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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:28

 

 

Bozizé

 

Pendant que certains pays comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Guinée Equatoriale, le Ghana.. retroussent leurs manches pour sortir leur pays de l'ornière, la RCA quant à elle, est à bord d’une drôle de galère. Il n'y a plus d'argent pour assurer les soins et l'instruction de sa  population. Plus d'argent pour construire des infrastructures économiques telles que les routes et les ponts qui se dégradent à grande échelle. La RCA  n'arrive plus à assurer la protection des personnes et de  leurs biens. Même le paiement des salaires des fonctionnaires se fait au prix d’un fort endettement bancaire et/ou de l'aumône internationale. L'Etat est en faillite, ses caisses sont vides et la faute, dit-on serait due aux partenaires au développement qui refusent leur aide financière et à une économie qui n'existe que pour consommer. 

 

En réalité, ce sont les prédations financières et les  choix politiques injustes, incohérents et inconséquents du pouvoir en place qui ont plongé le pays dans une crise économique et financière sans précédent. On ne reconnaît plus la RCA, le pays a érigé la démagogie et la cupidité en vertu. Depuis 8 ans, l'impunité, le mensonge ou la dissimulation de la vérité sont devenus une spécialité du pouvoir. Aujourd'hui, la crise est profonde et le pouvoir est rattrapé par la vérité.  Il vient de reconnaître  avec fatalisme et résignation son impuissance à redresser le pays.

 

Dans l'exposé des motifs du budget de l'exercice 2012, le Ministre d'Etat, le « Vice-Président » de la République comme on l’appelle à Bangui, l'inamovible ministre des mines, département qu'il cumule actuellement avec celui des Finances depuis quelques mois en raison de l’absence pour maladie du ministre délégué aux mines, en fait son ex-directeur de cabinet aux mines, décision prise lors d'un conseil de Ministres par Bozizé en violation de la règle des intérims ministériels qui prévoit le ministre délégué à l’Energie, explique :

 

- « le contexte d'élaboration de ce projet de loi de finances est difficile car caractérisé par le retrait des appuis budgétaires par les partenaires techniques et financiers de la République Centrafricaine. »  Notre ministre semble être pris de court et c'est  presque en pleurnichant qu'il s'est plaint de ce retrait des appuis budgétaires comme si c'était un droit pour la RCA et un devoir pour nos partenaires. C’est seulement maintenant qu'il s'en rend compte. Pourtant le retrait des appuis budgétaires a commencé en 2009 (14,9 milliards de F CFA perçus contre 25,2 milliards d'engagement); en 2010 (5 milliards de F CFA perçus contre 7,4 milliards de F CFA d'engagement) et rien en  2011. Il fallait donc se préparer à gérer cette baisse du montant de l'aide attendue. NDOUTINGAI vient de reconnaître implicitement qu'avec BOZIZE, ils ont délibérément collé l'étiquette d'Etat improbable et fragile à la République Centrafricaine afin de bénéficier d'une rente à vie. Il dit bien « appui budgétaire ».

 

Ne sait-t-il pas que l'idée de l'appui budgétaire est d'aider un pays à maintenir son équilibre budgétaire et non de se substituer aux moyens financiers propres de l'Etat? Et ne fait-il pas en réalité preuve d'une méconnaissance du sujet ? Il ne songe qu'aux espèces sonnantes et trébuchantes qui peuvent transiter par le Trésor pour garnir à la fin leurs comptes à l'étranger. Car l'appui budgétaire vise à financer les dépenses de fonctionnement et non celles d'investissement. S'il avait le souci de l'intérêt collectif, il se serait plutôt préoccupé du manque de financement du DSRP II. Ne sait-t-il pas que le ralentissement de l'économie mondiale et la crise financière aigüe que connait l'Union Européenne,  notre premier partenaire financier, obligent les Etats donateurs à adopter des politiques d'austérité qui réduisent forcement le montant de leurs aides et les amènent aussi à écarter parmi les bénéficiaires, les régimes mal élus et prédateurs, convaincus de mauvaise gouvernance et les tyrans.

 

Aujourd'hui, le régime ressasse à tout vent que les caisses de l'Etat sont vides or depuis le putsch du 15 mars 2003, le régime de BOZIZE a reçu, il faut le rappeler, plus de 700 milliards  de F CFA en aide diverses, dont un peu plus de 250 milliards de F CFA d'appuis budgétaires. Qu'en ont-ils fait? Qu'ont-ils fait des 25 milliards de la CEMAC ? Des 25 milliards d'allocation de DTS du FMI ? Des 24 milliards de F CFA d'avance exceptionnelle de bonus sur l'uranium versés par AREVA? Qu'ont-ils fait des 29,5 millions de $ US soit 26 milliards de F CFA empruntés au nom de  la RCA auprès d'une banque en Inde pour la construction d'une cimenterie qui ne verra jamais jour ? Le gouvernement ne sait même pas encore comment il va s'y prendre pour rembourser ses 26 milliards car la somme a disparu sans que la cimenterie ne soit construite. Sans compter les ressources octroyées par les institutions de Bretton Woods (FMI, BM), la BAD et les pays amis tant occidentaux qu'africains.

 

Il est grand temps que la RCA prenne ses responsabilités et délaisse, définitivement son état de grand malade sous perfusion. Le tarissement des concours financiers extérieurs devrait plutôt avoir une vertu, et inciter les gouvernants à mieux gérer les maigres ressources.

 

« les grandes difficultés de la RCA, résident dans le fait que nous ne produisons rien et nous n'exportons rien, malgré les énormes potentialités que dispose le pays », Comment veut-il qu'il en soit autrement si l'économie centrafricaine est structurellement faible? Il a oublié de mentionner comment son oncle BOZIZE et lui-même ont conduit ce pays vers le néant malgré les appuis multiformes et soutenus de la communauté internationale (la SFI, filiale de la BM, la BAD et l'UE...). Le fait de le dire si fort souligne en creux leur échec et impuissance devant cette situation inacceptable. Ils ne sont plus capables de rétablir les finances publiques afin d'investir dans le système productif qui semble plutôt avoir fondu. L'économie centrafricaine est devenue une économie de consommation.

 

Aujourd'hui, la corruption et la concurrence déloyale aidant, des commerçants véreux ont réussi à établir un monopole naturel sur tous les petits commerces: épicerie, boulangerie pour les libanais, la quincaillerie pour les tchadiens, les pièces détachées de motos et automobiles pour les nigérians, alcool (bière étrangère, alcool) et matériaux de construction pour les camerounais. Les indiens font leur entrée dans le secteur des transports urbains et les agences de voyage tandis que les chinois excellent dans les bazars. Les quelques rares industries agro-alimentaires du pays sont tenues également par les libanais (HUSACA et CENTRAPALM), CASTEL et SUCAF sont détenues par le groupe CASTEL ami de BOZIZE. On peut raisonnablement relever que l'économie centrafricaine est sous la coupe des étrangers qui n'ont aucun intérêt à payer les impôts. La bozizie est redevable aux tchadiens dont une compagnie blindée assure la sécurité de BOZIZE. BOZIZE dispose également de parts dans les intérêts libanais. Ces mêmes Libanais  sont aussi ses financiers occultes et membres du comité des sages de son parti KNK.

 

Pour la dernière campagne électorale, un seul, Ali AKRASS, propriétaire du supermarché RAYAN, a participé pour plus de 600 millions de F CFA. Les recettes d'exportation  se sont réduites d'année en année en peau de chagrin.  Par exemple jusqu'en 2002, la RCA exportait environ 500 000 carats de diamant par an contre 173 641 carats aujourd'hui. Le secteur minier est géré en famille et de façon opaque. Toujours en 2002, on comptait plus d'une dizaine de bureaux d'achat et des centaines de collecteurs contre trois (3) bureaux d'achat aujourd'hui (BADICA, AND et SODIAM). Dans ce secteur, la boulimie financière de BOZIZE et NDOUTINGAÏ a contraint les investisseurs sérieux à détaler sur la pointe des pieds (URANI, DE BEERS, PANGEA, DIAMONDS FIELD, LOBAYE GOLD et GEM DIAMOND), toutes ces sociétés sont  sud-africaines. Les artisans centrafricains ont également été ruinés. Cette dégringolade ne se limite pas seulement au secteur du diamant. Sur la même période : le bois (623 700 m3 contre 272 410 m3 aujourd'hui); le café (environ 20 000 t contre 4 600 t aujourd'hui) et enfin le tabac de cape et de coupe dont la production avait atteint  215 tonnes n'est plus produit aujourd'hui. Le Cameroun est l'unique fournisseur de SOCACIG.

 

De même, aucun investisseur sérieux ne peut installer son outil de production dans un pays où il n'y a ni eau ni électricité ni un cadre institutionnel sain. Pourquoi investir dans un pays où seulement 30% du territoire est librement accessible? Le FMI et la BM ont pourtant suffisamment financé le régime pour assainir l'économie et les finances et créer les conditions favorables au développement du climat des affaires. Comme si cela ne suffisait pas, en novembre 2010, nos partenaires au développement avaient effacé 50% de nos dettes soit l'équivalent de près de 500 millions de dollars américains, grâce au programme PPTE. Une chance que nous n'avons pas pu saisir. La RCA est classée dernier Etat au monde pour le climat des affaires (Doing Business). BOZIZE et NDOUTINGAÏ sont à pointés du doigt. Leur pouvoir bafoue les principes de séparation des pouvoirs en muselant les juges indépendants par l'action d'un parquet à leur « botte ».

 

Selon un communiqué de la Présidence publié dernièrement, « Afin de sécuriser les recettes de l'Etat et d'améliorer la maîtrise  des dépenses publiques (,,,) toutes les recettes publiques sont centralisées sur le compte unique du Trésor Publique domicilié à la BEAC »Quel folklore ? Qu’y a-t-il à attendre d’une telle mesure prise en toute illégalité car relevant du domaine de la loi, si ce n’est permettre à BOZIZE d’avoir une mainmise totale sur l’ensemble des ressources financières du pays.

 

Ainsi, jusqu'à aujourd'hui, il fait exception parmi ses pairs Chefs d'Etat de la sous-région en cumulant les fonctions de Président de la république, chef de l’Etat, chef suprême des armées, 1er magistrat de la république, avec celle d’Ordonnateur unique et comptable principal du budget depuis 2004 en qualité de président du comité de trésorerie. En tant qu’Ordonnateur unique du budget, il a couvert 70 milliards de F CFA de dépenses non justifiées sous la barbe et le nez de la communauté financière (FMI, BM, BAD, AFD...). Avec la centralisation des recettes, les tentacules de BOZIZE vont s'étendre aussi sur les comptes spéciaux du Trésor à savoir les fonds routiers, miniers et forestiers ainsi que les comptes d'affectation spéciale de la justice, de la communication, du don japonais, de l'élevage, et de la redevance informatique des Finances. La boucle est bouclée. Bonjour les dégâts !.

 

Par ailleurs, cette décision présidentielle se voulait un signal fort aux partenaires financiers en l'occurrence le FMI. Le régime aux abois a besoin d'un programme économique et financier avec le FMI, quitte à bluffer. De 2004 à ce jour, BOZIZE a été le Président du comité de trésorerie, soit plus de 7 ans et les finances publiques n'ont pas été redressées comme promis. N'était-il pas le président du comité de trésorerie lorsque plus de 70 milliards de F CFA se sont volatilisés du Trésor? N'était-il pas Président du comité de trésorerie lorsque toute une série d'opérations contraires à l'orthodoxie financière se sont réalisées? 

 

Citons en 2010: Guillaume LAPO, ancien Directeur Général du Trésor qui s'est fait réparer ses toilettes pour 10 millions de F CFA, Francis BOZIZE  et Parfait MBAYE déchargent au Trésor des centaines de millions de F CFA  de fonds secrets pour les basses besognes, Joël SINFEI MONDAMSE décharge chaque semaine de 50 à 600 millions de F CFA pour la caisse noire de la Présidence ou la sécurité, sans oublier le ministre des Affaires Etrangères, le général Antoine GAMBI, qui a déchargé quant à lui en mains propres 300 millions de F CFA  des fonds destinés à la réfection des bâtiments de son département. Toutes ces personnes ne sont-elles pas nommées par BOZIZE ? BOZIZE est lui-même impuissant face à ses ministres qui pillent sans état d'âme les entreprises publiques. Pour ne citer que les cas NGOUANDJIKA et MALEYOMBO, devenus aussi milliardaires. Et si BOZIZE ne condamne pas ses prédateurs, cela signifie qu'il donne l'exemple.

 

Pourquoi NDOUTINGAI est-il affecté aujourd'hui aux Finances? NDOUTINGAI est-il le bon Ministre des Finances qui sied à son oncle ? Pourquoi quitter les Mines pour les Finances avec le bagage technique faible que nous lui connaissons? Rappelons que NDOUTINGAI a morcelé et vendu toutes les propriétés minières (uranium, diamant, or, fer et pétrole) de la RCA. Ce qui a fait de lui et BOZIZE des milliardaires avec des biens meubles et immeubles importants à l'étranger, aujourd'hui. Il est muté au ministère des Finances pour que BOZIZE et lui-même jouissent des retombées financières de leurs magouilles. Aujourd'hui, BOZIZE planifie de créer  un nouveau département dénommé « Ministère du pétrole » spécialement dédié à NDOUTINGAÏ. Ils ont fait venir à Bangui des personnes ressources d'origine congolaise avec des passeports diplomatiques centrafricains pour ficeler le dossier.

 

A trop humilier le peuple, on sème le vent de la tempête future.

 

  

Maurice NAMBOZOUINA   

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion