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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 23:02

 

 

Bozizé à Bruxelles le 17 juin 2011

 

Un long mois (quasiment) s’est écoulé depuis que le site web de L’Indépendant est absent du cyberespace, au moment même où il était censé contribuer, efficacement, à l’information du Centrafricain, très inquiet de son devenir, tant l’incertitude semble définitivement s’installer dans son salon, dans sa chambre et à son lieu de travail.  

Pris par surprise, certains, qui ne méritent aucun détour parce que sans reliefs, ont allégué (pour être dans la bonne grâce du régime de Bangui et hérité en retour d’un poste dans l’administration centrafricaine) que cette absence est de leur chef : « qu’ils auraient fait fermer le site », prétendaient-ils.

D’autres, assez nombreux, ont eu quelques chagrins mais ont continué, tranquillement, leur petit bonhomme de chemin. 

En revanche, les fidèles lecteurs de L’Indépendant, très nombreux, ont été sincèrement affectés par cette absence et n’ont cessé de nous le témoigner, allant jusqu’à nous proposer une aide financière que nous n’avons pas bien sûr accepté. Nous tenons à leur rendre hommage.

Que tout le monde (même ceux qui espéraient une disparition définitive de L’Indépendant sur le web) se rassure, cette non présence momentanée est liée à un impératif organisationnel. Nous avons juste voulu mettre un peu d’ordre dans la maison. Et c’est fait. Très heureux de vous retrouver.

Venons-en à la situation du pays.

Vous pouvez aisément l’imaginer, rien de ce que j’ai appris depuis près d’un mois sur l’actualité du pays ne m’a fait varier d’un iota dans ma  conviction, inébranlable, de l’incapacité de Bozizé et des siens à gérer convenablement l’État centrafricain. Et je n’ai aucun doute que c’est également l’avis de la majorité de nos compatriotes. Ils sont plus nombreux chaque jour, de tous les milieux d’ailleurs, ceux des Centrafricains qui prennent conscience des atteintes si nombreuses aux principes fondamentaux qu’impose la vie en République.

D’abord, avec ce régime, nous avons assisté à la plus impressionnante confiscation de tous les pouvoirs qui ait été opérée depuis la proclamation de la République qui pourtant en a vu bien d’autres en matière de toute-puissance au sommet de l’État.

Ensuite, et j’ai du mal à l’écrire, tous les centres de décision qui permettent à un pays en crise comme c’est le cas de la République centrafricaine, à une nation, à un régime fût-il celui de Bozizé, de garantir la liberté des citoyens, leur information (Radio-Centrafrique est devenue la voix de Bozizé), leur créativité, leur égalité des droits, de résister à l’arbitraire, sont concentrés dans une seule main, celle de Bozizé, ou plus exactement dans la main de ses proches parents, à commencer par sa nombreuse progéniture.

Inutile de rappeler, en effet, que toutes les voies qui, dans une société dite démocratique, encouragent les familles, d’où qu’elles viennent, quelle que soit leur situation, à croire ou à rêver que leurs enfants pourront un jour se faire une place au soleil et jouer un rôle, peut-être même le premier rôle, dans l’avenir du pays grâce à la méritocratie républicaine. Mais tout ça hélas, risque fort bien de rester au stade de rêve, voire même d’utopie, tant le pays, ne dispose plus d’aucun repère. Il est éclaté, désarticulé et en perte de vitesse.  

Que faire ? 

M’aurait-on dit, il y a quelques années, que j’assisterais de mon vivant,  moins de vingt ans après l’instauration du multipartisme, moins de deux décennies après la tenue des premières élections pluralistes et l’alternance démocratique en douceur, à une telle remise en cause de ces acquis, résultats de tant de sacrifices, que j’aurais haussé les épaules et souri tout en demandant à mon interlocuteur d’aller consulter un psychiatre. Tant j’aurais pensé qu’il ne viendrait pas à l’esprit d’un Centrafricain (surtout pas de Bozizé) de faire l’impasse sur les dérives dictatoriales qui ont failli nous plonger dans l’abime et de réitérer ces bêtises du passé.

