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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 18:15

 

 

 

 

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www.lesinrocks.com06/03/2012 09H44

Dans un entretien récent au Parisien, le député-maire de Levallois-Perret laissait percer une certaine fierté à endosser le rôle de “Monsieur Afrique”. Mais à y regarder de plus près, ses escapades et son influence africaines ne sont que poudre aux yeux.

Il y a des filles qui, depuis toutes petites, surveillent leur tour de taille, en espérant devenir miss France. Il y a des hommes qui, depuis l'enfance, remplissent compulsivement leur carnet d'adresses en rêvant secrètement d'obtenir le titre de "Monsieur Afrique". Celui qui a l'oreille du pouvoir, qui détient les bons réseaux, conclut de grands contrats, agit discrètement sous les ors des palais. Pour partir à l'assaut du continent africain, Patrick Balkany, député-maire de Levallois, semblait surtout posséder la première qualité : celle d'être "l'ami de Nicolas". Durant le quinquennat sarkozyste, on l'aura vu accompagner le président français en Libye, soutenir un putschiste en Mauritanie, accueillir l'ambassade du Tchad dans des locaux municipaux ou encore se vanter d'avoir palabré uranium au Congo.

Dans Le Parisien du 7 février, celui que certains surnomment désormais le "Foccart de Levallois" concède une interview dite exclusive. Serein, presque jovial, il assure avoir apporté sa modeste pierre à la conclusion d'un contrat aussi titanesque que chaotique.

"Balkany n'avait pas de rôle dans cette affaire"

En juin 2007, Areva annonçait le rachat de la start-up canadienne Uramin qui dispose de permis miniers en Afrique (Namibie, Centrafrique et Afrique du Sud). Coût de l'acquisition : 1,82 milliard d'euros. Mais, rapidement, les ressources en uranium se révèlent moins importantes qu'escomptées. De plus, il y a un os : le gouvernement centrafricain conteste la licence d'exploitation du site de Bakouma. En avril 2008, Balkany passe alors par Bangui, capitale de la République centrafricaine. S'il dit n'avoir "eu aucun rôle" dans les négociations, il affirme pourtant avoir fait "en sorte que les deux parties [Areva et le gouvernement local - ndlr] puissent se rencontrer et parler". Balkany explique alors que son "ami" Georges Forrest, un homme d'affaires belge controversé* à la tête d'un groupe minier international, lui a demandé de l'accompagner car, en tant que député-maire de Levallois, il "connaî[t] très bien François Bozizé", le président de la République centrafricaine.

Joint à Kinshasa, capitale de la république démocratique du Congo (RDC), Georges Forrest rigole quand nous évoquons son "ami" :

- "C'est une connaissance, nous corrige d'entrée l'ancien consul honoraire de France en RDC (son fils vient de le remplacer). Balkany n'avait pas de rôle dans cette affaire. Pour Uramin, on m'avait demandé de faciliter la chose car il y avait beaucoup de problèmes, je l'ai réglée seul et à l'amiable.

- Vous n'avez pas eu besoin de Patrick Balkany ?

 - (rires) Certainement pas. Ça, je peux vous le confirmer car ici, nous sommes la quatrième génération à vivre en Afrique. (rires bis)

 - Il survendrait son rôle alors ?

- Peut-être qu'il aime bien se mettre en valeur..."

Il y a deux ans, la direction d'Areva ne disait pas autre chose au Canard enchaîné: "Patrick Balkany s'est poussé du col, pas besoin de lui pour faire notre travail. En revanche, nous avons discuté avec Forrest..."

L'ami de Nicolas aurait-il une fâcheuse tendance à bomber le torse devant les journalistes français ? Théoriquement, quand on est à la fois aspirant Monsieur Afrique et déjà condamné à deux ans d'inéligibilité pour avoir confondu employés municipaux et employés de maison, on cherche plutôt l'ombre.

"Il n'a aucune légitimité africaine"

"Dans le trio infernal de la Françafrique sarkozienne, entre Guéant, Bourgi et Balkany, cherchez l'erreur de casting", ironise Vincent Hugeux, journaliste à L'Express et auteur de L'Afrique en face. Qu'est-ce qui vaut à Balkany, à ma grande stupéfaction, de jouer un rôle sur certains grands dossiers ? C'est uniquement sa proximité avec Nicolas Sarkozy. Il n'a aucune légitimité africaine."

Un universitaire français spécialiste des réseaux africains dégrade encore l'image du griot des Hauts-de-Seine.

"Il avait des relais dès l'instant qu'il rappelait à tout le monde que son ami était président. Mais aujourd'hui en Afrique, le président français est 'fatigué' comme on dit. L'influence africaine de Balkany c'est de la poudre de perlimpinpin. A part peut-être du côté de Wade au Sénégal et de Camara en Guinée."

