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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 00:17

 

 

 

Bozizé heberlué

 

 

http://www.lefaso.net    mercredi 3 avril 2013

 

« Si nous nous retrouvons à la tête de l’Etat, ce n’est pas, croyez-moi, par une quelconque ambition politique mais par devoir national ». J’adore les déclarations des putschistes. Et le discours de Michel Djotodia, samedi 30 mars 2013, à Bangui, vaut son pesant d’or : « Je demande à Dieu tout-puissant de nous donner la force et l’intelligence à moi et à mon premier ministre […] de bien gérer la Centrafrique pendant les trois ans à venir. Nous allons remettre le pouvoir à celui qui viendra nous succéder […] Il n’y aura pas de chasse aux sorcières car nous devons ériger la tolérance, le pardon et le dialogue en méthode de gestion des affaires de l’Etat ».

 

Les hommes politiques se succèdent au pouvoir en Centrafrique avec toujours quantité de promesses ; jamais tenues. David Dacko (1960-1966) a été le premier d’entre eux. Viré du pouvoir par Jean-Bedel Bokassa (1966-1979), il y était revenu (1979-1981) à la suite d’une intervention militaire (opération « Barracuda ») montée par la France. Avant que le général d’armée André Kolingba (1981-1993), « soucieux du devenir de son pays, décide de mettre un terme à la période d’anarchie que connaît la République centrafricaine et qui hypothéquait dangereusement l’avenir du pays », ne décide de l’en déloger. Ange-Félix Patassé (1993-2003), après avoir échoué en tant que putschiste, va remporter la présidentielle de 1993 et dix ans plus tard (15 mars 2003) sera dégommé par François Bozizé (2003-2013) qui, à son tour, va l’être, une fois encore au bout de dix ans. Il faudrait une bonne dose de naïveté pour croire que ce nouveau coup de force va, définitivement, changer la donne politique en Centrafrique.

 

J’attendais la rébellion au pouvoir à Bangui pour le 31 décembre 2012 (cf. LDD Centrafrique 013/Mercredi 26 décembre 2012), histoire de rappeler que c’est « dans la nuit de la Saint-Sylvestre » 1965 que le colonel Bokassa s’était installé à la tête de la République centrafricaine. Mais Djotodia a préféré « négocier » à Libreville un accord particulièrement boiteux. Il a raté aussi le dixième anniversaire du coup d’Etat (15 mars 2003) qui avait permis à Bozizé de renverser Patassé. La symbolique est quand même au rendez-vous : Djotodia a conquis Bangui le dimanche 24 mars, jour des Rameaux, commémoration de l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem sous les acclamations du peuple. Mais on sait que cette affaire-là a, rapidement, mal tourné. Enfin, passées la Passion et la Résurrection, restent l’Ascension et la Pentecôte. Des raisons de ne pas totalement désespérer ?

 

Dacko (mort en 2003), Bokassa (mort en 1996), Kolingba (mort en 2010), Patassé (encore vivant) n’avaient pas laissé de regrets. Bozizé n’en laisse pas non plus. Avant d’instaurer le sien, il avait été de tous les régimes : Bokassa l’avait fait général de brigade à 32 ans ; Dacko (lorsqu’il était revenu au pouvoir) l’avait nommé ministre ; Kolingba avait fait de même ; Patassé l’avait promu chef d’état-major. Aujourd’hui, à l’instar d’Amadou Toumani Touré au Mali, Bozizé s’est enfui. Sans doute pas à pied ; c’est avec effarement que l’on découvre dans le magazine du Monde, la photo de la flopée de Mercedes de la Présidence de la République (pas moins de sept sont visibles sur la photo ; et comme l’une d’entre elles est immatriculée 011 PR, on peut penser qu’il y en a quelques autres qui ont rejoint le Cameroun). Tandis que sur le site de la présidence de la République centrafricaine, il est encore proclamé que le pays aura « un avenir gagnant avec François Bozizé ». Et là on a une certitude : ce ne sera pas avec lui… !

 

En Centrafrique (et dans la région sans oublier les institutions continentales) on ne cesse de se réjouir du départ brutal des « présidents ». Reste que la question se pose à chaque fois : « Eh oui, mais après… ? ». Ce ne sont pas les médias panafricains qui vont poser la question. Chaque « alternance » est l’occasion de multiplier les « messages » et autres « publi-information ». Et Bozizé a pu, à l’instar de ses prédécesseurs, longuement et fréquemment, « communiquer » sur la réussite de sa politique. Il le disait encore à François Soudan (Jeune Afrique du 24 mars 2013) lors de leur entretien, au Palais de la Renaissance à Bangui, le 13 mars dernier : « Après tous les efforts consentis pour redresser la Centrafrique, 2013 allait être l’année du décollage ». Le seul qui ait décollé, c’est Bozizé (sans oublier sa famille et ses proches qui ont pris la poudre d’escampette dès la fin de l’année 2012). « A aucun moment je n’ai songé à fuir. J’étais prêt à me battre jusqu’au bout […] Je sais désormais sur qui je peux compter dans mon entourage et je sais qui a failli. Ceux-là se sont démasqués » ajoutait-il au sujet des événements de décembre 2012 dont il dit n’avoir jamais perdu la maîtrise : « Toutes les dispositions avaient été prises pour que les rebelles soient arrêtés aux portes Bangui ».

 

Onze jours plus tard, les portes de Bangui ont été franchies et Bozizé n’est pas resté les armes à la main pour défendre un pouvoir dont il revendiquait pourtant la légalité et la légitimité. Djotodia, dont nul ne sait vraiment d’où il vient et, surtout, qui sont ses sponsors, s’est positionné comme « le nouvel homme fort de Centrafrique » et a annoncé qu’il « remettra le pouvoir » en… 2016 (ce qui est, d’ailleurs, la prochaine échéance électorale présidentielle selon le calendrier initial). Il espère être, dit-il, « le dernier chef rebelle président de la Centrafrique ». D’ici là, affirme-t-il, il inscrira son action dans le cadre de l’accord de Libreville signé le 11 janvier 2013. Il a reconduit d’ailleurs à son poste de premier ministre, l’homme qui avait été désigné pour ce job par l’accord signé dans la capitale gabonaise.

 

Nicolas Tangaye est un avocat (il a même été l’avocat de Bozizé en 1989 après avoir collaboré avec le défenseur de « l’empereur Jean-Bedel Bokassa » : Francis Szpiner), fondateur et ancien président de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme. Tiangaye aurait aussi participé à la rédaction de la Constitution de 2004, celle que Djotodia a entrepris de suspendre. Il s’était présenté à deux reprises, en 2005 et 2011, aux élections législatives et avait été battu deux fois. Il n’a donc pas rejoint l’Assemblée nationale que Djotodia vient de dissoudre, ayant décidé de « légiférer par ordonnances ». Sur RFI, Tiangaye a eu ce commentaire étonnant (plus encore pour un juriste ancien constitutionnaliste) sur son job : « Je ne cautionne pas un coup de force. J’ai été désigné premier ministre dans le cadre des accords de Libreville. Et c’est ce processus qui se poursuit, donc il ne s’agit pas d’une caution à quel que coup d’Etat que ce soit »*.


En Centrafrique, l’endroit vaut l’envers. Et toute médaille, y compris celle de putschiste, a son revers. Djotodia est au pouvoir ; et Tiangaye y demeure. Ils ont formé un gouvernement dit « d’union nationale » (c’était déjà la dénomination du gouvernement formé au lendemain de l’accord de Libreville) qui comprend pas moins de 34 ministres et ministres délégués (dont cinq ministres d’Etat). Il est composé de membres de la « rébellion », d’opposants au précédent régime, de membres de la société civile et même d’un proche de Bozizé. Un gouvernement de bric et de broc pour un pays qui n’en finit pas de sortir des ténèbres. Et d’y retourner. François Soudan, qui est le dernier journaliste à avoir interviewé Bozizé en tant que président de la République (cf. supra), lui a posé la question : « Pourquoi Dieu a-t-il abandonné la Centrafrique ? ». Réponse de Bozizé : « S’il existe encore une lueur d’espoir malgré tous nos pêchés, c’est que Dieu ne nous a pas tout à fait oubliés ». Difficile de s’en convaincre.

 

* Depuis Paris, dans une lettre publique adressée le 29 mars 2013, Marie-Reine Hassen, qui a connu à la fois la prison et le lit de Bokassa (il l’a épousée de force, à seize ans, après que son père – un administrateur de la France d’outre-mer proche de David Dacko – et sa famille aient été, eux aussi, embastillés), ancienne ministre de Bozizé et candidate à la présidentielle 2010, souligne que l’accord de Libreville prenait en compte que François Bozizé demeurait chef de l’Etat jusqu’à la prochaine échéance présidentielle à laquelle il n’aurait pas été candidat. Bozizé n’étant plus là, elle considère, à juste titre, que l’accord de Libreville n’a plus de sens (si tant est qu’il en avait un le jour de sa signature le 11 janvier 2013, ce que conteste aussi Hassen).

 

Jean-Pierre BEJOT   La Dépêche Diplomatique

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