Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 18:20

 

 

 

Anicet-Georges-Dologuele.jpg

 

 

Propos recueillis par Vincent Hugeux, publié le 26/03/2013 à 11:53 lexpress.fr 


L'ancien Premier ministre Anicet Dologuélé juge excessif le délai de trois ans annoncé par Michel Djotodia, chef de la coalition rebelle Séléka et successeur autoproclamé de François Bozizé 

 

Premier ministre du président Ange-Félix Patassé de janvier 1999 à avril 2001, Anicet Dologuélé apparaît, avec Martin Ziguélé, son successeur à la tête du gouvernement centrafricain jusqu'en 2003, comme l'un des prétendants les plus sérieux à la magistrature suprême en Centrafrique, pour peu qu'un scrutin soit organisé dans un délai raisonnable. Au lendemain de la fuite de François Bozizé, chassé par les insurgés de la coalition rebelle Séléka, l'ancien président de la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale (BDEAC), aujourd'hui à la tête d'un cabinet de consultant installé à Paris, livre à L'Express son analyse. 

 

A quoi ressemble, à votre connaissance, l'atmosphère à Bangui?


Il y règne une ambiance de désolation. Du fait de l'ampleur des pillages, nos compatriotes n'ont pas eu le temps de savourer la chute du régime Bozizé. Disons que le plaisir aura été de courte durée... 


Chef de la Séléka, Michel Djotodia s'est intronisé chef de l'Etat et a promis un scrutin présidentiel dans un délai de trois ans. Cette lointaine échéance vous paraît-elle acceptable?


L'accord de Libreville [signé le 11 janvier dernier par les émissaires de François Bozizé et ceux de la rébellion armée] avait vocation à prévenir un énième coup d'Etat, quitte à accoucher d'une cote mal taillée. Selon ce scénario, le président en place devait aller au terme de son mandat, qui courait pendant encore trois ans, tandis qu'un gouvernement d'union nationale recevait mission d'organiser des élections législatives au printemps 2014. Il serait revenu au cabinet issu de ce scrutin d'orchestrer la présidentielle de 2016. Chef d'Etat autoproclamé, Michel Djotodia, que quasiment personne ne connaissait dans le pays, semble résolu à termine le quinquennat de son prédécesseur. Mais il convient de revisiter le compromis de Libreville à la lumière de la situation nouvelle que crée la disparition de Bozizé de l'échiquier.

 

Par ailleurs, Djotodia devra bien tenir compte des condamnations de la communauté internationale et des suspensions de financements des bailleurs de fonds. A mon sens, il faudrait 12 à 18 mois pour préparer une présidentielle digne de ce nom, avec révision de la liste électorale et distribution de cartes d'électeur biométriques.

 

Briguerez-vous la présidence?


Ce qui est certain, c'est que je vais faire de la politique. Première étape, la création d'un nouveau parti, qui désignera le moment venu son candidat. 


Quelles relations entretenez-vous avec les animateurs de la Séléka?


Je ne les connais pas. Voilà une douzaine d'années que je vis à l'étranger. De plus, le phénomène est apparu dans le nord-est du pays, où je n'ai pas mis les pieds. Quand la rébellion a pris le nom de Séléka et entrepris de marcher sur Bangui, son ambition affichée était de chasser l'ancien président. A aucun moment il n'avait été question de prise du pouvoir. 


Comment vous entendez-vous avec Martin Ziguélé, autre prétendant à la présidence?


Lui et moi, nous nous connaissions bien avant de nous lancer dans l'arène politique. Nous avons servi le même régime et sommes de vieux amis. Si nous devons un jour entrer en compétition, ce sera de la manière la plus saine et la plus républicaine qui soit. 


Vous avez quitté Bangui pour Paris jeudi dernier. Dans quelles circonstances?


Sur place, diverses rumeurs suggéraient qu'en cas de défaite de Bozizé, mon intégrité physique aurait été en péril. Je ne voulais pas prendre ces menaces au sérieux, mais les inquiétudes de mon entourage m'ont conduit à revenir en France. Principe de précaution. J'ai encore quelques rendez-vous professionnels à honorer en Europe, mais je compte rentrer en RCA dans deux à trois semaines.

 

Etes-vous en contact avec les autorités françaises?


J'ai rencontré Jean-Christophe Belliard [le directeur Afrique du Quai d'Orsay] voilà environ six semaines. De même, un rendez-vous avec Hélène Le Gal [conseillère Afrique de l'Elysée], différé pour cause de crise malienne, est de nouveau envisagé. 


Comment la RCA peut-elle s'affranchir de la malédiction putschiste?


C'est cyclique. Tous les dix ans, un groupe armé débarque et prend le pouvoir. Ensuite, on met une décennie à tenter de ramener le pays au niveau antérieur. Avec à la clé, non seulement le surplace, mais une régression à grande vitesse. Ce qui me désole, c'est que les acteurs politiques centrafricains ont tendance à faire appel à la force pour régler leurs contentieux, détournant au passage l'armée de sa vocation. Au risque de se voir mis à l'écart par des militaires qui prennent goût au pouvoir. Tout aussi graves, les ravages de la culture des armes chez les jeunes. Lesquels s'aperçoivent qu'en braquant un 4X4, on obtient en deux minutes une somme qu'ils mettraient des années de labeur à réunir. Pour éradiquer ces non-valeurs, il faudra beaucoup de temps, de ténacité et de pédagogie. 

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Interview