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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 19:39

 

 

 

 

 

Bokassa-et-Bozize.JPG

 

On distingue ici derrière l'ex-empereur, n° 3 en uniforme militaire, un certain François Bozizé, Georges Bokassa en ° 2 et le général Mayomokola à gauche de Bokassa

 

 

 

DE BOKASSA A BOZIZE : Vive l’Empire

 


« LE CHIEN EST PARTI, IL RESTE LES CHIOTS »  Inscription sur une pancarte des manifestants devant le monument  Boganda, Bangui 20 Septembre 1979

 

Détours de l’histoire


 Construit par la société yougoslave Energoproject dans la dynamique de la victoire des fauves au Championnat d’Afrique de Basket-Ball de 1974, inspiré par François Pehoua, le stade omnisport de Bangui n’abrita jamais  de compétition sportive majeure.


Confisqué  indûment pour les pitreries  de l’autocouronnement du 04 décembre 1977, il devint, aux lendemains de « l’opération Barracuda », pour nombre de Banguissois, un défouloir comme pour dire enfin ce qu’ils pensent de ce qui fut appelé « la bouffonnerie du siècle. »


De 1979 à 2012, le squelette de l’édifice en déshérence, subit les outrages du temps et des maraudeurs. 


C’est à la faveur du tournoi qualificatif de la zone 4 pour l’Afrobasket 2013,  qu’il fut rénové et renoua avec sa destination originelle. (1)


Ye so ala lingbi ti inga (2)


D’où vient cette idée saugrenue de baptiser ce monument dédié à la jeunesse « omnisport Jean Bedel Bokassa »(3) ? Celui-là, en guise de modèle ?


Ses forfaits sont pourtant légion.


Citons celui rapporté par Didier Bigo : «Tout au long des quatorze ans, nous n'assisterons pas à une militarisation des rapports sociaux, mais, tout au contraire à une [civilisation de l'armée] : celle-ci n'ayant plus aucun rôle, aucune fonction, sinon celle de main-d’œuvre corvéable à merci pour les plantations personnelles de Bokassa à Béréngo.


Seulement dans le cas Centrafricain, le procès nous a appris, par l'intermédiaire de Moyama Clément, intendant militaire, que Bokassa avait pris une série de décisions intégrant nombres des membres de sa famille dans les forces armées Centrafricaines. Cela va des nourrissons jusqu'aux grands garçons, en passant par des sœurs ou des tantes, comme il l'a reconnu dans un fou rire. Ainsi, certains nourrissons, nommés immédiatement soldats de deuxième classe, devenaient caporaux-chefs à l'âge de quatre ans, et étaient payés en conséquence, soit, pour la famille, près de quatre millions de FCFA... »(4) Modèle de probité ?


L’odieux assassinat des bébés, les jumeaux MEYA. Amour de la jeunesse centrafricaine ? Dans un de ses discours, il leur garantissait la mort : « mon gnon mènè mbi kè gnon ; …yè ti guangou àkè wara ala, dondo mama ti ala na asoviétique ni, tongana ala gui mbi, mbi yéké ti na ndo ti ala  etc. ». (5). Ces événements ne sont donc pas le produit d’un dérapage.

 

Partout, dans le périmètre du complexe omnisport, veille la mémoire des Martyrs : lycée, avenue, stèle nous rappellent leur sacrifice. Voici que  leur bourreau est convoqué à se fondre au milieu du cercle des Innocents, ceux qui, dans un élan vaillant ont brisé la tyrannie, sa tyrannie !

 

Bokassa a été jugé et condamné de manière équitable au moment où ses équivalents européens, les époux Ceausescu, eux, l’étaient de manière expéditive avec une exécution sommaire à la clé.

Bokassa a été jugé et condamné. Seul. Ainsi en avait été décidé par la justice centrafricaine. La roumaine a choisi un chemin différent.

Soit.

La décision est définitive. Elle a l’autorité de la chose jugée et n’a fait l’objet d’aucun recours, ni en cassation, ni en révision. Elle fait partie du patrimoine historique centrafricain, africain et mondial.

 

 Le pire qui puisse à présent arriver est que Bozizé se prenne pour un vrai chef d’état (6)


Célébrer un criminel, le vanter,  revient, in fine,  à faire l’apologie de ses crimes. Impensable pour le gouvernement de la République ! C’est comme si l’Allemagne de Merkel réhabilitait Hilter. Que le Tchad de Dédy-Itno réhabilitait Habré ou l’Ouganda de Museveni, Amin Dada.

 

Nous avions entendu sur les ondes de France 2, le 23 janvier 2011 ces propos singuliers (7) :


« On l’a réhabilité pour essayer de faire la propreté dans nos pensées…pour donner l’idée de réconciliation nationale. » 


« …La propreté dans nos pensées… » ? Comme si le linceul blanc des innocents n’était pas maculé de sang, du sang  de couleur rouge comme celui du drapeau centrafricain, symbole de celui de nos ancêtres «Longtemps soumis, longtemps brimé par tous»!

 

« L’idée de réconciliation nationale » ? Tout pour Bokassa, rien pour les victimes. Une réconciliation de dupes. Les Banza, Mbongo, Mandaba, Kengueleoua, Obrou, Meya, Maleyambo, Dejean, Izamo, Mounoumbaye, etc.  Leurs ayant-droit, les Dondra, la liste est longue, extra-longue.