En 2009, quelques jours avant l'élection présidentielle mauritanienne, un avion Challenger Bombardier 550 - appartenant au peu démocratique gouvernement du Kazakhstan - s'envole vers l'Afrique de l'Ouest. Destination Nouakchott, capitale de la Mauritanie. On trouve à son bord l'intermédiaire tunisien et lobbyiste Lyès Ben Chédli, des représentants d'un grand groupe minier et Patrick Balkany. Après un "excellent déjeuner dans la demeure personnelle du Premier ministre", nous assure Lyès Ben Chédli, le jet décolle pour Nouadhibou, capitale économique du pays. Là, Balkany rencontre pendant une heure, en tête à tête, le général Mohamed Ould Abdel Aziz qui, un an plus tôt, a pris le pouvoir par un putsch.

Quelques jours plus tard, le général sera élu président dans des conditions douteuses. "Un coup d'Etat électoral", s'époumonera l'opposition.

Le député français ne s'embarrasse pas de ces détails. "Bien sûr, la présence de monsieur Balkany était une marque de soutien au candidat Aziz", nous confirme Lyès Ben Chédli. Benoîtement, nous demandons pourquoi le maire d'une commune des Hauts-de-Seine tient ce rôle d'émissaire.

- "C'est un élu du peuple français. Il est maire et député.

 - Justement, il n'est pas ministre des Affaires étrangères...

 - Si la France n'était représentée que par le MAF, elle n'avancerait pas beaucoup. Un ministre ne peut pas se diviser en dix."

En réaction à ces propos, un membre du Quai d'Orsay nous rappelle que son institution diplomatique "ne peut être tenue responsable des actions de tout le monde". Même en off, il ne voudra pas préciser davantage son sentiment. Nous interrogeons donc des collègues de l'Assemblée nationale sur l'implication de Patrick Balkany dans la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. "Il est peu présent lors des auditions, nous glisse un député UMP expert de l'Afrique. Et monsieur Balkany n'est pas plus spécialiste de l'Afrique qu'un autre."

Le journaliste Vincent Hugeux confirme : "Sa vision de l'Afrique est extrêmement sommaire, pour rester charitable. Du continent, Balkany ne connaît guère que des chefs d'Etat, des hommes d'affaires et quelques palaces."

Le maire de Levallois ne perd jamais une occasion d'entretenir des liens étroits avec son réseau africain. Le 19 août 2008, sa commune signe avec la République du Tchad un contrat de 5,7 millions d'euros. Il s'agit de réhabiliter l'ambassade du Tchad en France et de l'accueillir entre-temps dans des locaux municipaux. Quand la Chambre régionale des comptes en est informée, elle dénonce cet arrangement dans un rapport : "Quoique lucrative, cette opération est critiquable car elle ne présente pas de liens avec le champ de compétences de la Ville de Levallois-Perret, qui est limité par l'intérêt communal."

"Ne vaudrait-il pas mieux qu'il s'occupe d'autre chose que l'Afrique ?"

Autre lien municipal avec l'Afrique : le Comité d'échanges et de relations internationales. L'opposition locale demande plus de transparence sur le fonctionnement de cette association qui touche 80 000 euros de subventions annuelles. D'après la conseillère municipale socialiste Anne-Eugénie Faure, les rapports d'activité annuels se sont limités "en 2007, 2008 et 2009 [à] un vulgaire copié-collé, mot à mot, de deux pages". Après avoir dénoncé cette utilisation abusive du carbone, le rapport de 2010 a été "plus fourni et reformulé. Mais il n'est toujours pas réellement précis sur l'utilisation de la subvention", se désole Anne-Eugénie Faure.

Le sens politique africain de M. Balkany va se manifester lors d'un ultime épisode : la Guinée. Le 17 septembre 2009, le député-maire recevait un ministre de la junte guinéenne. Il affirme à l'occasion que le ministère des Affaires étrangères français est "à côté de la plaque". Pour lui, la "candidature de Moussa Dadis Camara ne pose pas de problème. C'est un citoyen guinéen comme les autres". Onze jours plus tard, Camara fait tirer sur la foule, entraînant plus de cent cinquante morts. Sur ce coup-là, son ami Nicolas piquera une grosse gueulante.

Patrick Balkany a refusé de répondre à nos sollicitations. Nous avons donc demandé à Jean-François Probst, ancien collaborateur de Jacques Chirac et fin connaisseur de l'Afrique, quelle question il aurait eu envie de poser à monsieur Balkany. Il marque une pause puis lâche : "Ne vaudrait-il pas mieux que ce trublion, ou turlupin comme vous voulez, s'occupe d'autre chose que de l'Afrique?"

Geoffrey Le Guilcher

*Epinglé en 2002 dans un rapport d'experts de l'ONU pour avoir alimenté la région des Grands Lacs en armes légères, Georges Forrest a été blanchi par le Sénat belge.

 

 

 

 

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