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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 17:43

 

 

Clement-Boute-Mbamba.jpg

 

 

Monsieur Le Ministre : FAITES LA GUERRE !


Lettre au Ministre Centrafricain de la Défense

 

« Le gouvernement est au courant des exactions des hommes de Baba-Ladé. Nous allons relancer les négociations entamées pour que lui et ses hommes retournent au Tchad. Mais si le dialogue n'aboutit pas, nous allons prendre nos responsabilités »

 

 Jean Francis BOZIZE, Ministre délégué à la défense nationale. 

 

Monsieur le Ministre,


Avec votre bénédiction, le 13 juin 2011 le Gouvernement Tchadien et Baba Laddé ont signés à Bangui un accord de paix au terme duquel ce dernier devait déposer les armes et regagner le Tchad. Les optimistes ont applaudi, les pessimistes ont pris rendez-vous. Ce que certains craignaient, est vite arrivé. Non seulement Baba Laddé et ses hommes n’ont pas regagné le Tchad mais ils se sont mis à étendre leurs tentacules de Kaga-Bandoro aux portes de Kouango en passant par la banlieue de Bambari et depuis quelques jours dans l’Ouham-Pende et la Basse-Kotto. Cette tragédie interpelle chaque Centrafricain et vous place devant l’histoire, les hommes et la réalité en face de votre responsabilité : neutraliser et mettre hors d’état de nuire Baba Laddé en reconstituant l’unité de notre territoire.


Un mauvais scénario

 

Malgré quelques insuffisances, l’élection au second tour comme Chef d’Etat de François Bozize Yangouvonda en 2005  n’a pas souffert de légitimité. Sa légalité (1) n’était pas remise en cause. La rébellion qui est née en 2006 n’avait aucune justification sur le plan politique. D’ailleurs lorsqu’on lit les accords de Birao, de Syrte et de Libreville, l’on ne voit nulle part les divergences politiques c’est-à-dire la contradiction fondamentale entre ces groupes rebelles et le pouvoir de Bangui. De ce postulat, j’avais plaidé pour une guerre totale contre ces groupes afin de circoncire le mal à la racine. Cette option ne fut pas retenue et d’une rébellion, le territoire centrafricain est devenu une manufacture à rébellion.

Il y a eu Birao, Syrte puis l’accord de paix global de Libreville en juin 2008 suivi du Dialogue Politique Inclusif.

 

A l’heure du bilan, il apparait clairement que l’option de la palabre n’a pas résolu le problème de la rébellion. Il y a eu des groupes après Libreville 2008 et le DPI. A ceux-ci, se sont ajoutées les scissions au sein des groupes signataires de l’accord de Libreville et l’entrée en Centrafrique de la LRA de Joseph KONY et le FPR de Baba LADDE. Le programme DDR ressemble à une nébuleuse et les récents évènements de Bria me font dire qu’il n’atteindra jamais ses objectifs.

Face à une dramatique réalité où chaque jour nous rapproche du moment où le danger atteindra son paroxysme pour nous mettre sur le chemin du non-retour, faille-t-il continuer à faire usage des solutions qui n’ont permis aucune amélioration de la situation en demeurant dans la séquence des « SI » ou opter pour une solution radicale ?

 

L’école  Angolaise et Ivoirienne

 

Le 22 février 2002, en pleine brousse, l’armée angolaise abattait Jonas Malheiro Savimbi le chef de l’UNITA. Cette mort sonnait le glas de l’UNITA militaire et ouvrait la voie à la pacification de l’Angola.

 

De 1975 à 2002, Jonas Malheiro Savimbi et son armée enrôleront femmes et enfants, mineront quasiment tout l’intérieur du territoire angolais et s’adonneront à un énorme trafic de diamant. Militairement dans l’impasse, l’UNITA signe avec le gouvernement Angolais les accords de Bicesse en 1991. Les élections organisées l’année suivante proclament le MPLA vainqueur. Savimbi rejette les résultats, rompt le processus de paix et reprend le maquis.


Le dialogue ayant échoué, il ne restait qu’une seule solution : la guerre totale. C’est durant celle-ci que Savimbi trouva la mort. Sa rébellion se mue en mouvement politique et une ère apaisée intervient. Aujourd’hui l’Angola est l’un des pays les plus dynamiques d’Afrique et fait partie de ces pays qui viennent au secours de la zone euro qui connait de grandes secousses en ce moment.

 

Le 28 novembre 2010, les Ivoiriens se sont rendus aux urnes pour élire un Chef d’état. Le processus de certification mis en place a validé les chiffres de la Commission électorale donnant Ouattara vainqueur du second tour tandis que le président de la Cour Constitutionnelle donnait une certification inverse. Cette double proclamation a plongé la Côte d’Ivoire dans une crise qu’aucune initiative diplomatique n’est parvenue à résoudre. Et si l’on s’était tenu à cette logique, un an après ce second tour, Alassane Ouattara serait toujours le Président du Golf Hôtel et Laurent Gbagbo le Président de Cocody.

L’option radicale fut choisie. Qu’importe les passions sur le cas ivoirien, celle-ci a eu le mérite de mettre un terme à la crise, de consolider la légitimité des autorités entrant et d’ouvrir le chapitre de la reconstruction.

 

Le Syndrome Jospeh KONY    

 

Fuyant devant l’avancée de l’armée Ougandaise, Joseph Kony et sa horde de sauvages sont entrés en territoire centrafricain après avoir semé la désolation en République Démocratique du Congo. Au lieu de déposer les armes et se constituer réfugiés, ces derniers sèment désolation et terreur chez nous. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’entendis le Chef de l’Etat dire une, deux et trois fois que nous n’avons aucun problème avec la LRA alors que celle-ci viole nos sœurs, nos mères, nos filles et fait de nos frères, leurs esclaves.

