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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 23:35

 

 

Bourgi

 

26 octobre 2011 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske

La rumeur prétendait qu'il s'était dégonflé. A tort. Entendu le 3 octobre par les juges Roger Le Loire et René Grouman, à la suite de ses déclarations au journaliste Pierre Péan (dans le livre La République des mallettes) puis au Journal du dimanche, Robert Bourgi, l'un des conseillers occultes de l'Elysée en Afrique, a plutôt enfoncé le clou. L'avocat était entendu par les magistrats dans le cadre de l'affaire dite des « biens mal acquis », portant sur l'origine du patrimoine en France de plusieurs chefs d'Etat africains.

Après avoir confirmé des remises d'argent « périodiques » à Dominique de Villepin et Jacques Chirac entre 1995 et 2005, qu'il chiffre au total à 20 millions d'euros, l'avocat a livré les noms de cinq officiels africains qu'il aurait accompagnés alors qu'ils portaient des mallettes à l'Elysée. « Je n'ai jamais touché, comme on dit en Afrique, le "papier", a expliqué Robert Bourgi, sur le procès-verbal d'audition obtenu par Mediapart. C'était des missionnaires qui arrivaient avec la valise diplomatique et que je conduisais chez le président de la République française, chez Monsieur Chirac et chez Monsieur Villepin.»

Questionné sur « les personnes qui convoyaient l'argent », M. Bourgi a répondu qu'il s'agissait « de ministres dépositaires de la confiance du chef de l'Etat (ndlr - africain)». Puis il a précisé, pays par pays, quels avaient été ces mystérieux porteurs de valises : « Pour le Gabon, Pascaline Bongo, directeur de cabinet de son père, Jean-Marie Adze, ambassadeur du Gabon à Paris, Eugène Allou, directeur du protocole présidentiel du président Gbagbo, président de Côte d'Ivoire, Salif Diallo, ministre de l'agriculture à l'époque du président Comparoé, du Burkina Faso, et Jean-Dominique Okemba, conseiller spécial du président Sassou N'Guesso et son neveu. »

Ces missions un peu spéciales auraient cessé en novembre 2005, comme M. Bourgi l'avait déjà expliqué lors de ses interviews, après un clash avec Dominique de Villepin. Et elles n'auraient pas repris avec Nicolas Sarkozy, que Robert Bourgi a accepté de conseiller aussitôt après sa rupture avec M. Villepin. L'actuel président a d'ailleurs remis en mains propres la Légion d'honneur à l'ancien Monsieur Afrique, en 2007.

Jusqu'en 2005, M. Bourgi aurait donc servi « d'intermédiaire ou d'agent de liaison », selon sa propre définition, entre les dignitaires africains et l'Elysée. « Etant le conseil de ces chefs d'Etat, j'informais le Président Chirac, comme Villepin, de mes déplacements en Afrique, a-t-il expliqué ; et mes interlocuteurs français, à des périodes décidées par eux, me disaient de passer un message au chef d'Etat, que j'allais voir. Ces chefs d'Etat, à qui je passais le message, prenaient attache avec M. Chirac ou M. de Villepin, et là se décidait l'envoi d'émissaire. »

En contrepartie, ces chefs d'Etat attendaient de MM. Chirac et Villepin qu'ils « facilitent leurs relations avec le Fonds monétaire international, avec la Banque mondiale », et leur permettent aussi « l'attribution de crédit, comme par exemple l'intervention de l'Agence française de développement ».

« Je vous remets un million d'euros pour financer votre action politique »

Les juges l'ont interrogé pays par pays. Robert Bourgi a confirmé avoir préparé le « retour en grâce en France » du président de Guinée-Equatoriale, Teodoro Obiang, par un rendez-vous avec Dominique de Villepin.

L'avocat assure avoir été témoin à cette occasion de la remise d'un million d'euros à l'ancien secrétaire général de l'Elysée, alors ministre de l'intérieur. « Je lui ai organisé un déjeuner avec M. de Villepin, ministre de l'intérieur (fonction qu'il a occupée entre 2004 et 2005 - ndlr) place Beauvau », a expliqué M. Bourgi sur procès-verbal.

