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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 01:38

 

 

 

 

Niger_Areva.jpg

 

Mercredi, 07 Novembre 2012 18:13 Par Rémi Carayol Jeuneafrique.com


Au rythme actuel des travaux, pas sûr que la mine d'Imouraren entre en activité en 2014, comme promis. Niamey craint même que le groupe français reporte le projet, comme il l'a fait en Centrafrique et en Namibie.

Le torchon ne brûle pas encore entre Areva, le leader mondial de l'énergie nucléaire, et l'État du Niger, mais il s'en faudrait de peu. Peut-être est-ce pour cette raison que le numéro un du groupe, Luc Oursel, s'est rendu en personne (et en toute discrétion) à Niamey les 22 et 23 octobre, accompagné du directeur du pôle mines, Olivier Wantz. Selon une source nigérienne, le président du directoire d'Areva a fait le déplacement pour évoquer la mise en place d'une plateforme réunissant les quatre filiales que compte le groupe dans le pays : les trois sociétés d'exploitation Somaïr, Cominak et Imouraren et l'entité représentante du groupe, Areva NC Niger. Le projet rencontre l'hostilité de l'État, actionnaire minoritaire de certaines de ces entités, qui craint une entourloupe visant à « faire perdre des dividendes et des emplois [au] pays ». Mais en réalité, la mission du grand patron était plus large. Il était urgent d'arrondir les angles avec le pouvoir politique.


Car depuis quelque temps le Niger s'impatiente de voir le site d'Imouraren, dans la région d'Agadez (Nord), ressembler enfin à une véritable mine. Le projet est majeur. Avec une production attendue de 5 000 tonnes par an pendant trente-cinq ans, l'exploitation d'Imouraren, l'une des plus importantes réserves au monde d'uranium (180 000 tonnes estimées), propulsera le Niger au rang de deuxième producteur mondial, derrière le Kazakhstan. Très convoité, le permis d'exploitation avait été accordé à Areva en janvier 2009 par le régime de Mamadou Tandja après d'intenses tractations. Depuis, Niamey ne voit rien venir.

 

Enlèvement


Le ministre des Mines, Omar Hamidou Tchiana, a visité les lieux le 10 octobre. « Sur l'ensemble des travaux de construction du complexe industriel, tout tourne au ralenti. Avec ce que j'ai vu, je crains que l'exploitation ne soit encore reportée ! » déplore-t-il. À l'origine, Areva devait démarrer l'exploitation en 2012. Puis en 2013. Puis en 2014... L'entreprise avait une bonne excuse : après l'enlèvement par des groupes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) de l'un de ses salariés à Arlit, en septembre 2010 (ainsi que de son épouse et de quatre employés d'une filiale française), il avait rapatrié tous ses expatriés.


« Cet enlèvement a eu pour conséquence de vider le chantier de tous les employés, à l'exception de la sécurité », expliquait récemment Imad Toumi, directeur général d'Areva NC Niger. Mais aujourd'hui, un an après le retour des expatriés, « cette raison n'est plus valable », tranche Omar Hamidou Tchiana. Il rappelle que près de 300 soldats nigériens ont été déployés pour assurer la sécurité du site. « À ce rythme, ça ne commencera pas avant 2018 », poursuit le ministre. Entre sa première visite sur le site, il y a dix mois, et la dernière, il dit n'avoir vu aucune avancée. Une impression confirmée par plusieurs responsables d'ONG. « Moi, je n'ai rien vu de nouveau, à part quelques soubassements en béton et des engins en plus », constate Almoustapha Alhacen, président de l'association Aghir in'man.


Il y a quelques mois, Areva, qui n'a pas souhaité répondre à notre demande d'explications, affirmait au contraire que, sur place, les engins miniers étaient en cours d'assemblage et que les travaux de la base de vie et de la piste d'atterrissage étaient en voie d'achèvement. Une source interne qui a visité le site il y a peu affirme que les travaux sont bien avancés, hormis l'aérodrome et la langue de bitume qui doit relier le principal axe routier de la région à la mine. « Ces travaux sont réalisés par des entreprises locales. Le retard peut s'expliquer par leur manque d'organisation et de ressources techniques », explique notre source. Selon Areva, 1 100 statutaires et 800 sous-traitants s'activent sur place.


Omar Hamidou Tchiana, le ministre des Mines, a visité les lieux le 10 octobre.


Peu convaincu par les arguments du groupe français, le ministre prévient : « Le président délégué d'Areva a parlé d'un démarrage au second semestre 2014. Ça ne pourra pas aller au-delà. » Si le Niger hausse le ton, c'est parce qu'il ne veut pas vivre la même mésaventure que la Centrafrique et la Namibie, où Areva a annoncé le report de l'exploitation des mines de Bakouma et de Trekkopje, acquises en 2007 lors du rachat de la junior canadienne Uramin. Dans les deux cas, Areva a avancé le même argument selon lequel l'exploitation de ces sites ne serait pas rentable compte tenu de l'état actuel du marché - le cours de la livre d'uranium est passé de 135 à 46 dollars (de 90 à 35 euros) entre 2007 et 2012, en raison notamment de la catastrophe de Fukushima au printemps 2011. Depuis, la colère gronde à Bangui.


« Quand vous voyez la barque de votre voisin brûler, mouillez la vôtre. » Citant ce dicton local, le ministre nigérien des Mines dit ne pas vouloir vivre une telle situation. Il sait toutefois que la mine d'Imouraren est autrement plus stratégique que celles de Bakouma et Trekkopje. Lorsqu'en décembre 2011 la presse française avait évoqué la décision d'Areva, en ces temps délicats, de geler les investissements (1,2 milliard d'euros) à Imouraren, la firme s'était empressée de démentir. « C'est un projet majeur pour nous », indique une source interne. Pour en convaincre le gouvernement, le représentant du groupe sur place a annoncé le 17 octobre que le siège d'Areva NC Niger verrait prochainement le jour. Après quarante ans de présence dans le pays, il était temps.

 


 

NDLR : S’il est vrai que l’effondrement du cours mondial de l’uranium depuis la catastrophe de Fukushima a joué contre le site de Bakouma en Centrafrique, il n’en est pas moins aussi vrai que les autorités de Bangui n’ont rien fait pour que la décision de retrait d’AREVA du site ne leur tombe pas sur la tête. Il en ainsi de l’indifférence totale qu’elles ont affichée quant à la sécurité de la zone où se situe le site de Bakouma. Même lorsque le site a été attaqué en septembre dernier, les autorités de Bangui n’ont même pas daigné mettre pieds à Bakouma pour s’enquérir de la situation.  

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