 

 Le « Réhabilitateur-en-Chef » devrait avoir le courage de ses actes et mener son raisonnement à terme. Par Le décret du 30 novembre 2010, Jean Bedel Bokassa est réhabilité et rétabli dans tous ses droits. Le plus grand de ceux-ci est le statut d’Empereur. En conséquence il  y aura lieu de restaurer la Constitution Impériale du 4 décembre 1976.

L’empire restauré, un Bokassa sera remis sur le trône à Béréngo et le « Réhabilitateur-en-Chef » deviendrait ainsi Président du Gouvernement à Bangui et… le rester ad vitam-aeternam. Pour lui, plus de souci de modification constitutionnelle.


S’il en reste qu’un, je serais celui-là  (8)


Pour lors, je me suis juré de ne pas mettre le pied dans le complexe omnisport tant qu’il portera le nom de ce criminel.

Ce lieu pourrait simplement se dénommer : « Complexe omnisport de Bangui » comme le fut le Stade Olympique en son temps avant de devenir Stade Barthelemy Boganda ou encore le « Stade Municipal ».

J’invite tous les centrafricains à en faire de même malgré notre passion pour le sport, pour nos sportifs et notre amour pour notre pays.

 

Prenons exemple sur ce jeune ingénieur de l’époque, Pockomandji SONY, dont la bravoure a traversé les âges et le temps pour arriver à nous aujourd’hui et qui avait refusé de participer à une compétition dans l’enceinte de ce gymnase à Bangui car il avait servi de salle de tribunal dans l’affaire Obrou (9).

 

En réaction, Bokassa lui avait intenté un procès cousu de fil blanc sous le fumeux prétexte de trahison. Il comparut devant un tribunal militaire dont le procureur  était l’actuel général Yangongo.

 

J’exhorte les Centrafricains non seulement à boycotter le Complexe Omnisport Jean Bedel Bokassa mais aussi à faire barrage à l’autre projet immonde qui dort dans les tiroirs du « Réhabilitateur-en-Chef » qui est celui de dénommer l’Université de Bangui du nom de…Jean Bedel Bokassa alors que la précédente administration universitaire avait évoqué celui d’Abel GOUMBA, retoqué par le « Réhabilitateur-en-Chef ».


Soyons sur nos gardes : « LE CHIEN EST PARTI, IL RESTE LES CHIOTS », l’empire n’a pas été renversé le 20 septembre 1979 (10).

 

 

 

Clément DE BOUTET-M’BAMBA

 

 


 

1 : à l’occasion de cette rénovation expresse, j’avais publié un communiqué pour féliciter le bureau de la FCBB pour cet exploit et ai appelé à ce que cette rénovation soit poursuivie après le tournoi.

2 : Ce que vous devez savoir en Opposition à « Ce que nous devons savoir » émission Radiophonique à la réputation sulfureuse. « Le vous devez savoir » est ici adressé à ceux qui ont pris cette abjecte décision.

3 : in Le Confident n° 3088 du 12.11.12.

4 : in Pouvoir et Obéissance en Centrafrique, Didier Bigo, Editions Karthala-Mai 1989, ISBN : 2-86537-213-8, Page 83.

5 : Extrait d’un discours prononcé par Jean Bedel Bokassa lors des évènements de Janvier et Avril 1979 : http://www.youtube.com/watch?v=UQiJl7e2hfU 

Ø  « mon gnon mènè mbi kè gnon » : Tu bois du sang, je boirai du sang et qui peut aussi être traduit par : si tu veux du sang, tu auras du sang ;

Ø  «  tongana ala gui mbi, mbi yéké ti na ndo ti ala » : Si vous me provoquer, je vais me déchaîner, me défouler sur vous.

Ø  «yè ti guangou àkè wara ala » : Ma (la) Riposte sera rude ;

Ø  « dondo mama ti ala na asoviétique ni.. » : Grossièreté que je me refuse de traduire car relative à la femme. Celle-ci est considérée comme une insulte au sommet de la pyramide des insanités.

6 : Editorial de Francis Laloupo, Afrique-Asie n°136, avril 2003.

7 : Propos tenus à Bangui  le 23.01.11 alors qu’il s’apprêtait à voter et diffuser par la chaîne de télévision française France 2 dans le cadre de l’émission « Complément d’enquête : Nos amis les dictateurs : La Nostalgie Bokassa ». Paris 14 février 2011.

8 : Sous-titre emprunté à « Ultima verba » in Les Châtiments, Victor Hugo.

9 : le 3 février 1976, alors qu’il s’apprête à embarquer de l’aéroport de Bangui pour Ndélé, Jean Bedel Bokassa est victime d’une tentative de coup-d ‘état sur initiative du Commandant Fidèle Obrou. Cette tentative échoua. Puis un procès expéditif est organisé et une condamnation à mort suivit de l’exécution est prononcée pour :


Ø  Fidèle Obrou,

Ø  Martin Meya

Ø  Robert Zatao

Ø  Barthélémy Gandjia

Ø  Pierre Faustin Maleyombo

Ø  François Kossi

Ø  N’diaye Moussa

Ø  Marc Antoine Caldo


10 : « J’ai pris la décision de rétablir la République Centrafricaine et de vous appeler officiellement à vous unir à moi pour renverser la monarchie de Bokassa » David Dacko, Bangui 20 septembre 1979.

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