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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 02:34

 

 

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La ville de Bangui connaît des inondations assez souvent meurtrières, avec d’énormes dégâts. Les autorités, souvent débordées ou surprises par les conséquences de ces inondations, les présentent comme une catastrophe pour solliciter  des aides ponctuelles en faveur des sinistrés sans s’attaquer véritablement aux causes de ce fléau. Les inondations de la ville de Bangui ne sont pas une catastrophe, c'est-à-dire un évènement imprévisible, mais résultent tout simplement de la responsabilité des pouvoirs publics en ce qui concerne leurs causes et leurs solutions. Tout d’abord, quelles en sont les causes :

                                   1° LA CONFIGURATION DE LA VILLE DE BANGUI

 Le site sur lequel se trouve Bangui n’était pas destiné à accueillir une ville devenue la capitale politique, économique, militaire, culturelle etc., c'est-à-dire un centre macro céphalique contenant plus d’habitants que les 16 principales agglomérations du pays réunies. Historiquement, les puissances coloniales, après avoir terminé la conquête des cotes africaines, se sont lancées dans une course pour celle de l’intérieur du continent à la suite de la Conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885) consacrée au partage et à la division de l’Afrique. La France qui cherchait dans ce cadre à atteindre le Nil avant les Anglais pour gagner le plus de territoire possible, a remonté  le fleuve Oubangui jusqu’au niveau de rapides que sa mission n’a pas pu franchir, obligée de planter son drapeau sur une terre en signe de possession, donnant ainsi lieu par la suite  à la création en 1889 d’un poste appelé Bangui. Or une ville ne se crée pas au hasard comme c’est le cas pour Bangui dont la naissance résulte tout simplement des difficultés de la navigabilité du fleuve Oubangui. Les raisons de sa création, la conception de son organisation spatiale, de sa sécurité, de son ouverture sur l’extérieur par exemple, répondaient à des besoins propres à la colonisation, différents de ceux d’une ville devenue par la suite la capitale politique, économique, militaire, culturelle etc. comprenant le 1/5 de la population centrafricaine, ayant connu une urbanisation massive, incontrôlée et une croissance urbaine dynamique. Pour ne parler que de la configuration géographique de la ville de Bangui, un certain nombre de dispositions étaient à prendre après l’indépendance du pays pour faire face aux contraintes liées à son site, et surtout aux effets de son urbanisation massive qui  sont ressentis aujourd’hui sous diverses formes. En effet, située au bas des collines, la ville est limitée dans  son extension par le fleuve Oubangui au Sud, le camp militaire à l’Est (du fait de la servitude de défense), au Nord Ouest par l’aéroport (aujourd’hui encerclé par des constructions anarchiques) à l’Ouest par un véritable no man’s land. Bref elle est construite en grande partie sur des terrains inondables, donc nécessitant d’importants travaux d’assainissement.

Pour la petite histoire, le centre-ville se trouvait à BIMBO au moment de la création de BANGUI, là où est situé l’actuel port pétrolier avant d’être déménagé en amont, à la suite d’inondations. Ainsi, sur une superficie intra muros de 62 km2, les ¾ sont inconstructibles sans des travaux d’aménagement, car inondables en dehors des zones adossées à la colline.

2° LES EAUX PLUVIALES DESCENDENT DES COLLINES VERS LES AUTRES QUARTIERS

Les eaux de pluie s’écoulent des  pentes des collines  de l’Est vers l’Ouest, inondant les quartiers situés plus bas. Le quartier Sénégalais initialement plus proche du centre ville dès la création de Bangui et qui se trouvait à l’emplacement de l’actuel Jardin Public, a été déplacé par l’administration coloniale à son endroit actuel à cause non seulement des lieux inondables ayant nécessité des travaux d’assainissement par la suite, mais d’un incendie que cette cité a connu en 1946.

Le quartier Lakouanga également plus proche du centre-ville a fait l’objet d’assainissement, de lotissement et de redistribution de parcelles  aux anciens occupants, obligés de quitter l’emplacement malsain le temps de ces travaux.

Les quartiers SICA I, SICAII, SICA III ont fait l’objet d’aménagement, de construction dans le cadre d’un embryon de politique de l’habitat financée par le FIDES (Fonds d’Investissement pour le Développement Economique et Social de l’AEF) en 1946. Le Centre ville suréquipé à l’époque, pourvu de tout à l’égout, n’avait pas de problème d’inondations car des rues, même en surnombre y étaient tracées.

Toute la zone longeant en demi-cercle l’Avenue Koudoukou était considérée par les urbanistes de l’époque coloniale comme devant rester rurale et autonome avec son marché (Km5), ses bars, donc avec peu ou pas de relation avec la ville, ce qui explique le grand retard en travaux de desserte en VRD (voiries, réseaux divers), la forte densité de la population, des constructions anarchiques, autrement dit un ensemble de problèmes à résoudre par les pouvoirs publics qui auraient du dès les premières années de l’indépendance, réfléchir à une politique d’intégration urbaine, pour briser le cloisonnement des urbanistes de la colonisation consistant à créer un quartier pour les indigènes (ceinture allant de OUANGO à LAKOUANGA en passant par BOY RABE, GOBONGO, MISKINE, KM5), un autre pour les évolués (SICA) et le centre-ville pour les blancs.

Non seulement les ¾ de la ville sont inondables, construits sur des terrains malsains, mais d’autres phénomènes aggravent depuis quelques années cette situation. Il s’agit notamment de :

3°LA DEFORESTATION DES COLLINES SURPLOMBANT LA VILLE

Il s’agit tout d’abord là d’un très grave désastre écologique pour notre pays qui avait l’avantage de réunir dans sa capitale une petite forêt avec des animaux, des collines offrant une vue panoramique rare, autrement dit une grande et exceptionnelle richesse touristique en ce qui concerne la flore, la faune, les montagnes qui dominent la ville. C’est d’ailleurs ce site exceptionnel qui a justifié à l’époque la dénomination de « Bangui la verte », « BANGUI LA COQUETTE ». Sous le régime de  BOKASSA, une autre appellation a été ajoutée aux deux premières, à savoir : « BANGUI VILLE DE PARI ». Malheureusement, le pari qui consistait à rattraper les autres grandes villes africaines et même les dépasser se fait dans le sens contraire, en commençant par la destruction des collines de la ville par la chasse, leur dénuement par la culture de champs, la coupe des arbres pour en faire du bois de chauffage, et surtout la construction de villas.

Le plan d’urbanisme de la ville de Bangui étant caduque depuis plusieurs décennies, les hautes autorités du pays qui devraient protéger ce site sont au contraire les premières à le détruire en y construisant des villas.

4°LA VITESSE D’ECOULEMENT DES EAUX OCCASIONNANT DE GRAVES DEGÂTS

La végétation des collines jouait deux rôles importants pendant les pluies. Elle retenait en partie les eaux pluviales, diminuant du coup la quantité qui doit s’écouler des collines vers la ville située en bas et freinait également leur vitesse, facilitant leur passage exclusif en direction du fleuve à travers des collecteurs créés à cet effet. L’absence de cette végétation entraîne donc une grande vitesse des eaux de pluie, obligées de se frayer parallèlement aux collecteurs, des passages vers les autres parties de la ville, ce qui entraîne de fortes inondations.

5° COLLECTEURS INSUFFISANTS MANQUANT DE CURAGE REGULIER

Les collecteurs d’eaux de la ville sont non seulement insuffisants pour canaliser ces eaux, mais certains ont même été fermés par des constructions. C’est le cas notamment du bâtiment du Ministère des Affaires Etrangères construit sur le collecteur qui passait à côté du Stade Barthélémy Boganda. La conséquence visible a été pendant longtemps l’inondation d’une partie de l’Avenue des Martyrs à la hauteur de l’Ecole Normale Supérieure, ce qui a amené la Mairie à y installer en 1996 une arche souterraine, creuser un collecteur maçonné traversant la zone des 36 Villas  faisant jonction avec le collecteur de Boy Rabe au niveau du Lycée Barthélémy BOGANDA et surtout agrandir le diamètre du pont de l’Avenue Ben Zvit pour corriger cette anomalie. Indépendamment de l’insuffisance des collecteurs, ceux-ci manquent cruellement de curage régulier, ce qui réduit bien évidemment leur capacité, et explique les différentes directions que les eaux se fraient, d’où les inondations.

5°PROBLEME LIE A L’ENLEVEMENT D’ORDURES DE LA VILLE

La capacité des collecteurs est rapidement réduite par les ordures de la ville, notamment des quartiers riverains. Sur ce point, il convient de retenir que déjà en 1996, chaque habitant de la ville produisait en moyenne 60 g de déchets par jour. Le calcul  est très facile à faire pour connaître le tonnage, le volume de déchets qui, faute de moyens efficaces d’enlèvement, se déversent dans les collecteurs, insuffisants et manquant souvent de curage.

6°NATURE DU SOL DE LA VILLE ET NAPPE PHREATIQUE

 Le sol de la ville est en grande partie argileuse et retient longtemps l’eau de pluie ou du moins ne l’absorbe pas facilement. Par ailleurs, la majorité de construction dans les quartiers manquent de fosses septiques et de tout à l’égout, de caniveaux. Or les eaux de ménage sont répandues sur un sol qui ne l’absorbe pas souvent en raison de sa nature argileuse. Elles stagnent quelquefois et n’attendent que celles provenant de la pluie pour atteindre plus facilement un niveau provoquant des inondations.

La situation décrite ci-dessus est encore compliquée par la nappe phréatique (eau se trouvant sous la terre). Dans certaines parties des zones situées au bas des collines, la nappe phréatique est presque « à fleur du sol », au point où le creusement d’un puits d’eau n’a pas besoin d’un grand effort. Le danger est que si les puits qui s’y trouvent ne sont pas suffisamment distants des Wc de fortune creusés dans le sol, les deux se communiquent en cas d’inondations, ce qui crée naturellement des maladies lorsque l’eau de ces puits est consommée.   

7°EXCAVATION SERVANT A FABRIQUER DES BRIQUES DE TERRE

La gestion d’une ville tient compte de tous les aspects liés à la vie de ses habitants pour leur assurer le bienêtre. Si le travail des jeunes est difficile et que des activités de production de briques de terre peut soulager certains d’entre eux tout en aidant la population à construire avec un matériau naturel, il appartient au gouvernement de mener une réflexion sur cette opportunité dans le sens d’une aide en ce qui concerne un site approprié, une aide matérielle et financière permettant à ces opérateurs de se structurer et protéger en même temps l’environnement. Malheureusement, les producteurs de briques de terre argumentent qu’ils n’ont pas de travail et vivent de cette activité. Les pouvoirs publics disent qu’ils abîment l’environnement sans que le juste milieu soit trouvé. Une solution urgente est à trouver car ces excavations béantes au milieu des habitations sont souvent dangereuses pendant les inondations et occasionnent fréquemment des cas de noyade.

8° EFFONDREMENTS DES PONTS CONSECUTIF A LA NEGLGENCE DES POUVOIRS PUBLICS

Les ouvrages ont une durée de vie. Dans un pays à forte pluviométrie comme le nôtre, ils doivent être surveillés, renforcés, redimensionnés. Une liste de ponts de la ville appelés à s’effondrer si rien n’était fait a été établie en 1996. Elle est disponible à la Mairie de Bangui. En effet, dans la ville de Bangui, la majorité des ponts ont connu des affouillements. Parmi ces ponts, deux étaient  situés sur le Bouvard De Gaulle et un sur l’Avenue de France. Les trois ponts se sont malheureusement effondrés sans surprise aujourd’hui. Tous les autres ponts de la ville nécessitent une attention particulière de la municipalité car leurs conditions ne sont pas différentes. En 1994, deux ponts situés sur l’axe de l’aéroport et un autre à la sortie Nord de la ville ont été construits en urgence car effondrés du fait des affouillements.

Les priorités de la ville de BANGUI sont à mon avis son assainissement du fait de sa configuration, de la nature de son sol et surtout du changement climatique qui est aujourd’hui une réalité. En effet, il pleut maintenant abondamment dans  les pays initialement désertiques, ce qui occasionne de graves inondations. La République Centrafricaine qui enregistre généralement une forte pluviométrie doit dès à présent prendre des dispositions nécessaires surtout au niveau de la ville de Bangui, notamment la mise en place d’un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme, un schéma de drainage des eaux, le sondage préalable du sol avant toute construction, la manière adéquate de construire etc. Ceci éviterait des effondrements massifs de maisons en cas d’inondations prévisibles.

                                                      

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                                      Olivier GABIRAULT,

   Urbaniste en Chef Freelance, Expert en développement urbain (France)

                 

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