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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 03:13


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Par Shanda.Tonme | Jeudi 11 mars 2010 | Le Messager

Depuis la fin de la guerre froide, les menaces les plus sérieuses dont le monde fait face en permanence, ne résultent pas des comportements belliqueux des Etats, mais plutôt des contestations élevées par les citoyens contre les régimes autocratiques. Les élections truquées, les emprisonnements des opposants, les atteintes à la liberté de la presse et la compromission des libertés individuelles et des droits humains, offrent globalement une photographie des principales raisons des crises et des risques de crise dans les relations internationales. Longtemps éclipsés par une tolérance voire une entente tacite entre les systèmes idéologiques différents et rivaux, les systèmes de mauvaise gouvernance sont de moins en moins tolérés et une certaine opinion internationale s’est effectivement constituée autour des exigences de transparence dans les modes d’accession et d’alternance au pouvoir dans tous les pays de la planète.

C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier et évaluer les implications de l’élection du 4 mars au Togo et la signification profonde pour la stabilité de l’ensemble de la sous-région d’une part, et la crédibilité des organisations internationales d’autre part. Le président sortant, monsieur Faure Eyadema, a été déclaré victorieux avec 61% des suffrages par la commission électorale à l’issue d’un scrutin à un tour qui avait de prime abord des allures de pure formalité, tant les dés étaient ouvertement pipés et certaines candidatures invalidées à dessein. Au regard de ce qui précède, l’opposition, en somme une frange majoritaire de la population, a exprimé sa désapprobation avec véhémence. Or il convient de rappeler pour mémoire, qu’à la mort du père de l’actuel président, celui-ci s’était pratiquement imposé à la tête du pays au lendemain d’une autre élection truquée avec le soutien de l’armée qui avait massacré plus de cinq cent personnes, selon les chiffres établis par les enquêtes d’une commission spéciale de l’Onu.

Si au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la création de l’organisation des Nations Unies était surtout motivée par l’urgence d’une plus grande coopération entre les Etats à travers des mécanismes consensuels, l’évolution a rapidement permis de convenir que le sort individuel des citoyens, et surtout les dispositions institutionnels d’expression de leur volonté pour le choix de leur destin dans chaque pays, était une priorité diplomatique. Dès la fin des années 1970, les juristes internationalistes réfléchissaient déjà sur les organisations internationales dites de la troisième génération. En fait, le problème central dans la vision de l’évolution harmonieuse et moins conflictuelle du monde mettait en avant, la nécessité de s’assurer que tous les Etats qui s’annonçaient comme membres des institutions universelles, remplissaient un certain nombre de conditions internes. Les conditions internes ici s’entendent du traitement des citoyens et de la participation effective de ces derniers, au processus de décision par des consultations électorales libres, transparentes et équitables.

Certes, les affres des deux grandes guerres de 1914-1918 et 1939-1945, pouvaient être mis au compte d’un monde sans principes directeurs universels et sans code moral global et consensuel. Mais, comment pouvait-on continuer de justifier, même en tenant compte de la rivalité entre les systèmes idéologiques antagonistes, que des milliards de personnes à travers le monde ne connaissent pas le bonheur des élections libres ? Comment pouvait-on continuer d’accepter, que des personnes parlent dans les assemblées des institutions internationales, sans avoir un mandat clair de leurs citoyens ? Ces questions se posent encore avec activité aujourd’hui et prennent le caractère de préoccupations urgentes au regard des développements des communications et des technologies de l’information.

Le fait que monsieur Eyadema Faure ait été facilement déclaré vainqueur soulève un réel problème pour la morale des relations internationales et remet à l’ordre du jour, la considération à accorder aux grandes puissances qui demeurent dans tous les cas, des tutelles explicites de petit pays. Comment peut-on du point de vue moral et psychologique, concevoir que le fils d’un dictateur qui durant plus d’un demi-siècle a oppressé et écrasé le peuple dans le sang soit intronisé avec tambours et trompettes ? La légèreté avec laquelle l’Union africaine a validé l’élection du 4 mars au Togo traduit une mentalité de criminels aussi répugnante que celle de ceux qui planifièrent les crimes nazis et tous les autres génocides de l’histoire de l’humanité.

En réalité il faut entrevoir dans la mauvaise gouvernance dorénavant, la cause essentielle des souffrances actuelles et prochaines de l’humanité. Ce que préfigure le refus des élections libres est aussi grave que la manipulation en plein rue d’une bombe nucléaire. D’ailleurs, l’histoire récente nous renseigne suffisamment sur les conséquences pour les peuples, des pouvoirs autocratiques, que ceux-ci soient construits sur des ambitions personnelles, sur des groupes claniques sectaires, ou sur des combinaisons ethno tribales. Le génocide rwandais de 1994 puise sa source dans les rivalités ethniques et la gestion orientée vers le gouvernement d’une frange tribale contre une autre ou contre les autres. Que l’on se représente le Darfour, le Tchad, la Centrafrique, la Somalie et d’autres zones de fortes perturbations et de drames sanglants, les éléments à la source portent l’estampille des volontés cruelles qui engendrent la ruine de la paix et de la sécurité.

Ce qui interpelle aujourd’hui les consciences dans ces situations, c’est le comportement des grandes puissances face au dépérissement dans les pays périphériques, des valeurs pourtant célébrées et enseignées comme universelles dans leurs propres sociétés. Le président Nicolas Sarkozy qui s’est rendu au Rwanda pour déposer une gerbe de fleurs sur le mémorial des victimes du génocide, a parlé d’erreur de jugement de son pays, pendant que certains anciens responsables qui étaient à l’époque aux affaires, contestent cette déclaration qualifiée de pure fantaisie diplomatique. Qui croire dans ce concert de doutes, de renonciations, de larmes de crocodiles, de jeux d’intérêts sourds et obscurs qui avalisent les uns et condamnent les autres ?

Le risque d’un désordre planétaire à grande échelle partant des pays mal gouvernés est de plus en plus précis, tout comme l’est, la menace actuelle d’une prolifération des armes nucléaires qui demain, pourraient facilement devenir un jouet banal entre les mains de jeunes africains désabusés et humiliés de façon chronique. Derrière ou devant le Togo, la Côte d’Ivoire ou même le Cameroun, se dresse ces nouveaux défis puisés dans les mamelles infâmes des systèmes de gouvernance sectaires, ethniques et corrompus. Les Nations Unies et le cortège des humanitaires toujours prompts à rappeler les grands principes, se réveilleront sans doute trop tard pour constater les ravages de leur irresponsabilité, leur absence de réaction et de mise en garde, au moment où ces régimes fous, articulaient leurs plans dans la parfaite tranquillité./.

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