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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:14

 

 

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BRISANT LA MISERE ET LA TYRANNIE : E KINDA WASÏÖBÊ, Ë TOMBA PÂSI

 


LETTRE AU PEUPLE CENTRAFRICAIN

 


« Si l'on respectait simplement la constitution qui laïcise la République Centrafricaine, l'on laisserait Dieu tranquillement là où Il est pour qu'il puisse veiller mieux sur ce Centrafrique et nous avec. » Charles Armel Doubane, Représentant de la République Centrafricaine aux Nations-Unies, New York 28 décembre 2011.  

 

Centrafricaines, Centrafricains, mes chers compatriotes.


L’année 2011 s’est achevée comme elle a débuté : dans le sang. Aux aurores de ce nouvel an, la horde des sauvages sous le commandement de Baba Laddé est entrée dans Kabo en y semant mort et désolation. Il y a quelques semaines, les mêmes, faisaient feu sur un camion de transport occasionnant des décès et blessés. Je vous invite à l’aube de cette nouvelle année à avoir une pensée pour tous ces compatriotes qui sont tombés sous les armes de ces hors la loi qui prospèrent sur notre territoire à l’ombre de l’incurie des actuelles autorités. Cette pensée va aussi à l’endroit des  2400 morts, 3400 enlevés et plus de 440 000 déplacés à cause de la LRA de Joseph Kony aux trois frontières ainsi qu’aux victimes de la tuerie de Bria.


En plus de ces tragédies, 2012 débute avec l’augmentation du prix de l’essence. Difficile mesure qui se fera se ressentir dans vos ménages et dans tous les secteurs d’activité du pays sérieusement sinistrés par la crise de la production électrique.

 

Mes Chers compatriotes,


2011 avait débuté par un génocide, electoral. Le 23 janvier, votre espérance fut sacrifiée, vos voix ravies et votre démocratie mise en charpie au service d’un clan. 2011 aura donc été une année de plus. De plus dans le désespoir, la misère et l’insécurité. A l’aube de cette nouvelle année, notre pays se trouve à un croisement et nous ses enfants devant un choix. En effet, il s’agit pour nous de choisir de regarder notre pays sombrer et exploser ou choisir de résister pour le redresser afin de le confier en héritage à nos enfants et aux prochaines générations.


Filles et fils de Centrafrique, ainsi que ceux qui ont fait le choix de vivre chez nous en toute amitié et intelligence. Dans vos maisons, vos quartiers, vos villages et vos communes ; vous êtes les premières victimes de cette somalisation voulue et organisée de notre pays, de nos destins. Vous savez mieux que quiconque que les vœux ne changeront rien dans votre quotidien. Que l’arbitraire prospèrera. Que l’insécurité demeurera l’unique partage commun. Que l’électricité restera pour longtemps un luxe. Que le chômage et le sous-emploi feront partie de votre quotidien. Que le paludisme, le SIDA et l’insalubrité seront toujours vos réalités. Que les églises, les temples et les mosquées seront toujours des salles d’attente pour le paradis et le miracle.


Cette dramatique réalité que nous vivons au quotidien ne changera pas grâce à nos vœux. 2011 n’aura pas échappé à cette règle. Vos doléances et besoins légitimes se sont accrus et notre pays est proche de son implosion finale.

 

 

PARDONNEZ-MOI !


Mes Chers Compatriotes,

 

2011 fut une année de plus dans les tourments car mal inaugurée. En effet, les germes de sa somalisation aiguë ont trouvé au mois de janvier le terreau idéal pour leur pleine croissance. Nous savions que les conditions politique, technique et juridique pour des élections transparentes et crédibles n’étaient pas réunies mais nous y sommes allés. Par notre participation à ces élections, nous nous sommes faits complices du génocide electoral qui a suivi. Pour avoir été de ceux qui ont participé à ce génocide par ma présence politique, je veux demander au peuple, PARDON.


Après cinq années plus une caractérisées par un empirisme primaire et une navigation à vue sans visibilité, vous étiez en droit d’espérer une alternative au système en place. Hélas, nos contradictions, nos insuffisances, nos égos, nos fourberies et égoïsmes vous ont empêché de valider votre choix et servi de levier à un système à bout de souffle pour légitimer un hold-up au vu et au su de tout le monde.

