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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 18:35

 

 

 

Alain Lamessi 

 

Au cours d’un entretien téléphonique, le week-end dernier, avec un vieil ami de la classe de 6e au Lycée d’Etat des Rapides qui vit en région parisienne, nous avons évoqué pour nous émouvoir de la série des catastrophes qui s’abattent aujourd’hui sur la République Centrafricaine : Pandémie du sida, choléra, fièvre jaune naguère disparue, famine à l’ouest, manque de manioc à l’est, malnutrition des enfants à Nola, à Berbérati et à Boda, inondation, ponts cassés à Bangui (Sica3 et Pétévo), accidents de route, « zaraginas », exécutions sommaires des populations civiles à Bria par des gougnafiers tribalo-opportunistes improprement baptisés rébellions armées, Joseph KONI avec l’armée du Seigneur dans le Mbomou et le Haut-MBomou, le fameux Baba LADE, rebelle tchadien, dans le Nana-Gribizi que le médiateur de la République supplie à genoux de rentrer chez lui mais en vain, etc…Comme si tout cela n’était pas suffisant AREVA vient d’annoncer la suspension de l’exploitation de l’uranium de Bakouma jusqu’en 2013, réduisant à néant l’espoir de voir augmenter les recettes de l’Etat.

La discussion avançant, nous étions d’accord pour reconnaître que ces phénomènes pris isolément sont en soi très graves. Et leur cumul constitue assurément une source d’inquiétude supplémentaire d’autant plus qu’ils tuent des milliers de centrafricains avec pour conséquence une réduction drastique de notre démographie déjà si faible.

Il peut y avoir plusieurs grilles de lecture pour comprendre un même phénomène heuristique. La science n’a pas réponse à tout. La raison n’a pas toujours raison. Loin s’en faut. Aussi un peu de métaphysique de temps en temps peut-elle atténuer un tant soit peu notre grande propension au  rationalisme outrancier teinté d’un matérialisme de mauvais aloi. Pour essayer de comprendre, cette série de catastrophes que j’ai  évoqués plus haut, il me plaît d’emprunter la théorie du mandat du ciel qui a prévalu dans la chine antique.

En effet, sous la dynastie Zhou (1125-256 avant J.C.), le mandat du ciel est une conception originale selon laquelle la légitimité du pouvoir des empereurs  est entièrement subordonnée à l’approbation du ciel, c’est-à dire des dieux. Autrement dit pour devenir empereur, il faut au préalable être agrée par les dieux qui seuls peuvent donner le mandat du ciel. Mais pour qu’un empereur puisse être détenteur de ce mandat, il lui faut faire preuve de deux qualités essentielles : La sagesse et les vertus : yi (la droiture) et le ren (la générosité).

Dans de circonstances particulières, lorsque l’empereur devient moins vertueux, c’est-à-dire plus cupide, plus corrompu, plus arrogant et plus violent, bref lorsque l’empereur adopte de mauvaises conduites vis-à-vis de son peuple, les dieux lui retirent le mandat du ciel et il perd de facto le pouvoir terrestre. La réprobation des dieux se traduit donc concrètement par des difficultés de tous ordres comme par exemple: troubles, catastrophes naturelles, tremblement de terre, inondation, sècheresse, guerre, etc… Confronté à de telles situations le peuple souverain a légitimement le droit de se soulever et de faire la révolution de manière à permettre à une autre dynastie plus vertueuse de recevoir le mandat du ciel.

L’idée principale qui est sous-jacente à cette conception, c’est qu’il y a une interconnexion dynamique entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes. Les évènements qui se déroulent sur la terre trouvent leur origine dans le ciel. Par conséquent, il faut savoir lire et interpréter les signes et les signaux que le monde invisible, à savoir Dieu ou les anges, nous envoie de temps-en-temps pour nous avertir, nous diriger et nous orienter. C.G.JUNG, psychiatre et  psychanalyste, élève dissident de S. FREUD, parle de synchronicité  pour évoquer toutes ces coïncidences troublantes sans lien de causalité directe qui pourtant ont une signification pour nous et qui jalonnent notre quotidien. André BRETON, fondateur du surréalisme, appelle cela le hasard objectif. La Bible, parole de Dieu, stipule que « Dieu parle tantôt d’une manière, tantôt d’une autre mais l’on  n’y prend pas garde ». Job 33 :14-15. Même la tradition centrafricaine ne nous montre-t-elle pas que la mort d’un grand chef du village est souvent précédée ou accompagnée par des évènements singuliers de type aboiements continus des chiens la nuit, arbres violemment déracinés sans aucun vent apparent, pluies torrentielles qui détruisent nombre de cases dans le village, soleil subitement obscurci par de gros nuages dans un ciel serein, etc.…? L’exemple récent du choix pour le moins irrationnel de mon  ami et collègue Maxime MBRIGA TAKAMA (Dr d’Etat en Géographie, fonctionnaire du PNUD), après la mort de MBARI DABA, pour succéder au roi BANGASSOU est très riche d’enseignements.

Revenons à l’histoire de la Chine pour étayer notre argumentation. En effet, la grande inondation qui eut lieu, en juillet 1911, occasionna une si importante crue du fleuve Yang-Tseu-Kiang qu’elle provoqua 100.000 morts au bas mot. Cette catastrophe naturelle fut perçue par les chinois de l’époque comme un désaveu des dieux. En octobre 1911, soit très exactement trois mois après, il y eut un soulèvement des garnisons de Wu Chang dont les militaires portèrent SUN-YAT-SEN à la présidence. Cela sonna la chute de la dynastie Qing et la fin de la chine impériale. Aussitôt arrivé au pouvoir SUN-YAT-SEN, le père de la Chine moderne, proclama la république de Chine à Nankin. Depuis lors le mandat du ciel est transformé en mandat du peuple. La chine est  aujourd’hui engagée, tambours battant, dans de grands chantiers de modernisation de l’Etat et d’amélioration continue des conditions de vie du peuple chinois. Elle est aujourd’hui une puissance économique respectée par tous et assidument courtisée par l’occident

Nous pouvons discerner, volontiers une certaine analogie avec la conception chrétienne du pouvoir selon laquelle «Il n’y a pas d’autorité sinon de Dieu » (Rom : 13-1). En effet, pour les chrétiens qui fondent leur foi sur la Bible, parole de Dieu, ils savent que toute autorité vient de Dieu. Il n’y a qu’à voir comment Dieu a choisi des hommes (Moïse, Samson, Saül, David, etc…) pour diriger son peuple. Déroutant tous les critères rationnels humains, ces hommes ou femmes choisis selon le seul dessein de Dieu, ont pu accomplir leur mission dans des circonstances exceptionnellement difficiles. Ce sont des instruments dans la main Dieu pour des missions précises. C’est Dieu qui donne le pouvoir. C’est également Dieu qui retire le pouvoir. Bon nombre de dictateurs, en Afrique ou ailleurs, ont souvent eu recours à cet argument-justification (Dieu m’a donné le pouvoir) pour mystifier le peuple, mater les opposants et se maintenir au pouvoir par tous les moyens aussi frauduleux que machiavéliques. Puisque cela les arrange, ils omettent volontiers de reconnaître que Dieu qui donne le pouvoir peut également retirer le pouvoir dès lors qu’on n’est plus dans sa volonté. Il peut le retirer par exemple à l’occasion d’un décès, d’un coup d’état, d’une révolution comme c’est le cas du printemps arabe ou des élections justes et équitables. Pourquoi pas ?

Appliquée à la République centrafricaine le mandat du ciel, comme grille de lecture, autorise-t-elle une certaine intelligibilité de toutes les catastrophes naturelles dont la récente succession a fort ébranlé la vie de notre peuple ? Assistons-nous aux prémices de la fin d’un règne ou tout simplement au retrait du mandat du ciel ? Sans aller vite en besogne, il importe néanmoins de savoir être à l’écoute de la nature et décoder les signes et signaux que le monde invisible (Dieu ou les anges) nous envoie tous les jours. Par conséquent, il ne sert strictement à rien de se livrer au concours de longévité à la tête de l’Etat comme aiment à le faire bon nombre de dirigeants africains tellement fiers d’avoir passé 20 ans, 30 ans ou 40 ans au pouvoir pour  terminer à la fin de l’échéance comme de vulgaires et pathétiques gueux.

Si le colonel Mouhammar KHADAFFI, personnage éclectique, grandissime panafricaniste, anti-impérialiste indécrottable, révolutionnaire progressiste zélé mais également déstabilisateur hors paire et dictateur invétéré, avait décodé les signaux indiquant que le mandat du ciel lui avait déjà été retiré depuis belle lurette, il aurait pu faire l’économie de bien de souffrances à son peuple et la fin de son régime aurait pu être moins dramatique : Abandonner précipitamment les lustres du palais du roi des rois pour se calfeutrer  dans un égout avant d’être rattrapé, hué, insulté, humilié, agressé et assassiné par le même peuple, par nature versatile, qui a chanté ses louanges à en perdre le souffle seulement quelques jours plus tôt : Voilà une bien triste fin qu’on ne peut souhaiter même à son pire ennemi. « Vanité des vanités ! Tout n’est que vanité ! » a dit l’Ecclésiaste.

                                                                                                                Alain LAMESSI

 

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