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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 01:03

 

 

Alain Lamessi

 

 

Nous sommes très nombreux à avoir applaudi à tout rompre la nomination de Maître Nicolas TIANGAYE au poste de Premier Ministre du gouvernement d’union nationale de la République Centrafricaine dans un contexte historique et sociopolitique pour le moins singuliers. Le connaissant, nous ne doutons pas une seule seconde de sa capacité à relever les nombreux et complexes défis qui jalonnent le parcours. Mais pour sûr, il ne le fera pas seul. Il ne le fera que s’il a les coudées franches.


Ils sont tout aussi nombreux, tous ceux et toutes celles qui se mordent rageusement les lèvres et qui jurent par tous les dieux, matin, midi et soir, qu’ils ne lésineront devant aucun moyen pour lui barrer la route afin que son échec soit le plus cuisant possible. Qu’à cela ne tienne,  on ne peut plaire à tout le monde.


L’essentiel, c’est que le pays puisse avancer pour que la République Centrafricaine marche vers son destin qui doit se conjuguer en termes de réussite économique et de  progrès social.


De nombreux défis à relever


L’accouchement dans la douleur du gouvernement d’union nationale le propulse de facto au-devant de la scène avec de nombreux défis à relever.


Un chef d’Etat et une majorité KNK peu enthousiastes


Ce n’est un secret pour personne, le couple de l’exécutif est un couple dialectique que tout opposerait. Si cela dépendait de l’un, l’autre ne serait pas là. Quoique diminué, le Président de la République dispose encore de grandes capacités de blocage. Gageons qu’à défaut d’être un mariage de cœur, ce mariage de raison acté par la communauté internationale et célébré par la majorité du peuple centrafricain, saura privilégier en toutes circonstances, non pas des problèmes d’ordre personnel mais uniquement l’intérêt supérieur du pays.


Une Assemblée nationale potentiellement réfractaire


L’Assemblée nationale élue dans les conditions que l’on sait reste un parlement à la solde dont certains membres rêvent de sortir enfin de la léthargie en livrant un dernier baroud d’honneur pour espérer rentrer dans l’histoire sinon à reculons, du moins sur la pointe des pieds. C’est à ce moment là que les KNK modérés comme l’honorable Président Célestin Leroy Gaoumbalet et autre député Ngon Baba peuvent jouer un grand rôle pour calmer la fougue de certains téméraires qui veulent en découdre coûte que coûte.


Des attentes immenses et des surenchères multiples d’un peuple désabusé


La nomination de Nicolas TIANGAYE n’est pas une alternance politique au sens démocratique du terme. Loin s’en faut. Il n’y a pas eu changement de majorité pour appliquer une autre politique. Pourtant cette nomination a suscité d’immenses espoirs au sein de la classe populaire. Celle-ci se met à rêver de voir bientôt le bout du tunnel, parce que le nouveau Premier Ministre va résoudre tous les problèmes de salaires bloqués depuis 25 ans, de retraites impayées, de santé inexistante, de l’éducation moribonde, des routes coupées, de logement social oublié, des droits de l’homme mis au placard, de la démocratie muselée, de ceci et de cela, comme par un coup de baguette magique. Au risque de paraître comme un « rabat-joie », il faut dire que le Premier Ministre que nous connaissons n’est pas un magicien. Bien au contraire, il a reçu un mandat impératif qui est résumé dans l’accord de Libreville. Peut-il aller au-delà en un temps si court ? Rien n’est moins sûr. « Il faut donner du temps au temps », comme dirait l’autre.


Une rébellion omniprésente et des politico-militaires aux aguets


La Séléka occupant désormais une grande partie du territoire nationale est source d’insécurité pouvant éventuellement mettre à mal le processus de pacification et de sécurisation du pays. La présence de ses leaders au Gouvernement devra permettre d’accélérer leur désarmement et leur cantonnement. Il restera à résoudre le problème de la reconnaissance de leur grade ainsi que leur intégration dans l’armée nationale. C’est un sujet à manier avec beaucoup de délicatesse. L’Armée nationale durement éprouvée ces derniers temps ne doit pas se sentir mal aimée au profil de nouveaux venus. Ce problème n’est pas aussi simple que cela. C’est un problème éthique et philosophique. Doit-on intégrer des braconniers et des coupeurs de route dans l’armée républicaine ? C’est une question qui mérite d’être posée.


C’est justement parce que les défis à relever sont si nombreux et si complexes que le challenge en vaut la peine car « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » dit le proverbe. Etre Premier Ministre du gouvernement d’union nationale en République centrafricaine aujourd’hui n’est pas une sinécure. Au mieux c’est un sacerdoce.


Eviter à tout prix un nouveau rendez-vous manqué avec l’histoire


Nous ne pouvons pas  tomber plus bas que là où nous sommes arrivés aujourd’hui. Devenue la risée du monde entier, qualifiée par certains comme « un état zéro », la République centrafricaine doit renaître de ses cendres. Par orgueil et par nécessité, disons au monde entier : ça suffit ! Unissons-nous et bâtissons notre pays !


Il y a des signes qui ne trompent pas. Tous les jeunes le les moins jeunes belliqueux de KNK qui se sont illustrés ces temps derniers par des propos outrageux et des déclarations incendiaires dont ils n’ont certainement pas mesuré toutes les conséquences, ont été purement et simplement ignorés. Pourquoi ne pas y voir là la volonté d’apaisement du Président de la République qui a ainsi privilégié des modérés de son camp au curriculum vitae bien rempli : MBAYE, LAKOUE, MBOSSO, JOUSSO, GAMBI, etc. plutôt que les excités au parcours souvent équivoque pour faire partie du gouvernement d’union nationale. A une ou deux exceptions près on retrouve la même volonté de calmer le jeu dans l’opposition démocratique avec MBREMAIDOU, économiste, POUZERE, juriste, MBOLIGOUMBA, juriste, DOUBA, Inspecteur d’enseignement primaire, LOUDEGUE, psychologue, YONDO, ingénieur des eaux et forêts, Marie Madeleine MOUSSA YADOUMA, comptable. qui font leur entrée au gouvernement. Et même la société civile n’est pas en reste avec Marie Madeleine NKOUET dentiste, Sabin KPOKOLO, professeur de lycée et syndicaliste modéré, DIBERT économiste de formation et diplomate par tempérament, DOCKO  ancien Président de l’Assemblée nationale, et le Pasteur Josué BINOUA.


En dehors du fonctionnement normal de l’Etat avec le paiement régulier des salaires, la sécurité restaurée, la liberté d’aller et venir garantie, le GUN sera confronté à deux problématiques  majeures :


La première problématique est de faire de cet attelage d’hommes et de femmes au parcours si différent et aux convictions souvent opposées une équipe cohérente, solidaire et efficace avec une éthique du gouvernement exempte de tout reproche.


La deuxième problématique et non des moindres est le « modus operandi » à trouver entre le Président de la République et le Premier Ministre qui ne doivent plus se considérer comme des adversaires putatifs mais des collaborateurs d’une même cause. Mais pour que cela fonctionne, le Président de la République doit être rassuré par le Premier Ministre qui ne doit pas se considérer comme un Président bis mais comme un Premier Ministre certes avec des pouvoirs étendus. Un mécanisme de fonctionnement devant privilégier le dialogue permanent formel ou informel, le compromis entre les deux hommes doit être mis en place. A vrai dire, le Premier Ministre, Nicolas TIANGAYE ne peut pas réussir sa mission sans la bonne volonté du Président de la République. Le Président BOZIZE n’achèvera pas son mandat tête haute sans la réussite de Nicolas TIANGAYE. Aussi paradoxal que cela paraisse, le destin des deux hommes est lié.


Si ces deux conditions sont remplies, il n’y a aucune raison pour que le gouvernement d’union nationale ne devienne pas le tremplin de la refondation de la République Centrafricaine. Le gouvernement d’union nationale n’est pas un  gouvernement de gladiateurs où on va défendre des intérêts partisans, camp contre camp. C’est le gouvernement de la République qui défend l’intérêt national. Pour cela il faut, de part et d’autres, savoir toujours raison gardée, c’est-à dire savoir faire des compromis sans se compromettre. Dans l’intérêt du pays, il faut parfois accepter d’avaler des couleuvres sans démériter.


Devant un tel enjeu et dans un contexte historique si particulier de la république Centrafricaine, les démocrates sincères, sans donner un chèque à blanc, doivent se mobiliser pour soutenir en toute lucidité le Gouvernement d’union nationale. Ils doivent le faire par des propositions novatrices et des critiques constructives, pour que réussisse la transition. N’en déplaise aux centrafro-pessimistes indécrottables, le gouvernement de transition peut devenir la rampe de lancement du renouveau centrafricain si toutes les parties s’engagent pour un contrat de gouvernement gagnant-gagnant.


Que Dieu bénisse la République centrafricaine !

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