Ce hold-up qui constitue l’une des causes profondes de la somalisation chronique de notre pays est un obstacle qui retarde notre sortie du tunnel : PARDONNEZ-MOI !

 

RESISTONS : DE L’ESPRIT KONGO-WARA

 

Centrafricaines, Centrafricains ; mes Chers Compatriotes : Nihil novi sub sole (rien de nouveau sous le soleil).


En empruntant l’avenue du souvenir 2011, nous pouvons mesurer la dimension du gouffre dans lequel est plongé notre pays. Tous les indicateurs sont dans le rouge et même l’immense ferveur soulevée par nos fauves-football à qui il faut rendre hommage, s’est noyée dans les vagues de la dure réalité centrafricaine. Les tribulations et les atrocités ont effroyablement augmenté en nombre. Une grande partie de notre pays est plongée d’une part dans une subsistance aiguë : pèche, cueillette, mendicité…tandis que d’autre part c’est le retour à la préhistoire : pas d’écoles, d’électricité, d’eau, d’administration, de ponts, de routes, de centres sanitaires…A côté de toute cette misère aiguë, le nombre des milliardaires du régime a augmenté concomitamment avec celui des villas, des groupes électrogènes et autres grosses cylindrées. Les fractures sociale, identitaire et politique n’ont jamais été si marquées. 


Lorsque vous vous plaignez, on vous dit : Circulez, il n y a rien à voir ou applaudissez même si vous vivez l’enfer sur terre.


Ce second mandat est seulement à ses premiers mois mais c’est  l’Apocalypse now et tout indique que d’ici peu, notre pays sera évoqué comme étant le 2ème pays africain intégralement somalisé.


Mes Chers Compatriotes,

 

Lorsque vous interrogez les responsables de cette situation, ils vous disent que les caisses de l’état sont vides. Alors que la RCA n’a jamais eu de toute son histoire autant de milliardaires supposés ou déclarés et que les aides financières cumulées dépassent largement celles accordées à notre pays entre 1979 et 2003.


Lorsque les brigands et autres hors la loi font régner leurs lois dans vos cités et sur vos routes et que votre tragédie atterrit sur la place publique, ces responsables arguent qu’ils sont en train de discuter avec ces hors la loi. Alors que la RCA n’a jamais eu autant d’officiers qu’elle ne l’a aujourd’hui et que l’effectif cumulé de tous les hommes des différentes forces de défense et de sécurité est le plus élevé jamais connu en cinquante années d’existence des FACA sans oublier que la part affectée à la défense nationale dans le budget de l’état centrafricain est des plus élevées.


« L’aveu est la reine des preuves » disent les familiers du droit. Les caisses de l’état sont vides. Cela traduit l’incapacité du régime en place à assurer le fonctionnement correct de l’état, garantir les investissements publics et organiser la solidarité nationale.

« Nous sommes en train de discuter avec ces hors la loi…ou…nous n’avons aucun problème avec eux ». C’est l’expression de l’impuissance des forces de défense à mettre fin aux exactions dont nous sommes victimes et qui constituent la pire des tortures.


Centrafricaines, Centrafricains, mes Chers Compatriotes.

 

Depuis quelques semaines, vous êtes sortis dans les 6èmeet  7ème arrondissements de Bangui, au KM5, à Batalimo et ailleurs pour manifester votre mécontentement face à la dégradation permanente de vos conditions d’existence. Ce mot d’ordre que nous autres politiciens ou prétendus leaders d’opinion avons refusé de donner, vous vous l’êtes donné et dans la rue, vous êtes sorti.


