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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 23:21

 

 

 

 

Bozizé perdu

 

 

 

 

 

OUBANGUI PERSPECTIVES


 

LE REGIME BOZIZE :


 

DENEGATION SYSTEMATIQUE DU DROIT A LA LIBERTE D’EXPRESSION


 

LE TRIBALISME COMME OUTIL PRIVILEGIE DE L’ACTION POLITIQUE


 

LE PAIEMENT « A COMPTE GOUTTE » DE SALAIRE POUR SEUL HORIZON ECONOMIQUE

 

 

Après publication par Centrafrique Presse de notre réaction sur la crise militaro-politique en cours dans notre pays la république Centrafricaine, à côté des réactions positives qui me sont parvenues, j’ai retenu deux fois de suite la manifestation d’aigreur d’un certain Jean Félix WANFIO qui s’identifie clairement comme appartenant au régime qui s’est installé au pouvoir après l’avoir usurpé par un coup de force tout en se revendiquant paradoxalement d’une légitimité populaire.


 

La teneur de ces manifestations chargées d’amertume que je vous livre sans aucune modification est la suivante :


 

1 – « Qu'est ce que les autres régimes plus que le notre? Même le salaire ils arrivaient pas à payer. Vous êtes tous des griots, si vous avez besoin de quoi manger, mais demandez au lieu de se taire et demander à ce qu'on vous responsabilise vous êtes là à raconter des bobards. »


 

2 – « Tout le monde sait maintenant qui vous soutient et certaines personnes arrêtées nous donnent des informations fiables pour nous permettre de vous combattre avec toute votre génération.



A votre place, j'aurai honte car vous avez déclaré au monde entier que vous allez marché sur Bangui mardi dernier, qu'est ce qui s'est passé?????
Nous avons pris toutes les dispostions et vous serez combatus sur toutes vos positions. »


 

A la première interpellation, j’ai tenu à faire  à cette personne que je ne connais pas la réponse suivante :


 

« Le mépris est la seule réponse qu'il convient de vous opposer.

 

De plus, vous vous exprimez si mal, qu'on peine à saisir l'essence des stupidités que vous assénez.

 

La bêtise qui transpire de votre texte reflète parfaitement les tares dont le régime que vous défendez aussi gauchement a fait montre au cours de toutes ces années de malheur pour le peuple centrafricain.

 

Vous auriez dû consulter le sens du mot griot avant de vouloir aller au combat de manière aussi insensée, au moins cela vous aurait permis de saisir le sens de ce que vous écrivez.

 

Je n'éprouve pour vous que du mépris, Centrafricain Indigne. »


 

Ma réponse peut paraître dure à l’égard d’un compatriote qui après tout n’a fait qu’user de sa liberté d’expression.

 

J’ai cependant jugé utile de saisir l’occasion de cette correspondance qui m’a été imposée et que je ne tiens pas à alimenter au-delà de la seule réponse ci-dessus, pour faire deux observations, l’une plus générale et politique, l’autre plus spécialement économique.


 

I – OBSERVATION POLITIQUE :


 

A - DENEGATION SYSTEMATIQUE DU DROIT ALA LIBERTE D’EXPRESSION


 

Je tiens à faire remarquer d’emblée que le régime dont se réclame mon interlocuteur, n’a jamais supporté ni toléré un réel exercice d’un droit à la liberté d’expression.


 

La preuve est apportée une fois de plus par cet adepte invétéré de la doctrine bozizéenne qui repose sur deux socles : une vacuité incurable de toute pensée politique et une brutalité caractérisée visant à réduire ou dissuader toute manifestation ostensible de liberté.


 

C’est ainsi que notre interlocuteur considère tous ceux qui expriment un point de vue différent de celui de « leur régime » comme des rebelles dont les complices imaginaires sont  susceptibles d’être combattus à coup d’arrestations et interrogatoires musclées aux fins d’obtenir des informations prétendument « fiables » avant de monter à l’assaut d’hypothétiques « positions ».


