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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 02:34

 

 

Bozizé pdt

 

Le samedi  7 Août 2010, à Nzila, PK 11 route de Mbaïki dans la commune de Bimbo, le Président Bozizé a posé la première pierre de  la construction de la Société Centrafricaine de Cimenterie (SOCACIM).  Cette première cimenterie du pays qui résulte d’une association entre l’Etat et des partenaires indiens aura une capacité de production journalière de 400 tonnes.  Le premier sac de ciment centrafricain, selon le Consul  de l’Inde en Centrafrique, est promis  pour juin 2011 soit 10 mois plus tard.

Entre cette pose de la pierre et la production promise du ciment, l’opinion est restée sur sa faim quand au capital de cette société, aux parts des actionnaires, aux caractéristiques techniques de l’usine, au nombre d’emplois, au prix d’un sac de ciment et à la conformité avec la Charte des investissements.

Cependant, la perspective pour la Centrafrique de disposer de sa propre cimenterie est très flatteuse, eu égard au prix exorbitant du ciment importé de la zone CEMAC et de pays tiers (Turquie…), ce qui ne permet pas à toutes les bourses de réaliser les ouvrages à des fins d’habitation, sociale ou ornementale et permettre ainsi à la capitale Bangui, naguère la coquette, de retrouver sa renommée.  C’est un grand ouf pour les centrafricains qui ont souffert très longtemps de cette situation. Les monuments actuellement érigés à chaque rond point  et à grands frais, donnent au promeneur curieux et naïf, l’impression de se retrouver dans une capitale comme une autre dans le monde.  Les immeubles publics, délabrés et insalubres parce qu’ils manquent d’entretien, portent encore les stigmates des crises militaro politiques qui ont meurtri le pays durant les années 90 doivent trouver une solution.  Les avenues et rues, quant à elles,  ne sont  qu’une succession de nids de poules en saison sèche et de fondrières pendant la saison des pluies doivent être comblées.  La construction d’une cimenterie digne de ce nom est, à tous les égards, définitivement souhaitable.  

En voulant halluciner, il n’est pas interdit de s’imaginer voir Bangui bientôt ressembler à certaines capitales africaines telles Yaoundé, Cotonou, Lomé, Accra ou Abidjan où de belles villas poussent comme des champignons.  On espère pouvoir  remplacer bientôt, à un coût à la portée de toutes les bourses, les vieilles cases en boue séchée avec des habitations décentes en ciment, les rigoles avec des collecteurs cimentés et les courts boueuses des maisons en dalles de béton et offrir ainsi les conditions d’une vie digne d’un citoyen du monde du 21è siècle.  Tout cela parait bien possible.

En réalité, aujourd’hui, à cause des détournements répétés des fonds publics et du non respect des engagements pris au nom de notre pays,  les bailleurs de fonds sont de plus en plus réticents à financer l’économie centrafricaine. Les élections approchant à grands pas et le besoin d’argent devenant pressant, Bozizé doit trouver d’autres sources de financement pour continuer à faire des placements sur ses comptes à l’étranger et surtout financer son parti KNK et les structures prédatrices et voyous (telle que BDR) pour se maintenir au pouvoir.  Il peut très bien se servir d’un projet comme la cimenterie pour tromper la vigilance du peuple, l’endormir et braquer les investisseurs naïfs comme il sait si bien le faire avec ses fils, ses neveux et ses ex-libérateurs. La pose de cette première pierre ne serait alors que l’épisode d’une publicité pré-électorale mensongère, c’est-à-dire un écran de fumée, mise en scène pour les besoins de la cause. Les braves indiens de la SOCACIM n’ont qu’à bien se tenir.

 Actuellement, seul le clan Bozizé connait la réalité des faits ainsi que ce qui se trame derrière la SOCACIM. Mais il en garde jalousement le secret.   

Cet épisode rappelle étrangement l’affaire dite de « la cité lumière KNK » sur l’île des singes, en face de Bangui, où des investisseurs étrangers, de connivence avec M. Ibrahim Aoudou Pacco, Député KNK, avaient promis investir 300 milliards de F CFA dans un projet immobilier pharaonique qui n’a jamais vu le jour. Ils ont fini par exploiter le diamant. 

