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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 02:50

 

 

 

 

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Source : www.infosud.org

  6 mars 12 - Plongée avec Mats Brügger et son documentaire « The Ambassador » - à mi-chemin entre Borat et Michaël Moore - dans un pays où la législation se contourne à coups de CFA, de diamants bruts et de kalachnikov.

Sandra Titi-Fontaine/InfoSud - En 2012, la Banque mondiale a classé la République Centrafricaine (RCA) au 182ème rang mondial sur 183 pour son calamiteux climat des affaires. Seul le Tchad fait pire. Une aubaine pour Mads Brügger, journaliste danois, qui a décidé de démontrer dans un documentaire satirique la corruption et le néocolonialisme qui font et défont encore les richesses et les présidents sur le continent africain. Dans « The Ambassador », qui a été projeté au sein du Festival du film et Forum International sur les Droits Humains, il se pastiche en un consul honoraire du Liberia clownesque et rétro, bottes coloniales et fume-cigarette compris, pour trafiquer du diamant depuis Bangui, la capitale du Centrafrique. Un passeport diplomatique lui est nécessaire pour, le croit-il, sortir du pays avec ses précieux gemmes sans subir de fouille à l’aéroport. Moyennant quelques 135.000 dollars, il s’en procure un avec titre honorifique via le site internet diplomaticpassport.com, toujours actif à ce jour.

S’ensuit une épopée dans une Afrique digne des années 70, où Brügger dans ses costumes blanc impeccables va, en parallèle de sa percée du marché local du diamant où se mêlent réseaux affairistes et criminels, se créer une couverture : ce sera la construction d’une fabrique d’allumettes employant des Pygmées. Le journaliste n’est pas avare de caricatures et d’approximations grossières pour qui connaît un temps soit peu le pays. Les Pygmées sont forcément des gentils sauvages exploités, l’ancien empereur Bokassa un cannibale, la France l’ancien colon encore tout-puissant et les Libanais des voleurs traînant dans tous les trafics. Tandis que les pierres qu’il s’apprête à ramener ne peuvent être que des « diamants du sang ». Ce qui est par exemple techniquement faux, puisque le processus de Kimberley qui régit cette classification n’a pas reconnu la RCA comme tel.

Corruption vue de l’intérieur

Mais ce documentaire n’en reste pas moins la démonstration concrète d’une réalité qui peut se montrer effrayante, dans un pays oublié par la communauté internationale, où la loi dominante est forcément celle du plus fort. Ou de celui qui dispose des meilleures relations sur la place banguissoise, sorte de hiérarchie tacite dont le sommet serait occupé par le président Bozizé et son clan, à commencer par son fils Jean-Francis, actuel ministre de la Défense. Comme le souligne International Crisis Group dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, « la vie en RCA s’avère être infiniment plus lucrative avec un AK-47 en bandoulière ».

Si la méthode employée par Brügger prête à controverse, The Ambassador a le mérite d’offrir une vue unique, de l’intérieur, des rouages de la corruption de la diplomatie africaine et internationale. Distribuant à des intermédiaires douteux et autres ministres ses fameuses « enveloppes du bonheur » débordant de francs CFA, arrosant ses hôtes au champagne en se gargarisant d’anecdotes ou de secrets d’Etat, Brügger a fini par se prendre à son propre jeu, jusqu’à trop se découvrir et se mettre en danger. L’un de ses principaux interlocuteurs, le chef de la sécurité nationale Guy-Jean le Foll Yamandé - un ancien légionnaire français -, sera d’ailleurs assassiné pendant le tournage.

Ce dernier qui lui affirmait : « Si le pays était resté entre les mains de Bokassa, aujourd’hui ce serait la Suisse de l’Afrique. » Une vision partiale du passé, pourtant partagée par de plus en plus de Centrafricains. Certes, l’extraordinaire potentiel minier du Centrafrique, habilement négocié, pourrait lui offrir ce statut enviable. Mais depuis une quinzaine d’années, la RCA a connu pas moins de 11 coups d’Etat et mutineries, dont une guerre civile en 2002-2003. Et cet Ambassador, tel qu’il s’est présenté, n’a pas éveillé de soupçon : il a voulu faire comme tout le monde à Bangui, où chacun veut sa part du gâteau centrafricain. Sans personne pour lui taper sur les doigts.

Lire le rapport complet de International Crisis Group : De dangereuses petites pierres : Les diamants en République centrafricaine, 16 décembre 2010

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