 

Je crains malheureusement que la panique et les lubies de ce régime et ses hommes de main conduisent à toujours plus de fausses accusations, d’arrestations arbitraires, de disparitions et d’enlèvements dont on mesure déjà partiellement les conséquences : plusieurs morts  découverts dans différents endroits selon les informations, des appels à la haine entre centrafricains, des armes blanches distribuées à des jeunes désoeuvrés dans plusieurs quartiers de BANGUI.


 

Toutes les gesticulations morbides de ce régime rejeté par des populations esseulées par des années de brimades et de privations en tous genres, ne dissimulent en rien l’incompétence d’un régime qui éclatent aujourd’hui de manière spectaculaire devant une opinion internationale médusée devant tant de chaos et de délabrement d’un pays par ailleurs potentiellement riche.


 

Le problème est que les fanatiques de ce régime qui fait preuve d’une nullité absolue en tous domaines, préfèrent penser que d’autres personnes ont honte à leur place.


 

Cette attitude ne peut surprendre, car BOZIZE et sa clique se sont tellement habitués à la médiocrité qu’il leur est impossible d’en percevoir les caractéristiques.


 

Si, nous, Centrafricains avons honte, ce n’est pas pour les mêmes raisons que cette clique de rapaces qui, même devant les preuves de leurs forfaits, de leurs crimes, essaient encore de tromper la vigilance de l’opinion, espérant ainsi grappiller une chance supplémentaire de poursuivre et achever leurs basses besognes afin d’accomplir leur funeste dessein


 

Seulement, aujourd’hui, il y a trop de témoins pour que leurs œuvres de mort puissent passer inaperçues.


 

Les accords de LBREVILLE, bien qu’imparfaits nous donne l’occasion de poser les bases d’une reconstruction de la République Centrafricaine, dépassant ainsi la seule question du maintien ou pas de BOZIZE au pouvoir.


 

A en croire les autorités sud-africaines, le déploiement de leurs troupes en Centrafrique viserait à éviter une prise de pouvoir antidémocratique, SIC !

 

Les responsables politiques d’Afrique du Sud, ne doivent pas oublier qu’ils ont dû, dans un passé récent, très souvent au péril de leur vie, combattre un régime de terreur et de ségrégation et que, cette terreur et cette ségrégation ne sont pas moins condamnables parce qu’elles viendraient d’un pouvoir issus d’élections de surcroît truquées. Je refuse même de leur accorder le bénéfice de la bonne foi car aujourd’hui, aucun pouvoir du niveau de celui de l’Afrique du Sud, ne peut raisonnablement prétendre ignorer le caractère tyrannique du régime corrompu et violent qui sévit en Centrafrique depuis de nombreuses années.


 

En plus d’être brutal, le régime de BOZIZE est férocement ségrégationniste en son genre, puisque guidé en toutes circonstances par une vision obstinément tribaliste de la chose politique.


 

Cette autre forme de ségrégation n’en est pas moins terriblement efficace, si l’on en juge par le désastre humain, politique, sociale, économique … qu’elle a engendré.


 

Du reste, il faut condamner avec force cette intrusion intolérable dans les affaires centrafricaines, de l’Afrique du Sud dont on pouvait attendre plus de lucidité de la part des dirigeants. Fricoter ainsi avec un chef d’Etat honni par ses concitoyens pour des raisons qui ne sont plus à démontrer, est assurément immorale et malsain.


 

Le Président sud-africain actuel donne l’impression de se laisser guider davantage par une inclination affairiste que par les principes nobles qui ont sous-tendu, des années durant, les luttes de l’ANC dont il fut l’un des piliers. Faut-il croire que, depuis, des rivières de diamants ont coulé sous les ponts, au point de lui faire perdre sa capacité d’analyse et sa lucidité ? N’oublions pas que c’est le même président sud-africain qui a déclaré un jour, sans ambages, qu’après une passade, une bonne douche suffisait à éliminer le risque d’infection par le VIH.


 

Cette déclaration serait-elle symptomatique de l’état d’esprit d’un homme qui n’est peut-être plus que l’ombre du combattant valeureux et avant-gardiste de la liberté qu’il a été ?


 

J'invite cependant l'Afrique du Sud à réfléchir à ce soutien immoral apporté à un homme qui se dit chef d'État, mais qui ne respecte pas son peuple dont il prétend avoir la confiance mais qu'il n'hésite pourtant pas à piétiné pour se maintenir au pouvoir.


 

BOZIZE et ses fidèles auraient tord de sous-estimer la capacité de révolte d’un peuple. D’autres avant lui l’ont appris à leurs dépens. Tous avaient pourtant une autre « envergure » et peut-être même un peu plus de « jugeote ». Ils s’y sont néanmoins cassé les « canines », délaissés du jour au lendemain par des amitiés qu’ils croyaient indéfectibles.


 

B – LE TRIBALISME COMME OUTIL PRIVILEGIE DE L’ACTION POLITIQUE


 

Mon correspondant revendique l'appartenance au régime en place en parlant de « notre régime » sans préciser à quel titre.


 

On peut alors émettre plusieurs hypothèses :


 

Soit, il exerce une fonction politique en raison de convictions idéologiques qui le lie au régime ;


 

soit il milite dans une ou plusieurs organisations politiques partisanes liées audit régime,


 

soit ils se revendique comme tel simplement en raison de liens familiaux, ethniques ou tribaux comme c'est fréquemment le cas dans notre pays


 

Dans les deux premiers cas on peut le comprendre et concédé que de réelles convictions le rattache au régime qu'il défend même si on peut s'étonner devant une foi si ardente en dépit de tant de catastrophes et des calamités engendrées par les pratiques politiques éculées en cours.


 

Dans le Troisième cas, je ne peux que marquer ma profonde aversion.


 

J'ai toujours pensé que notre pays ne résoudra jamais ses nombreux problèmes si l'unité nationale ne se manifeste d'abord à la tête de l'État, dans toutes les structures et institutions politiques et administratives et si son esprit n'irradie profondément et durablement toutes les couches sociales du pays.


 

J'ai eu l'occasion d'écrire,  il y a plusieurs années, ce que je pensais du tribalisme et ses conséquences, en réaction à la lettre ouverte qu’un compatriote adressa alors au chef de l’Etat de l’époque (Voir ci-après ma lettre du 30 mai 1990).


 

Mon avis sur le sujet n’a pas changé. Les gbayas ne peuvent ni ne doivent être tenus pour collectivement responsables de la situation actuelle de notre pays.


 

Il est simplement regrettable que l’appartenance à l’ethnie du Président de la République ait toujours conduit bon nombre de compatriotes à perdre toute capacité d’analyse lucide et toute notion de distance face à des situations politiques souvent catastrophiques.


 

Le plus tragi-comique, est que, souvent, une fois que leur mentor a perdu le pouvoir, ces mêmes personnes, lâchent totalement la bride quant à leur affirmation de la nécessité d’un exercice vertueux du pouvoir politique. Tout à leur ardeur à brocarder le régime désormais en place, absorbés par leur volonté à faire oublier ce qu’ils ont été, ils perdent toute retenue et toute modestie quand il s’agit de convaincre la galerie de toutes les qualités démocratiques dont ils seraient pourvus.


 

Je ne doute pas que, demain ce sera le cas de mon interlocuteur inconnu, mais j’ose espérer qu’enfin, l’histoire ne se privera pas de lui adresser, ainsi qu’à tous ceux de son espèce, des rappels appropriés et fort justement mérités.


 

Il est curieux et regrettable que des compatriotes, pour des raisons ethniques, s’évertuent à faire passer les pires méfaits de leur mentor, chef d’Etat ou autre, pour de hauts faits d’une humanité si éclatante que seuls les imbéciles que nous sommes n’arriveraient à percevoir.


 

On peut toujours déifier BELZEBUL, trouver agréable et jouissif de pactiser avec lui jusqu’au jour où le miel coulant de sa puissance maléfique vire brusquement au vinaigre…


 

J’aimerais cependant faire méditer cette réflexion de Léon TOLSTOI :


 

«L'homme a conscience d'être Dieu, et il a raison, puisque Dieu est en lui. Il a conscience d'être un cochon et il a également raison parce que le cochon est en lui. Mais il se trompe cruellement quand il prend le cochon pour un Dieu.» - Journal intime


 

II – OBSERVATION ECONOMIQUE : LE PAIEMENT DE SALAIRE POUR SEUL HORIZON ECONOMIQUE


 

Le premier message de mon interlocuteur inconnu a retenu mon attention non pas tant en raison des stupidités qu’il recèle mais par l’affirmation d’un lieu commun qui, à force de matraquages, s’est imposé, dans l’esprit de nombre de centrafricains abusés par la propagande perfide et cynique de plusieurs générations de dirigeants politiques, comme une vérité absolue.


 

Dans son délire qu’il pense avec une conviction inébranlable être une analyse politique fine, mon correspondant illuminé écrit :


 

1 – « Qu'est ce que les autres régimes plus que le notre? Même le salaire ils arrivaient pas à payer. Vous êtes tous des griots, si vous avez besoin de quoi manger, mais demandez au lieu de se taire et demander à ce qu'on vous responsabilise vous êtes là à raconter des bobards. »

 

Nous y voilà : le salaire et la mangeoire !


Je ne suis même pas surpris par de telles assertions.

 

Au-delà du fait que mon correspondant présente une particulière inclination à opérer un transfert de son élan opportuniste, je dois avouer que cette constatation permet de percevoir la profondeur de l'un des maux autour desquels se noue le sort tragique de notre pays : l'irrésistible attrait de la mangeoire symbolisée par le salaire et auquel tant de générations ont succombé pour le plus grand malheur de la nation.


L'utilisation du paiement des salaires, dans une manipulation bien huilée à destination des fonctionnaires, relève d'une école de pensée que je qualifierais de dialectique de la bienfaisance carnassière qui peut se décliner sous plusieurs formes

 

Depuis plusieurs décennies, en effet, s’est imposée l’idée que le paiement des salaires des fonctionnaires constitue la forme la plus aboutie de l’action politique en même temps qu’elle épuise toute politique économique.

 

Cette idée a tellement bien été intégrée par les populations, qu’en dépit des nombreuses années d’arriérés accumulées dans la fonction publique, d’un régime à l’autre, même les non fonctionnaires éprouvent une jouissance morale intense, chaque fois qu’un seul mois de salaire est payé par le pouvoir en place.

 

Cette action, présentée systématiquement comme un acte de bienveillance, de bienfaisance et de générosité du chef de l’Etat, agit comme un puissant sédatif, inoculé par intermittence et avec parcimonie, destiné à annihiler la vigilance des populations pour permettre aux dignitaires des régimes successifs de s’approprier en toute tranquillité deniers publics et autres richesses du pays.

 

Ainsi maniée, la mécanique du paiement des salaires, n’est plus perçue comme une obligation de l’Etat et un droit des fonctionnaires, mais un cadeau du chef de l’Etat qui, par un indéfectible altruisme et une paternelle prévenance, interviendrait pour soulager le peuple des nombreux maux qui l’accablent, non du fait des dirigeants, mais de la fatalité.

 

C'est cela la conception toute « prébendière » de l'économie, savamment élaborée par des fils indignes de la nation qui, pendant plusieurs décennies, se sont moqués de leurs concitoyens en accumulant des sommes folles pour eux-mêmes et en « fêtant leurs milliards » lors de rondes et ballets macabres autour de la dépouille de leur propre pays.


 

LA DIALECTIQUE DE LA BIENFAISANCE CARNASSIERE consiste tout simplement, pour de petits malins à convaincre les populations d’actions bienfaisantes qui n’en sont pas, et à pouvoir ainsi se repaitre indéfiniment et impunément de la misère humaine, engrangeant sans vergogne et sans la moindre empathie, même pour la veuve et l’orphelin, médailles et fortunes.

 

Pendant que le peuple s’accroche à l’espoir d’un salaire rarement payé, les penseurs de ces différents régimes, rivalisent d’ingéniosité pour thésauriser en des temps records des fortunes colossales

 

Ces économistes de mauvaise augure dont certains, parfois, ont occupé des postes importants dans l'exécutif, ont rivalisé d’ingéniosité pour concevoir les solutions les plus farfelues  mais non moins méthodiquement cyniques et criminels, propres à garnir de manière outrancière, au détriment du pays et des populations, des comptes domiciliés à l'étranger.

 

Songez au guichet unique qui a permis à ses promoteurs, une poignée d'individus, malfaiteurs authentiques, de s'enrichir aux dépens de l'État, en anéantissant le service des douanes.  Il faudra, sans doute, un jour, débattre de tout cela et diligenté un audit afin d'évaluer tous les mécanismes criminels mis au point par des fils du pays et dont les conséquences pour le plus grand nombre sont difficiles à mesurer aujourd'hui...

 

D’autres mécanismes peuvent être cités :

 

-DVA, Départ Volontaire Assisté, qui consistait à proposé une certaine somme à tous ceux qui souhaitaient quitter la fonction publique

 

- « réformation » de véhicules de fonction qui consistait à déclarer hors d’usage le véhicule de fonction dont on est titulaire et de l’approprier à vil prix ; il suffisait de dépouiller sa voiture de fonction de ses quatre roues et de la mettre ensuite sur cales,  de faire constater par quelque agent public complaisant la situation ainsi sciemment créée et le tour est joué.

 

- Vente de biens immobiliers appartenant à l'État dont certains se sont attribués la propriété à des prix fictifs puisqu'en général non réglés...

 

- Pensez également à tous les dirigeants de sociétés mixtes ou d'état qui s’attribuaient des matériels roulants ou non appartenant aux sociétés dont la responsabilité leur a été confiée et qui les relouaient à ces mêmes sociétés contre de juteux profits immérités puisque dénués de toute justification

 

-Des « billeteurs », fonctionnaires du Ministère des Finances effectuant pour leur propre compte des opérations de crédit aux dépens des agents de la fonction publique à qui ils sont chargés de verser leurs salaires, avec des taux d’intérêts conséquents, pour ne pas dire usuraires.

 

Sur ce marché de dupes, le gagnant a toujours été, au bout du compte, le CARNASSIER qui sait « se tailler la part du lion », ne se souciant guère des ventres affamés qui, remplis d’illusions sur d’hypothétiques salaires, les regardent festoyer.

 

Cette énumération non exhaustive des subterfuges usités par les tenants des régimes politiques successifs de notre pays pour s’enrichir, permet de mesurer le chemin à parcourir pour arriver à une véritable politique économique, seule susceptible de créer les conditions d’une vie meilleure, en rompant avec des pratiques d’un autre temps, « faux semblants » destinés à endormir le peuple pour mieux le dépouiller.

 

En définitive, au-delà de la question étriquée du salaire des fonctionnaires, même les stupidités secrétées par quelque opportuniste adepte fanatique du « mangeoirisme » et, par conséquent, convive assidu de la mangeoire, peuvent nous donner l'occasion de nous poser des questions fondamentales dans la perspective d'une reconstruction de notre pays.

 

Quel système politique pour notre pays ? Quelles institutions politiques et administratives pour notre pays ?

 

Quelle politique sociale et économique pour notre pays ?

 

Quel rôle doit jouer l’Etat dans l’économie et sur quels leviers doit-il agir pour relancer l’économie ? De quels moyens personnels, financiers et matériels disposent-ils pour bâtir une économie viable ?

 

Qui sont les acteurs économiques ?

 

Les nationaux sont-ils en nombre suffisant dans la sphère économique qui compte ? Sinon que faire pour créer les conditions d'une émergence de créateurs nationaux dans tous les secteurs productifs ?

 

Quels sont les besoins réels du peuple centrafricain ? Quels moyens à devrons nous mettre en oeuvre pour les satisfaire ?

 

Quel cadre législatif promouvoir pour garantir l'exercice de ses droits et le respect de ses obligations par tout citoyen ?

 

Comment faire pour prémunir les citoyens contre les abus de droit et autres dérives autoritaires de ceux qui auraient à exercer un pouvoir quelconque ?

 

Le pouvoir, comment et pourquoi faire ?

 

Comment faire prospérer dans l'espace centrafricain, l’idée d'un exercice du pouvoir politique indemne de considérations, clientélistes, népotismes, claniques,, ethniques,, tribalistes, régionalistes, etc ?.

 

Bref, il ya du pain sur la planche.

 

Il appartient aux Centrafricaines et aux Centrafricains, dans leur ensemble, de trouver la solution à ces problèmes.

 

Mon optimisme à tout crin me conduit à croire la chose possible tant je fais mien la maxime selon laquelle « la somme des intelligences est supérieure aux intelligences individuelles ».

 

Le peuple centrafricain a pu constater, impuissant, puisque bridé au moyen d'une terreur insidieusement distillée, que chaque régime qui arrive reprend et applique à son profit toutes ces recettes éculées mais néanmoins terriblement efficaces dans la commission du pire

 

Le problème qui, de prime abord, semble insoluble, mais nécessite pourtant que, tirant des leçons de l'histoire, ensemble, nous y trouvions une solution durable, est que chaque chef d'État s'installant au pouvoir, démocratiquement élu ou non, croit être assez rusé et intelligent pour mettre en place un système susceptible d'assurer son maintien « ad vitam » à la tête du pays, et, si possible, envisager la transmission de son sceptre et/ou de sa couronne à sa progéniture.

 

Mais l'histoire de notre propre pays nous enseigne que tous les régimes guidés par cette illusion ont fini par produire eux-mêmes le poison qui a fini par les perdre.

 

Alors comment sortir ?

 

La réponse dépend des Centrafricaines et des Centrafricains, et d'eux seuls, s'ils se laissent conduire uniquement par le sens de l'intérêt général.


 

Poitiers le 30 janvier 2013


 

Maître Ignace OUNDA-MEYBI

 

 

Poitiers le 30 Mai 1990

 

 

 

Ignace OUNDA-MEYBI

4/33, Allée Marigny

86000, POITIERS

 

 

Réaction à la lettre de

Monsieur ………….

 

 

Cher compatriote,

 

 

C'est avec un grand intérêt que j'ai pris connaissance de votre lettre du 20 mars 1990 adressée à M. KOLINGBA et ce, d'autant plus que j'ai moi-même rendu publique une lettre du 21 février 1990 dénonçant, comme vous, les fourberies des gangsters déguisés en gouvernant qui sévissent dans tous les compartiments de l'État centrafricain.

 

Je dois dire que votre expérience, et en particulier le fait que, peut-être de bonne foi, à un moment vous ayez mis le pied dans le repère déguisé en palais de ces rapaces, vous a permis d'apporter, preuves à l'appui, un éclairage tout à fait conséquent sur les méthodes, les usages et les conspirations en cours au sommet de notre pays.

 

J'ai beaucoup apprécié une partie de vos analyses sur la coexistence des ethnies qui font la richesse culturelle de la RCA, coexistence que beaucoup de pays nous envient. Cela se ressent dans nos rapports avec les autres communautés africaines en France. Des condisciples africains s'étonnent de ne pouvoir déceler entre le Centrafricain des signes de division fondée sur l'appartenance régionale, tribale, ethnique, clanique, etc.

 

Vous avez écrit, rappelant votre mémoire de D.E.S. (pages 4 et 5 de votre lettre) :

 

« l'histoire précoloniale de la RCA nous a révélé que l’ethnie ou la tribu est un groupe traditionnel qui n'avait acquis, ni une suprématie sur tous les autres groupes, ni une rigidité ou fermeture par ceux-ci ».

 

« L'histoire des premiers temps de l'émancipation a prouvé que notre leader politique d'alors, issu de son milieu ethnique, était encadré par tous les Oubanguiens en quête de liberté et qui lui-même avait toujours manifesté une vocation nationale, jamais tribale ».

 

« Parce que la République Centrafricaine recèle une multiplicité d'ethnies, de faible dimension et sans particularismes agressifs, le problème tribal est toujours resté secondaire et l'unité nationale n'en a pas souffert ».

 

« Les masses centrafricaines n'ont jamais avivé le sentiment tribal ».

 

Ces quelques phrases me réjouissent car force est de constater que le Centrafricain, malgré d'innombrables épreuves vécues de jour en jour, d'année en année, n'ont jamais cédé à la tentation tribaliste extrémiste. Ils n'ont jamais succombé à la tentation de la haine totale et inter-tribal. Pourtant, les escrocs et bandits de grand chemin installés au pouvoir en Centrafrique, plus que d'autres et à défaut de légitimité nationale, ont toujours cru pouvoir affermir leur position en s'appuyant sur une légitimité tribale. Cependant leur sauce, faite de népotisme, de corruption, de détournement de fonds publics, d'injustice, d'incompétence, de pillage, etc, assaisonnée d'immoralité en tous genres et de répression, n'a pas pris.

 

C'est dire que l'unité nationale est belle et solide. Nous devons tous la réserver et ne rien faire qui puisse un jour la ruiner. Vous avez totalement raison de le rappeler.

 

Mais si je reconnais  des mérites à votre lettre, je me pose également des questions sur certains passages - je cite (page 18) - :

 

« Chaque ethnie se replie sur elle-même, compte ses membres, mesure ses forces et se prépare fébrilement dans le silence à l'action violente pour vous renverser… »

 

« Les ethnies majoritaires ne peuvent plus vous  tolérer ».

 

« Et mettez-vous bien dans la tête que vos yakomas ne représentent que 5 % environ de la population de ce pays... »

 

« Vous aurez ainsi fait liquider toute une ethnie par votre politique discriminatoire et rétrograde. Et vos descendants porteront cette honte comme Caîn et l'oeil qui le regardait partout, même dans sa tombe ».

 

Cher concitoyen, je me garde de vous faire un procès d'intention, mais puisqu'il faut porter une appréciation, j'aimerais vous dire que ces phrases sont terribles par leur ambiguïté. Je crains qu'elles aient affligé de très nombreux Centrafricains. Je crains qu'elles suscitent dans certains esprits des explications perverses et inattendues, de nature peut-être à travestir votre pensée.

 

Ne serait-il pas judicieux de préciser que les crimes innommables des hommes au pouvoir ne sont pas le fait de tous les yakomas ? Si nous voulons embraser notre pays, il y a d'autre moyen plus efficace que de répondre à la bêtise par la bêtise.

 

Il est vrai que le régime use abondamment et ostensiblement de l'appartenance ethnique des théoriciens du « yakomalisme », mais le yakomalisme n'est pas le fait de l'ethnie yakoma dans son ensemble. Nous devons éviter d'associer une ethnie tout entière aux malhonnêtetés notoires d'un petit groupe de profiteurs parmi lesquels on compte d'ailleurs des hommes appartenant à d'autres ethnies. Nous devons autant que possible éviter tout amalgame conscient ou inconscient portant des germes de nocivité pour notre pays.

 

Il faut rappeler qu'il y a de très nombreux yakomas qui sont loin des préoccupations de la mafia que vous dénoncez et qui vivent, comme tous les autres Centrafricains, leur vie dans les souffrances et calamités quotidiennes engendrées par les citoyens indignes qui ont confisqué un pouvoir dont ils n'ont, sans nul doute, qu’une conception basse, avilissante et inhumaine..

 

Il faut rappeler, s'il y a encore dans notre pays des esprits malins tentés par la dérive tribaliste et bercés par le doux rêve d'un partage intra-régional, intra-tribal ou même intra-familial de profits matériels personnels du pouvoir politique, qu'aucune région, aucune ethnie, aucune tribu où aucune famille ne peut indéfiniment confisquer le pouvoir dans un pays. Il est donc de l'intérêt de tous de sauvegarder une unité nationale qu'on nous envie. De cette façon, pourrions-nous peut-être servir d'exemple sur notre continent. L'Afrique en général, la République Centrafricaine en particulier, n'ont plus besoin de divisions. Nous devons aller vers une unité de plus en plus grande.

 

Notre pays, chers concitoyens, dispose d'un atout majeur : l'existence d'une langue nationale unique. Le sango est en effet le ciment qui fait que, jusqu'à présent, la cohésion nationale résiste à la tempête et aux intempéries de tous ordres provoquées par tous ces minables imposteurs qui n'ont cessé de s'amuser à « semé le vent ».

 

Je ne puis vous accuser de tenir des propos tribalistes. J'ignore d'ailleurs quels sont vos origines ethniques et celles-ci ne m'intéressent guère. Pour moi, vous êtes centrafricain avant toute chose. Je crains simplement que des assertions ambiguës finissent par semer le doute et susciter des interprétations que vous-même n’auriez peut-être pas prévues.

 

Je pense que, si on devait juger un yakoma, ce serait d'abord pour ses propres faits. Cela vaut pour tout centrafricain. Il ne peut y avoir de justice d'exception, même pour les enfants de Monsieur KOLINGBA. Ceux-ci ne peuvent, sous prétexte de liens de sang, répondre des turpitudes de leur auteur. Cette conception de la justice a causé tellement de ravages dans notre pays qu'il nous faudra très rapidement nous employer à l'éradiquer, à la bannir définitivement.

 

La responsabilité sous-jacente à l'histoire de Caïn est surannée. Elle ne peut trouver sa place à une époque où l'on a plus que jamais besoin d'un corps de règles qui tienne compte des droits essentiels de l'homme.

 

On ne choisit pas ses parents. Et quand bien même on les choisirait, il serait absurde d'être considéré comme comptable de leurs faits et gestes. Chacun assume ses actes à partir du moment où il acquiert un discernement suffisant. Après tout, ce que vous dites, faites ou écrivez, ne concerne que vous. On ne peut en aucun cas le reprocher à vos enfants, sauf si ceux-ci y participent consciemment d'une manière ou d'une autre. Il est évident qu'il appartiendra à la justice de déterminer lesquelles des descendants de Monsieur KOLINGBA se sont rendues coupables d'actes répréhensibles.

 

Je pense, en conséquence, que nous devons juger sans passion mais avec lucidité et sérénité. C'est la seule condition pour éviter le feu et le sang.

 

Venant d'ethnies minoritaires ou majoritaires, nous sommes tous Centrafricains. Le nombre ne donne pas plus de droits aux uns qu'aux autres. Rien ne peut justifier la confiscation de tous les pouvoirs par les uns au détriment des autres. Rien n'autorise les uns à avoir des visées hégémoniques sur les autres. Seules comptent la volonté et la capacité de chacun à se mettre résolument au service de son pays. C'est pourquoi il faut remettre à l'ordre du jour la notion d'intérêt général, notion qui, depuis belle lurette, a disparu du firmament centrafricain.

 

Chers compatriotes, je n'ai pas pu m'empêcher de réagir après lecture de votre lettre. J'aime mon pays autant que vous et je souffre de le voir dépérir et sombrer progressivement dans l'abîme. J'estime qu'un jour le débat devra s'instaurer sur l'avenir de notre pays.

 

Je tiens à souligner que mes observations ne doivent, en rien, anéantir le mérite de votre lettre. Il me fallait cependant relever les quelques points qui m'ont fait sursauter. C'est en définitive la preuve que j'ai lu votre écrit avec beaucoup d'attention, même si je n'en suis pas le destinataire premier.

 

Veuillez croire, cher compatriote, à la sincère expression de toute ma considération.

 

 

Ignace OUNDA-MEYBI

 

 

PS Mon texte est achevé lorsque j’apprends la publication de la liste des Préfets et des Sous-Préfets nommés par le régime.

 

 

Comment ne pas constater, même si c’est sans surprise, que le contenu de ma lettre reste d’actualité. Toutefois, Il est plus juste de noter que les comportements qui y sont dénoncés ont été portés à un niveau jamais égalé. On peut dire que BOZIZE vit et respire le tribalisme. Il suffit pour s’en convaincre, de consulter la liste des Préfets et Sous-Préfets récemment nommés par celui qui n’a que les apparences d’un Chef d’Etat, et dont la place, en réalité, devrait être en prison et dans les poubelles de l’histoire.

 

 

Les Centrafricains ont le droit de connaître la position du Premier Ministre et de son gouvernement sur ces nominations dont le caractère tribaliste ne fait aucun doute. Quand on pense que celles-ci s’ajoutent à des mouvements du même ordre, dans l’armée puis dans la police, on ne peut qu’être inquiet.

 

 

BOZIZE est manifestement en train de se donner les moyens de maîtriser le terrain en vue des prochaines élections.

 

 

Que compte faire le gouvernement pour arrêter le « char de feu » que construit BOZIZE, au vu et au su de tous, avec l’objectif non dissimulé d’incendier notre pays ?

 

 

Poitiers le 15 février 2013


 

Maître Ignace OUNDA-MEYBI

 

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