Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 00:02

 

 

Sylvain-Ndoutingai 

Depuis sa nomination par son parent BOZIZE pour la seconde fois comme ministre des Finances, Sylvain NDOUNTINGAI n’en finit pas d’étaler au grand jour son incompétence et son inculture en matière des finances et de l'économie. On ne s’improvise pas économiste, surtout, pas après avoir embrassé la carrière militaire et pris part à une rébellion dans la foulée pour n’avoir jamais pu franchir le cap de la 1ère année en gestion  des entreprises à l'Université de Bangui.

 

De retour de Brazzaville où il avait pris part à une réunion des ministres des finances de la zone CEMAC, il s’était aventuré il y a quelques semaines devant la presse par une grotesque et audacieuse déclaration qui visait à démentir les nombreuses rumeurs sur le spectre de la dévaluation de F CFA mais qui prouve sa parfaite ignorance de ces questions et combien ses connaissances en la matière de finances sont extrêmement limitées. Qu’on en juge ! : « Il n'y aura pas de dévaluation du F CFA car les fondamentaux de l'économie de la sous-région sont au beau fixe. De ce fait, rien ne devra justifier pour l'instant une possible mesure de dévaluation du F CFA. Et prendre la décision de dévaluer le F CFA, c'est donner un coup de fouet au FF ou à l'euro, qui vont perdre, puisque l'euro par exemple s'adosse sur le F CFA ».  

 

Quelques jours plus tard, on avait encore droit de sa part à des déclarations avec beaucoup d’aplomb sur les  retombées “hypothétiques” de la hausse de 30 F CFA sur les produits pétroliers et les mesures d'accompagnement.

 

On ne peut donc pas être donc surpris aujourd’hui devant la catastrophique situation quant à la fourniture de l’eau courante et d'électricité aux Centrafricains, en particulier ceux de la capitale et des grandes villes de province, les deux sociétés SODECA et ENERCA ayant été sans interruption sous sa tutelle de ministre des mines plusieurs années durant, depuis le 15 mars 2003 date de son putsch avec son parent BOZIZE jusqu’en avril 2011 où il a en principe quitté ce ministère tout en y restant toujours en réalité.   

 

On ne peut que s'indigner profondément de le voir encore jouer au grand argentier de l’Etat, lui qui ainsi est censé mobiliser et gérer le nerf de guerre contre le sous-développement économique et financier de notre cher et beau pays.

 

Quand il ose parler de la dévaluation sait-t-il en réalité de quoi il s'agit? D'un point de vue purement théorique, la dévaluation  rend les produits à l'exportation (coton, café, diamant, bois...)  plus compétitifs en euro ou en dollar et les produits à l'importation (riz, lait, sucre, savon...)  plus chers en F CFA.  La vertu finale serait d’encourager le développement d'une industrie locale qui, à terme, générera des emplois et redistribuera plus de revenus.  Il s’en suivra une augmentation du bien- être social des populations, puis une augmentation de la demande, puis une augmentation de la production et ainsi de suite pour aboutir au rétablissement de l'équilibre macroéconomique.  Mais la dévaluation ferait aussi  augmenter le stock de l'endettement extérieur souvent libellé en euro ou en dollar.

 

Dans quel cas procède-t-on à une dévaluation? En général, dans le cas d'une chute drastique des recettes d'exportation, d'un déficit budgétaire important et d'une incapacité de l'Etat à tenir ses engagements financiers à cause d'un endettement excessif. Or, un endettement excessif est  dû en général  à des problèmes structurels liés à un déficit de bonne gouvernance.

 

NDOUNTINGAI fait preuve non seulement d'ignorance mais également de mensonges pour mieux cacher la vérité que les Centrafricains ont besoin d’entendre pour se rassurer. Selon lui, les fondamentaux de l'économie de la sous-région sont au beau fixe. C'est l'arbre qui cache la forêt.