Une telle pratique, érigée en système par le clan Bozizé, a amené la Banque Mondiale à classer la Centrafrique 183e sur 183 pour le climat des affaires. En termes clairs, la Centrafrique est le dernier pays au monde où un investisseur sérieux ne peut se permettre de mettre son argent, en ce moment.  Et pourtant, le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale et sa filiale de la Société Financière internationale (SFI) avaient apporté une assistance financière massive à Bozizé, plus qu’ils n’avaient assisté Patassé et Kolingba réunis,  pour lui permettre  d’améliorer le climat des affaires et   des investissements et de promouvoir le secteur privé dans notre pays.

D’ailleurs un chef d’entreprise installé à Bangui et qui connaît bien le pays, avoue désabusé « qu’il faut être fou pour investir actuellement en Centrafrique ». L’offre de cette cimenterie n’a pas encore livré tous ses secrets.

Tout ce dont notre pays a besoin, c’est d’avoir un climat sain et favorable aux affaires, pour attirer des investisseurs sérieux du monde entier.

Tout d’abord, pourquoi un projet aussi important qu’est la construction d’une cimenterie, n’a ni été débattu à l’Assemblée Nationale ni fait l’objet d’une publication dans le journal officiel comme cela se fait habituellement dans d’autres pays? 

Une grosse préoccupation résulte de ce que ces investisseurs indiens s’engagent à ouvrir à la fois une cimenterie et une société de transport en commun, dont les 100 autobus sont déjà à Bangui. Ne vaudrait-il pas mieux ne s’en tenir qu’à la cimenterie et réserver le transport urbain aux privés nationaux? Bozizé n’est pas obligé d’accepter leurs conditions.

Enfin quelle est l’identité de cet industriel indien, partenaire dans la SOCACIM et dont on ignore tout de la moralité et du niveau d’expertise? A-t-il déjà crée des cimenteries en Afrique ou ailleurs dans le monde ? Si oui, où? La Centrafrique dispose-t-elle d’une main d’œuvre qualifiée pour ce genre de travail ou ce sont des indiens qui viendront occuper les postes techniques et de direction? Outre la matière première (le calcaire) et le site de production (Nzila), quelle est l’apport financier de l’Etat?  Où est-ce que ce montant a été budgétisé car il n’apparaît pas dans le budget de l’Etat? Quel est le montant du capital financier de la SOCACIM et dans quelle banque locale les investisseurs ont-ils déposé les fonds  libérés?  Là aussi on ne voit aucune trace d’argent et on ne dispose d’aucune information! 

Bozizé lui-même connaît-il bien à qui il a affaire? Les sombres souvenirs de l’indo-pakistanais Saifee Durbar sont encore présents dans les mémoires. La mise en valeur des ressources naturelles de la Centrafrique doit se faire en respectant leur cahier de charge (construction des routes, des hôpitaux, des écoles) dans l’intérêt de la population locale. Les contrats léonins (avantages fiscaux, « parapluie politique »), l’exploitation de ressources nationales au profit de quelques mafieux et leurs comparses nationaux trouveront sur leur chemin des centrafricains déterminés pour les dénoncer et leur barrer la route.  

Techniquement, le ciment est obtenu à partir de calcaire et d’argile, extraits des carrières.  Le mélange de ces deux matières pour assurer une composition régulière est ensuite séché, broyé et cuit à 1450°C. Le produit ainsi obtenu est appelé clinker portland.  A ce produit refroidi, on ajoute du sulfate de calcium (gypse ou anhydrite). Ces sulfates permettent de ralentir la prise du ciment. Puis le tout est broyé pour obtenir une fine poudre qu’on appelle le ciment portland.

La cuisson à 1450°C  nécessite donc beaucoup d’énergie que la Centrafrique n’a pas la capacité d’offrir à l’heure actuelle. D’ailleurs le choix de Nzila a certainement été fait - au détriment de Ngaoundaye - pour des raisons d’énergie.  La production d’électricité de l’ENERCA n’a guère évolué malgré les multiples annonces d’autosatisfaction de la direction générale sur la résorption du problème. Or le délestage se poursuit de façon très drastique pour beaucoup d’arrondissements et de quartiers, malgré l’aide annoncée de la Chine. 