Pour moi, pour nous, pour tous, le processus démocratique enclenché en 1991 et consolidé en 1993 avec l’alternance pacifique à la tête de l’État, était irréversible. Erreur ! Un homme et son clan s’emploient depuis huit années à remettre en cause méthodiquement tout ce que nous avons pu forger dans la douleur et dans le sang.

Si cela ne menaçait pas notre existence en tant que nation, on s’en moquerait. Ce ne serait pas la première fois, ni la dernière fois sans doute, qu’un être humain attrape le virus de la toute puissance et tente d’écraser toute résistance. Car, comme quelqu’un l’a si bien écrit, le pouvoir est un alcool trop fort qui entraine souvent l’ivresse et très vite l’addiction ; pour l’acquérir, il faut consentir tant de sacrifices que la dépendance guette. Et quand on le rencontre, tant de regards se tournent vers l’élu, tant d’objectifs de caméras, tant de dos se courbent, tant de regards s’humilient et tant et tant et tant…

Mais là, il s’agit de la terre de nos pères. Il s’agit surtout d’un homme qui nous considère comme de simples butins de guerre. Connaissant nos faiblesses, il a utilisé la force brute pour nous faire peur. Sachant que nous sommes, pour la plupart, des nécessiteux sans conviction à la recherche des avantages que procurent les postes « juteux » dans la haute administration et la proximité du pouvoir, il gaspille les maigres deniers de l’État pour acheter notre allégeance. Le plus pathétique, c’est que nous l’avons accepté. Nous nous sommes acceptés comme tels.

En réalité, le régime qui nous fait subir toutes ces misères, n’est fort que de nos faiblesses. Ce régime de Bozizé n’est fort que de nos divisions. Il n’est fort que de nos trahisons. Car, il est aujourd’hui peu courant de trouver une dizaine de Centrafricains droits dans leurs bottes, constants dans leurs convictions, avec lesquels on peut mener des réflexions prospectives sur le pays et dans le plus strict secret.

À notre défaut de fiabilité, notre manque de sérieux et notre esprit de traitrise, s’ajoutent une volonté, presque irrésistible, violente même, de faire du mal, de dire du mal d’autrui. À peine que l’on tente d’associer des Centrafricains de très bon niveau, respectables, voire même désintéressés à une réflexion sur la situation préoccupante du pays, ils se bouffent le nez par la médisance, la calomnie, la jalousie et la haine gratuite. Tout cela contribue à perpétuer le régime sanguinaire de Bozizé et lui assure de  meilleurs lendemains.

À cela, il faut surtout ajouter l’inorganisation et la capitulation de l’opposition démocratique qui n’est plus que l’ombre d’elle-même à cause des calculs personnels de ses responsables et de ses divisions intestines. Chaque jour que Dieu fait cette opposition à l’occasion de mettre en mal le régime de Bozizé mais elle se fait anormalement discrète : que des scandales de détournements de deniers publics éclatent au grand jour, que des ministres de la République affirment publiquement qu’ils sont riches sans apporter des indications sur l’origine de leur richesse, que l’un des leurs, Joseph Bendounga, président du MDREC, initie des actions et tente de faire appliquer les lois de la République par ceux-là mêmes qui prétendent en tirer les fondements légaux de leur pouvoir, c’est le silence radio du côté de l’opposition. Elle ne condamne pas (par simple principe) et ne demande pas non plus quelques comptes à ceux qui pillent les biens de l’État. Cette opposition est amorphe, elle est incolore, inodore, elle est  devenue de l’eau (sic) et permet ainsi à Bozizé de dormir sur ses deux lauriers et de les traiter avec mépris. Tout cela ne rassure pas. Tout cela présage le chaos.

Pauvre République Centrafricaine : sa descente aux enfers n’en finit plus et la voici cette fois au bord de l’implosion. 

Adrien POUSSOU

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique