans le décor bozizéen, sa place de premier ministre est garantie. C’est peut-être pour cela que le sourire ne quitte que très rarement son visage.

L’Indépendant

 

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