Les difficultés de l’ENERCA à satisfaire sa clientèle sont faciles à cerner. La production des turbines de Boali 1 et 2 réunies, en plein régime, est de 18 Mw pour une demande de 25 Mw avant la construction de la savonnerie Savex et du stade du complexe sportif Barthélémy Boganda. Les besoins de ces deux infrastructures sont évalués à quelques 5 Mgw. A ces 5 Mw, il faut rajouter les besoins domestiques des quartiers qui continuent de s’étendre et de l’éclairage public. A l’évidence, l’ENERCA n’est pas en mesure aujourd’hui de fournir le courant électrique à toute sa clientèle. C’est ainsi que les banguissois qui le peuvent, commerçants ou particuliers, se sont doté de groupes électrogènes de tout genre pour faire face à leurs besoins. La brasserie Castel en fait partie. L’augmentation sans cesse des prix des boissons qui y sont produites résulte de cette situation.

La cimenterie à venir n’échappera pas à cette logique, si ses promoteurs tiennent à ce que sa production ne soit interrompue du fait de l’énergie dont le coût sera nécessairement répercuté sur le produit. Au bout du compte, c’est le consommateur qui paie toujours la facture finale, quel que soit le montant. 

Donc si la SOCACIM décide de chauffer les fours avec des groupes électrogènes, ou de se servir d’autres sources d’énergie, le prix du ciment doit forcement refléter les coûts supplémentaires. A combien sera vendu un sac de ciment produit à Bangui? Des personnes averties avancent le prix de 7 000 à 8 000 F CFA pour commencer. Mais en réalité bien malin sera celui qui pourra dire aujourd’hui combien coûtera exactement le sac de ciment demain.

Mais pour l’investisseur, même idiot, le raisonnement est simple.  Etant donné que le sac de ciment coûte 4 500 F CFA à Yaoundé, contre 14.500 F CFA à Bangui à l’heure actuelle, même si le sac de ciment produit à Bangui est vendu à 10 000 F CFA, le consommateur centrafricain épargnerait la somme de 4 500 FCFA.  Mais l’investisseur peut aller plus loin, en augmentant le prix de vente du ciment, jusqu'à éponger totalement « l’épargne » de 4 500 F CFA pour égaler le prix de 14 500 F CFA comme si le ciment venait du Cameroun.  S’il y a une résistance locale contre les augmentations de prix, il suffit de baisser la qualité du ciment produit pour maintenir ou augmenter le niveau des profits. En fin de compte, si le problème d’électricité n’est pas résolu avant tout, il vaut mieux pour le consommateur centrafricain de continuer à s’approvisionner au Cameroun. 

Mais le problème de la SOCACIM ne s’arrête pas seulement à la pénurie d’électricité et au prix de vente du sac de ciment.  Cette production, si elle est mal encadrée, portera de graves préjudices à l’environnement, aux populations environnantes de l’usine et à toute la population banguissoise (le site industriel est situé à  11km du centre ville et à 6km du marché du KM5). De la poussière et de quantités importantes de produits toxiques et nécessaires à la production du ciment, mais toutes dangereuses pour l’homme, la végétation et le sol, seront émises dans l’air. Il s’agit de l’oxyde d’azote, l’oxyde de soufre, le gaz carbonique, l’ammoniac, le méthane, etc.  Tous ces produits chimiques se retrouveront dans les assiettes des banguissois. Les conséquences directes à court terme seront une augmentation des maladies respiratoires et le cancer.  D’autres complications vont s’ajouter à long terme. Où trouvera-t-on l’argent pour soigner tous ces malades?

On affirme que cette cimenterie va être « moderne » et qu’elle répondra aux exigences de la consommation énergétique et de la protection environnementale.  Ces affirmations ne sont pas confirmées par une expertise indépendante et restent à démontrer.

Combien Bozizé a-t-il reçu pour sacrifier ainsi son peuple, déjà grandement éprouvé par la famine, le sida et l’insécurité? En cas de catastrophe, lui et sa famille se retireront dans leurs villas construites avec du ciment burkinabé et acheté avec l’argent du contribuable centrafricain, à Ouagadougou. Et le reste ?

Mais comme l’affirmait le Président Abraham Lincoln, je cite : « dans une République, il est impossible de mentir à tout le monde tout le temps ».

Le peuple sait ce qui est bon pour lui, et fait toujours le bon choix.

BOZIZE DOIT PARTIR !!!

 

Rédaction C.A.P

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Economie