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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 23:06

 

 

 

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Alassane Ouattara déjà très affaibli

11 Avril 2011 Par  Ludovic Lamant Mediapart

Sorti vainqueur d'une élection contestée, et qu'il avait lui-même jugée «calamiteuse», Laurent Gbagbo avait organisé, en 2001, un ambitieux «Forum de réconciliation nationale» à Abidjan. Deux mois de débats, vaguement inspirés de l'expérience sud-africaine, qui devaient permettre d'en finir avec la polémique sur l'«ivoirité», et les origines douteuses du «nordiste» Alassane Ouattara, à qui l'on avait refusé de se présenter à la présidentielle de 2000. Mais les tensions identitaires ont vite resurgi, jusqu'à la scission du pays entre un Nord acquis aux «rebelles», et un Sud géré par le Front populaire ivoirien (FPI) de Gbagbo. Dans l'ex-joyau d'Afrique de l'Ouest, les promesses de réconciliation nationale avaient tourné court.

Dix ans plus tard, Ouattara, porté au pouvoir lui aussi dans des conditions «calamiteuses», va devoir s'atteler à son tour à la «réconciliation nationale» de ce pays de 21 millions d'habitants. Après 134 jours d'un bras de fer post-électoral aux effets désastreux, Gbagbo, président sortant de Côte d'Ivoire, a été arrêté, lundi 11 avril, dans le cadre, selon la version officielle, d'une offensive des forces pro-Ouattara, menée avec le soutien des Nations unies et des Français de l'opération Licorne. L'ancien (et l'unique) premier ministre de Félix Houphouët-Boigny n'est pas encore entré en fonctions, mais il est déjà sérieusement affaibli par le piège que lui a méticuleusement confectionné Laurent Gbagbo.

Sa légitimité électorale, d'abord, s'est effritée. Ouattara, vainqueur par les urnes, a gagné le pouvoir par les armes. Il a dû se résoudre, courant mars, à reformer les troupes rebelles du Nord, ex-«Forces nouvelles», qui constituent le premier squelette des «FRCI», les Forces républicaines de Côte d'Ivoire, pour lancer l'offensive militaire. Le constat est d'autant plus déprimant que la Côte d'Ivoire attendait depuis 2005 ce scrutin, reporté à six reprises, qui devait marquer le retour de la démocratie dans l'ancien joyau d'Afrique de l'Ouest. Dans ce contexte, Ouattara commence son mandat de la pire des manières, avec une dette envers les militaires, et en particulier envers l'ex-leader des Forces nouvelles, Guillaume Soro, son jeune et redoutable premier ministre.  

La révélation de massacres conduits dans l'ouest du pays, en majorité par des forces pro-Ouattara, n'arrange rien à l'affaire. Au moins 330 personnes ont été tuées, à Duékoué, la semaine du 28 mars, selon les Nations unies. Guillaume Soro est monté au créneau pour promettre des «enquêtes»: «Ceux qui seront responsables – parce que nous voulons un Etat de droit – seront punis», a-t-il dit. Alors que la Cour pénale internationale (CPI) pourrait ouvrir, d'un jour à l'autre, une enquête sur les exactions commises en Côte d'Ivoire, les clarifications sur les responsabilités des massacres pourraient ternir l'image, voire déstabiliser, l'homme d'Etat jusqu'à présent soutenu par la quasi-totalité de la communauté internationale.

Ouattara, l'ami de Nicolas Sarkozy

Autre piège d'ampleur pour Ouattara: apparaître comme le président des Français. L'ami de Nicolas Sarkozy, régulièrement reçu à l'Elysée lors de ses passages à Paris en amont du scrutin de l'automne dernier, s'est «longuement» entretenu par téléphone, ce lundi, avec le président français. La réaction de Claude Guéant, actuel ministre de l'intérieur, qui fut longtemps le «Monsieur Afrique» de l'Elysée, est elle aussi éloquente, annonçant «la paix et un regain d'essor économique». C'est même l'ambassadeur français à Abidjan qui a confirmé, le premier, l'arrestation de l'ex-président.

La version d'une arrestation de Gbagbo par les soldats français a un temps circulé, avant d'être démentie par le camp Ouattara, mais le flou persistait lundi dans la soirée. Sur le terrain, les effets de cet affichage sont désastreux. Officiellement «neutre» pendant des mois, Paris a changé de stratégie le 4 avril, en acceptant de prêter main-forte à la mission des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), afin, officiellement, d'éviter un possible bain de sang à Abidjan. C'est l'un des derniers cadeaux empoisonnés de Laurent Gbagbo à son ennemi Ouattara: l'associer malgré lui à l'ancienne puissance coloniale. La Côte d'Ivoire, qui fêtait en août dernier les 60 ans de son indépendance, serait donc dirigée par un pantin de la France. De quoi fragiliser un peu plus Ouattara lorsqu'il tentera de «réconcilier» la population.  

Reste l'essentiel, à savoir l'état d'un pays exténué. Avant l'offensive militaire, les deux camps se sont livrés à une bataille économique sans merci, de décembre à mars. La plupart des banques, réquisitionnées par Gbagbo, sont à l'arrêt. La Côte d'Ivoire, premier exportateur mondial de cacao, n'exporte pratiquement plus. Dans le meilleur des cas, les entreprises hors Abidjan se sont mises au chômage partiel. Le port d'Abidjan a fonctionné au ralenti pendant le conflit, à cause de l'embargo dont il faisait l'objet de l'Union européenne. Par ricochets, c'est toute la sous-région, extrêmement dépendante de l'économie ivoirienne, qui est fragilisée. Depuis le déclenchement du conflit, la capitale économique est confrontée à un désastre humanitaire.

Au milieu de ce marasme, les armes se sont remises à circuler à Abidjan. Les milices du début des années 2000 ont été requinquées par la crise. Les ex-miliciens, qui peinaient, ces dernières années, à se réinsérer au sein de la société ivoirienne, ont retrouvé de la vigueur. Face au risque d'une capitale en voie de «balkanisation», soumise aux pillages et aux milices, Ouattara devra compter sur son armée. Mais rien ne dit que cet assemblage hétéroclite de militaires autrefois rivaux, d'ex-Forces nouvelles à certains éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) de Laurent Gbagbo, tiendra.

 

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