Outre MM. Obiang et Villepin, M. Bourgi avait convié le président sénégalais Wade et son fils Karim, ministre d'Etat. « A la fin du déjeuner, il y a eu un entretien dans le bureau de Villepin et le président Obiang a fait signe à son aide de camp qui lui a remis le "pilote case", et le président Obiang l'a mise aux pieds de Villepin, qui s'est levé, l'a prise et l'a mise derrière son bureau. Il s'est rassis et M. de Villepin a dit au président Obiang : "Vous serez reçu par le président Chirac." (...) A ce moment-là, le président Obiang, qui parle français, a dit à M. de Villepin : "Je vous remets un million d'euros pour financer votre action politique."»

Sollicité par l'intermédiaire de son mouvement République solidaire, Dominique de Villepin, actuellement en déplacement à l'étranger, n'a pas donné suite. « De toute façon, cela m'étonnerait qu'il veuille réagir ! », a déclaré à Mediapart sa porte-parole, Brigitte Girardin. MM. Villepin et Chirac avaient annoncé leur volonté de déposer plainte contre Robert Bourgi au lendemain de ses déclarations dans le JDD.

Concernant Nicolas Sarkozy, M. Bourgi a assuré face aux juges qu'il ne voulait « plus entendre parler » de financements politiques par les chefs d'Etat étrangers. « Je ne veux plus de ces méthodes-là », lui aurait dit l'actuel président au moment de le recruter.

Seulement voilà, l'avocat raconte aux juges sans barguigner comment a été prise la décision d'écarter Jean-Marie Bockel du secrétariat d'Etat à la coopération en 2008. « Lorsque M. Bockel a prononcé son discours  sur la fin de la Françafrique, j'ai reçu dans la soirée des appels téléphoniques des présidents Bongo et Sassou N'Guesso qui me manifestaient leur fureur et me chargeaient d'en faire part au chef de l'Etat et à M. Guéant », a-t-il expliqué aux juges.

De poursuivre : « J'ai rappelé les deux présidents africains et leur ai conseillé d'envoyer leurs deux ambassadeurs porteurs de leurs doléances, ce qui fut fait. Les chefs d'Etat sont revenus à la charge par mon intermédiaire. J'ai dit au président de la République que le président Bongo était dans une fureur indescriptible, et qu'il était même allé jusqu'à me faire part de son désir de menacer les intérêts français au Gabon, par exemple Total. Cela a débouché sur la révocation de M. Bockel et la nomination de M. Joyandet. »

Les silences de Bourgi sur les « biens mal acquis »

Robert Bourgi n'a pas été questionné sur les cadeaux prétendument offerts par les présidents Gbagbo (Côté d'Ivoire) et Bongo (Gabon) à Dominique de Villepin: il avait évoqué dans la presse la remise de «superbes masques», de livres rares, et une montre Piaget offerte par Bongo.

L'audition de l'avocat n'a pas apporté non plus de révélations sur les «biens mal acquis». Selon le dossier des juges, les familles Bongo, Sassou Nguesso et Obiang, visées par l'enquête, posséderaient en France près de deux cents comptes bancaires, une vingtaine de voitures de luxe (Porsche, Ferrari, Bugatti, Mercedes...) et une trentaine de fastueux biens immobiliers, appartements de grand standing ou villas cossues.

Sur le sujet, Robert Bourgi a dit ne rien savoir. « J'ai été on ne peut plus proche d'Omar Bongo, j'ai été on ne peut plus proche du président Sassou (...) je n'ai jamais été lié, associé, informé de tout ce que l'on appelle aujourd'hui les biens mal acquis. Jamais les présidents ne m'ont parlé de cela. J'étais leur conseiller "politique", ce que j'étais bien avant d'être avocat, mais pour ce qui concerne le patrimoine immobilier, ces chefs d'Etat avaient leurs conseils, avocats, notaires français. » Les chefs d'Etat « compartimentaient », selon M. Bourgi.

L'homme, qui est resté un pilier de la Françafrique, assure aujourd'hui appeler de tous ses vœux à ce que « ces dépenses somptuaires extravagantes » des présidents africains « prennent fin ». « Lorsque qu'il y a trois jours, ma fille après avoir consulté internet, m'a montré les camions de fourrière qui emmenaient les véhicules du fils Obiang, j'ai souri de satisfaction », assure-t-il.

L'intermédiaire dit souhaiter « des relations franco-africaines assainies », et même espérer « un printemps africain », à l'image des printemps arabes. Il faudra d'abord qu'il songe à cesser de conseiller les dictateurs. Comme il le signale aux juges, Robert Bourgi reste aujourd'hui le « conseil » d'Ali Bongo, successeur de son père à la présidence gabonaise.

 

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