Il y a environ 83 années, l’un des nôtres, à Nahing aux confins de la Nana Mambéré avait refusé l’oppression coloniale. Karnou avait rejeté le régime inhumain d’exploitation coloniale et avec la force de son esprit ainsi que celle de ses mains, a lancé cette grande opération d’insurrection et de résistance ; le Kongo-Wara qui mobilisa toutes les ethnies et dépassa le cadre de l’Oubangui-Chari pour atteindre l’orient du Cameroun et le Septentrion du Moyen-Congo. De 1928 à 1932 nos ancêtres qui rêvaient de liberté et d’égalité des hommes se sont lancés avec détermination et foi en leur espérance dans la résistance au système dominant de la fin des années 1920. Vos récents mouvements de colère sont de l’esprit Kongo-Wara : il faut résister.


En effet Saint Augustin disait : « à une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir.»


 Les princes de la République savent :

·         où logent Baba Laddé ;

·         où logent et prospèrent les PDG des manufactures rebelles ;

·         comment opèrent les hommes de Joseph Kony ;

·         qui sont les grands rapaces financiers de la République ;

·         qui violent les lois ;

·         qui portent atteinte aux libertés citoyennes…


Devant la démission de ces princes, il revient à chaque citoyen de résister. Chacun de nous connaît ces paroles. Nous le chantons en français ou en sango. En le rédigeant, ses rédacteurs savaient-ils que 53 années plus tard, seraient-ils toujours d’actualité ? « Brisant la misère et la tyrannie, E kinda wasïöbê, ë tomba pâsi ». Cette proclamation est la promesse de « la Renaissance » notre hymne national.


A l’heure où le pays va mal et qu’aucune lueur annonçant la sortie du tunnel n’est perceptible, nous devons à nouveau nous réapproprier « La Renaissance » et sa promesse en RESISTANT. A l’heure où tout va de travers et que les lois de la République sont bafouées avec la plus grande arrogance, nous devons entrer en résistance.

Il nous faut créer des lieux de résistance par la Parole, le Symbole et l’Acte pour contraindre ceux qui croient détenir le titre de propriété de notre pays à travailler pour l’avènement d’un pays stabilisé à l’intérieur duquel ses gouvernants œuvreront pour la justice et le progrès collectif.


EPILOGUE

 

Centrafricaines, Centrafricaines ; mes Chers Compatriotes.

 

Si les limites des tyrans sont fonction de ceux qu’ils oppriment, leurs tyrannies prospèrent à cause de notre démission.


Le changement du 15 mars 2003 n’est pas celui d’un homme, d’un groupe d’hommes, d’une ethnie, d’une région ou d’une religion. Il est le vôtre, le nôtre. Il n’est pas non plus un visa accordé à certains pour nous ramener à l’âge de la pierre taillée et la légitimité apparente n’est pas un prétexte fourni pour sévir ou laisser faire. C’est pourquoi vous étiez sorti en nombre le vendredi 28 mars 2003 dans les rues pour le confirmer.

En cette nouvelle année, nous devons refuser d’être les objets dans notre propre histoire et résister pour en devenir les véritables acteurs. Comme Karnou il y a 83 années, nous devons résister avec notre esprit et nos mains et pour certains d’entre nous avec le prix du sang pour restaurer l’unité territoriale de notre pays et mettre un terme aux violations de nos droits. C’est le prix à payer pour écrire les prochains chapitres de notre histoire : Disparaître ou Résister.


Il y a quelques jours, le général François Bozizé Yangouvonda déclarait : « L'occupation et la circulation sur notre territoire des forces non conventionnelles, non centrafricaines est un affront à notre fierté et à notre dignité».

 

Avant d’être le nôtre, cet affront est d’abord le sien en tant que Président de la République et Chef Suprême des Armées. Ensuite parce qu’il est l’un des plus anciens FACA encore en activité de surcroit l’officier le plus gradé. Enfin parce que toutes les méthodes utilisées pour venir à bout de ces hors la loi se sont avérées inefficace bien que budgétivores. En tant que tel, François Bozize Yangouonda a la responsabilité, mieux le devoir de porter haut le flambeau de l’armée dont le rôle premier est la défense du territoire national. Qu’il nous conduise à la guerre et à la victoire en 2012 contre Baba Laddé, Joseph Kony et tous les groupes armés qui ne respectent pas les engagements pris. S’il ne le fait pas, qu’il parte !

 

Clément DE BOUTET-MBAMBA

 

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