NDOUNTINGAI n’est pas ministre des finances de la sous-région mais de la RCA.  Il serait plus judicieux, pour lui, de se pencher sur son pays. Or, tous les indicateurs économiques de la RCA, pris isolément, sont au rouge : les recettes d'exportation excédentaires de plus de 18,65 milliards de F CFA en 2002, ont  fondu pour s’établir à 6,1 milliard de F CFA en 2003. Puis, commence un plongeon sans fin dans le déficit dès 2004 avec 9,3 milliards de F CFA, pour s’établir aujourd’hui à plus de 123 milliards de F CFA de déficit des recettes d’exportations. 

 

Les avoirs extérieurs nets de la RCA encaissent le choc, presque fatal, et tombent à 5,8 milliards de F CFA contre plus de 55 milliards de F CFA en 2002. Ceci en raison de la chute drastique de la production des biens d'exportation.  Les principaux produits restent le diamant et bois. Ils ont subi de fortes baisses.  De 415 800 carats en 2002, la RCA ne produit plus que 174 000 carats aujourd’hui.  La production du bois s’établit péniblement à 155 000 m3 aujourd’hui contre 395 000 m3 en 2002. Le grand perdant est le coton fibre avec une production de 12 200 tonnes en 2002 contre à peine 2 000 tonnes aujourd’hui, suivi du café, 5 700 tonnes en 2002 contre 3 700 tonnes aujourd’hui. NDOUNTINGAI lui-même a reconnu honteusement que « nous ne produisons rien et nous n'exportons rien ».  Le solde commercial, pourtant positif et aux alentours de 30 milliards de F CFA en 2002 est devenu déficitaire à partir de 2004 pour atteindre les sommets à plus de 65 milliards.

 

En ce qui concerne les importations, la RCA importe tout. Mais c'est le poste hydrocarbures qui grève le plus la balance commerciale en raison des mauvais choix politiques et de l'amateurisme et de l'improvisation des gouvernants. L'enveloppe pour acheter le pétrole qui ne dépassait guère 10 milliards de F CFA  jusqu'en 2002 a explosé depuis 2004 pour dépasser 130 milliards de F CFA aujourd'hui. L'essentiel de l'approvisionnement se fait par route depuis le port de Douala au détriment de la voie fluviale moins onéreuse et vivement recommandée par le FMI. La gestion des stocks se fait sur le fil de  2 à 3 mois.

 

L'endettement de l'Etat est excessif : les crédits consolidés de la BEAC (avances en comptes courants non compris) s'élèvent à plus de 45 milliards de F CFA en septembre  2011 contre près de 14 milliards en 2002. Et aucun remboursement n'a été enregistré depuis 2009. Déjà en 2009, les dettes centrafricaines constituent les 2/3 des créances de la BEAC sur les Etats de la sous-région. Les créances des banques primaires sur l'Etat s'élèvent à plus de 18 milliards de F CFA contre 5,6 milliards de F CFA en 2002.

 

NDOUNTINGAI pousse le ridicule pour annoncer que la sous-région peut battre sa propre monnaie. C'est un exemple fantaisiste, un effet d'annonce sans réelle signification. Ne sait-t-il pas que l'on ne crée pas une monnaie pour créer de la monnaie? Une monnaie créée doit être forte et pour qu'elle le soit, il faut une économie en bonne santé et conforme à la rigueur macroéconomique. Sait-t-il au moins ce que disent les autres pays sur la RCA en ce moment ?  En effet, si le Cameroun est la locomotive de la sous-région, la RCA est le maillon faible, et sur tous les plans: économique (elle ne produit plus de richesse), financier (elle est en faillite et ne survit qu'au gré des largesses de la communauté internationale), social (plus de 80% de la population vit dans la misère et elle meurt jeune) et sécuritaire ( 2/3 du territoire est contrôlé par des “hordes” étrangères). Est-ce qu'il cherche seulement à se demander pourquoi les projets intégrateurs de la CEMAC n'aboutissent-ils pas? On pense à la compagnie aérienne AIR CEMAC et  à  la libre circulation des biens et personnes pour ne citer que ceux-là.

 

Donc la RCA n'est pas prête pour subir une quelconque dévaluation du F CFA. On ne s'improvise pas économiste ou monétariste. Pourquoi aller dire que c'est l'euro qui est adossé au F CFA? Alors quel est l'intérêt de décider à notre place de la dévaluation du F CFA par rapport à l'euro si notre monnaie est la monnaie satellite? Quelle ignorance?

 

« NDOUTINGAI tente de justifier la hausse des prix de produits pétroliers ».

 

La hausse du prix des produits pétroliers est loin d'être une subvention ni un cadeau aux agents économiques. Elle ne pourra pas non plus améliorer la marge de manoeuvre budgétaire de l'Etat. Elle ne générerait pas non plus des gains supplémentaires de l'ordre de 3,5 milliards de F CFA. Selon le b-a ba de l'économie du marché, le chiffre d'affaires s'obtient à partir du prix et de la quantité. Est ce qu'il sera, ne fut-ce qu'en mesure de nous dire la demande effective de la RCA en produits pétroliers? Le Ministre de l'énergie et de l'hydraulique estime la demande à plus de 84 000 m3. C'est une estimation fantaisiste car basée sur des projets qui n'ont finalement pas vu le jour. Il s'agit de la société AREVA qui a reporté sine die son investissement important de l'ordre de 300 milliards: la réfection de la route Bakouma-Bangui et le transport de l'électricité de Mobaye- Bangassou-Bakouma.

 

La société AURAFRIC, l'autre société,  sucé financièrement a plié bagage occasionnant un manque à gagner budgétaire prévisionnel de 56 milliards de F CFA par an. Déjà en 2006, on tablait sur 60000 m3 en intégrant ces projets. Il est donc surprenant d'avancer le chiffre de 84 000 m3. Est-ce que les services techniques ont-ils été associés à ce chiffrage? Il ne faut pas avoir honte de se l'avouer, les Centrafricains payent cher les erreurs et les choix inconséquents de BOZIZE qui, en tant que président de la république, est marketteur (actionnaire de SOCAPS) et distributeur détaillant de carburant (propriétaire avec sa famille de plusieurs stations-services) a fait sauter la clé de répartition d'acheminement des produits pétroliers qui étaient de 80 /20 (fleuve/route).

 

Aujourd'hui, seule la société TOTAL a importé 40 000m3 par le fleuve sur les 60 000 m3 nécessaires aux besoins du pays. Actuellement, la facture pétrolière est salée avec pour conséquence l'évaporation de nos avoirs extérieurs qui si cela continue, va entrainer un solde négatif au niveau du compte d'opération. Pourquoi faire le choix d'acheminer les produits pétroliers par voie routière au lieu de privilégier la voie fluviale? Pourquoi vouloir gérer la chose publique comme une épicerie? Comme un père de famille nombreuse qui préfère acheter à l'unité pour satisfaire les besoins de sa famille. De toutes les façons, la voie fluviale est à l'abandon car le dragage ne s'effectue plus depuis des années et le fleuve Oubangui n'est plus navigable que 5 mois sur 7 mois en période de crue.

 

Par exemple pour la structure route (Limbé), le prix d'entrée dépôt Kolongo et Salo: le super: 588; le pétrole lampant; le gas-oil: 615, le fuel tandis que la structure fleuve prix entrée dépôt Kolongo et Salo: le Super 544 F CFA, le pétrole lampant 525 F CFA, le gas-oil  574 F CFA. Il n y a pas photo entre les importations par la route par rapport aux importations par le fleuve. Il est donc plus bénéfique d'importer par la voie fluviale. Il est illusoire de croire que les importations des produits raffinés au Tchad seraient une autre solution. Cette raffinerie n'offre que du super et du gaz domestique. Mais ces deux produits ne sont pas encore homologués. Il semblerait que ces produits soient de très mauvaise qualité car contenant beaucoup de gomme. Le Cameroun a déjà signalé qu'il n'acceptera pas ces produits sur son territoire à cause de sa dangerosité. Avec son arrogance de parvenu, NDOUNTINGAI prend-il les Centrafricains pour des imbéciles?

 

 Il y a lieu de rappeler que la RCA, sous la gestion des sociétés multinationales (Shell, Mobil, Fina, Total etc...) et des sociétés d'Etat et d'économie mixte (Centra-Hydro, Tocages et Petroca), bien qu'elle n’était pas un pays producteur de pétrole (autre raison évoquée pour cette hausse), a entretenu une quasi stabilité des prix des produits pétroliers à cause du professionnalisme des responsables d’alors de ce secteur d'activité. Depuis que BOZIZE est au pouvoir, les prix augmentent quasiment chaque année. La sonnette d'alarme a été tirée par le syndicat des transports qui a déploré plus de 5 augmentations entre 2006 et 2010. Le gouvernement pouvait bien réduire ne fût-ce qu’un peu certains postes dans la structure de prix du carburant tel que la TVA (de 19% à 16%), les frais de passage et de stockage .... Il a opté pour cette solution de facilité pour ne pas essuyer les courroux des experts du FMI.

 

En outre, à quoi sert l'Agence de stabilisation et de régulation des produits pétroliers (ASRPP), une structure budgétivore créée de toute pièce et en violation des textes de l'HOADA si ce n'est la vache à lait du régime BOZIZE. L'ASRPP devrait jouer son rôle de régulateur des cours en injectant les fonds qu'elle a prélevés pendant que les cours du baril sur le marché international était bas pour soutenir le prix à la pompe en cas de hausse sur le marché international. A travers l'ASRPP, le gouvernement aurait du sommer les distributeurs de produits pétroliers surtout  la SOCAPS à procéder à la commande et au stockage de la quantité du carburant nécessaire à la consommation du pays, afin de se mettre à l'abri de la volatilité des cours du baril.

 

La hausse du prix de pétrole de 30 F CFA risque de coûter beaucoup plus cher à notre pays.  Puisqu’il n’y a aucun contrôle effectif des frontières, la contrebande va s'intensifier. Les sociétés forestières vont continuer plus que jamais à s'approvisionner au Cameroun. Les transporteurs camerounais ou tchadiens vont continuer à assurer le carburant nécessaire à leur voyage au point de départ. Même la société SATOM qui construit la route Bangui Ngaroua-Mboulaye s'approvisionne à la frontière. NDOUTINGAI nous miroite que le gouvernement encaissera plus de 3 milliards de F CFA suite à cette mesure. Peut-il nous chiffrer la perte que subira  notre pays suite à cette mauvaise décision? 

 

En ce qui concerne les mesures d'accompagnement, ces propositions tiennent davantage de la démagogie que de mesures pensées, étudiées et chiffrées. Sait-t-il de quoi il parle?  Est-ce que les services ont fait d'analyse d'impact? La mesure sur le déblocage des salaires est-elle inscrite au budget? Cette mesure coûtera-t-elle combien à l'Etat? Ce qui est sûr, elle  concernera moins de fonctionnaires qui sont dénombrés à près de 22 000. Ceux qui travaillaient déjà dans les années 80 sont, soit morts, soit à la retraite. La mesure sur la réduction des taxes d'abattement sur les indemnités qui ne prendra effet qu'au mois d'Avril 2012 est-elle aussi inscrite au budget 2012? Ces 2 mesures sont temporaires et prises depuis 2004 et elles devraient être supprimées depuis des années. Les prix des produits pétroliers sont indexés sur les cours internationaux et donc sont appelés à fluctuer. La mesure de l'apurement de la dette intérieure a été prise à plusieurs reprises. Mais elle a surtout bénéficié aux entreprises KNK à savoir NGAISSONA, BEFIO bois ….Qui financera cette mesure?

 

L'histoire rattrapera la bozizie et  rendra justice aux Centrafricains à cause de ses mensonges et sa cupidité. Gouverner c’est prévoir dit-on. Leur démagogie, leur amateurisme et impuissance ont un fort relent de fin de règne. 

 

 

Maurice NAMBOZOUINA       

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Politique