Lorsque Baba Laddé s’est à nouveau manifesté en territoire centrafricain après son évasion de Ndjamena, le gouvernement, à défaut de le livrer aux autorités tchadiennes aurait dû lui dicter la feuille de route de son séjour centrafricain. Instruit de la jurisprudence ‘Généraux Bozizé/Miskine’ (2), le gouvernement centrafricain devait initier les démarches pour éloigner Baba Laddé du Tchad c’est-à-dire lui trouver un autre point de chute que le Centrafrique. Et lorsque ce dernier commença à se manifester militairement sur notre territoire, il fallait tout simplement l’atomiser.

Il est vrai que l’on ne fait pas le monde avec les « SI » et les regrets. Cependant il n’est pas fait interdiction  de s’en instruire.

 

Epilogue

 

Lorsqu’une maison est en flamme, on ne fait pas appel à un architecte mais aux pompiers et l’on n’exige pas de l’eau minérale pour éteindre le feu. C’est après l’extinction de l’incendie qu’intervient le processus de reconstruction à la genèse duquel l’expertise de l’architecte est requise. Au-delà de toutes les divergences d’opinion politique, il est un constat sur lequel nous pouvons l’économie de la palabre : le pays va mal. L’admettre n’est point un signe de faiblesse (même s’il constitue un aveu d’échec) mais plutôt de courage. En effet il le faut pour mieux appréhender la complexité de nos problèmes et prendre avec vigueur les mesures adéquates pour les solutionner.

 

L’histoire de la République Centrafricaine de ces trente dernières années est un continuum de régression. Aujourd’hui nous sommes proches du moment où le processus de notre « somalisation »  atteindra son paroxysme.

 

Monsieur le Ministre,

 

Au terme du 3ème tour des législatives, vous avez été élu député mais vous avez fait le choix de rester au gouvernement. On peut supposer que cela traduit votre volonté d’assumer vos responsabilités. Vous avez avec le cas Baba Laddé et Joseph Kony, la possibilité de prendre date.

 

A l’heure du grand bilan. Celui qui s’inscrit dans le marbre de l’histoire que tous les usurpateurs, griots et courtisans ne pourront gommer, il vous sera crédité la bravoure d’avoir restauré l’unité territoriale de notre pays ou l’infamie de l’avoir « Somalisé ». C’est votre défi et celui de personne d’autre.

 

D’ici quelques jours, la République Centrafricaine célèbrera le 53ème anniversaire de sa proclamation. Pour que celle-ci ne soit pas l’une des dernières, Monsieur le Ministre, lancer la mobilisation générale : FAITES LA GUERRE ! Je serai parmi les premiers qui accepteront de prendre les armes pour défendre le territoire, le peuple et l’histoire.


La République Centrafricaine n’est pas un pays en crise ou en post-crise. Nous sommes un pays en GUERRE. En guerre contre les ennemis extérieurs, contre des comploteurs internes. En guerre contre la misère, la famine, le SIDA et le Paludisme, le chômage, la crise de l’énergie, etc. Toutes ces guerres qui sont les défis de notre siècle, de notre génération, de nos générations ne peuvent être menées que si la première d’entre elles est remportée. Il s’agit de la guerre pour la reconstitution de notre unité territoriale.


Aujourd’hui, Baba Laddé et ses hommes rançonnent les populations, pillent les bœufs dans les communes d’élevage, enrôlent de force et s’arrogent le droit de poursuite sur notre territoire. Demain, il oubliera N’djamena et cherchera à prendre Bangui pour s’y installer puisque c’est à sa portée. Avant que cette profanation ne se produise, Monsieur le Ministre :

FAITES LA GUERRE !

Clément DE BOUTET-MBAMBA

 

 

 

 

Post-Scriptum : Ce plaidoyer pour la guerre n’est pas seulement orienté vers Baba Laddé. Il est valable pour la LRA ainsi que les divers groupes de rebellions « endogènes ». La reconstitution de l’unité territoriale passe obligatoirement par une conquête. Celle-ci permettra d’installer des responsables légitimes qui rétabliront l’autorité de l’état.


Je suis donc amusé de constater qu’au lieu de s’attaquer à l’essentiel, l’on nous parle de révision du code electoral et de la constitution. Mais à quoi nous servira cette révision si nous devenons la prochaine Somalie ? Et l’opposition qui devient désespérante s’engouffre dans la brèche en posant des conditions pour participer à la prochaine messe. Est-ce vraiment l’urgence du moment ? Avec la séquence de la CEI et du génocide electoral du 23 janvier 2011, l’opposition n’a-t-elle pas retenu des leçons ?


1 : En parlant de légalité, je veux mettre en avant le fait que personne n’avait contesté  l’issue des élections de 2005. D’ailleurs le premier mouvement de contestation était endogène au pouvoir (l’affaire des libérateurs). Cette légalité mise en avant ne minore pas les nombreuses entorses constatées lors du précèdent mandat de François Bozizé Yangouvonda.


2 : Le 02 octobre 2002, le sommet extraordinaire des Chefs d’Etat de l’Afrique Centrale réunis à Libreville avait pris la décision d’éloigner François Bozizé Yangouvonda de la RCA et Abdoulaye Miskine du Tchad. Dans le cadre de cet accord, Miskine devait gagner le Togo et Bozizé la France. Il y avait discorde entre les autorités de Bangui et de N’djamena s’accusant réciproquement d’instrumentalisation. Vu que Baba Laddé tarde à rentrer au Tchad, à défaut de lui faire la guerre, il faut penser à la possibilité de l’éloigner du Tchad en lui trouvant un autre point de chute.

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion