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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 16:17

 

 

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(Le Monde 01/06/2010)

Décodage. Vestige du colonialisme pour les uns, outil de stabilité pour les autres, le franc CFA reste, cinquante ans après les indépendances, la monnaie de 15 Etats d'Afrique subsaharienne. Cette "zone franc" correspond aux anciennes possessions françaises, à l'exception de la Mauritanie, de la Guinée et de Madagascar. La Guinée équatoriale (ex-espagnole) et la Guinée-Bissau (ex-portugaise) l'ont rejointe. Alors que des monnaies indépendantes ont cours dans les anciennes colonies britanniques, le franc CFA apparaît comme une faille dans la souveraineté des pays concernés. Son acronyme, qui se lit aujourd'hui "Communauté financière d'Afrique", ne signifiait-il pas "Colonies françaises d'Afrique" entre 1945 et 1958 ?

Le système est simple : Paris s'engage à assurer la convertibilité de cette monnaie avec le franc (l'euro depuis 1999) en contrepartie du dépôt de 50 % des avoirs en devises des Etats adhérents sur un "compte d'opération" ouvert auprès du Trésor français par les deux banques centrales de la zone : celle d'Afrique de l'Ouest, basée à Dakar (Sénégal), et celle d'Afrique centrale, située à Yaoundé (Cameroun). Des représentants de la France siègent dans chaque conseil d'administration.

Le reproche d'"infantilisation" des régimes africains. Les contempteurs du franc CFA soulignent que cette exigence de dépôt - d'ailleurs rémunéré - prive des pays pauvres de précieuses liquidités et que le taux fixe avec l'euro encourage les entreprises françaises et les expatriés à rapatrier leurs capitaux et revenus. Jusqu'à la crise de l'euro, sa surévaluation - et donc celle du franc CFA -, était aussi considérée comme un boulet pour les exportations africaines. Mamadou Coulibaly, président de l'Assemblée nationale ivoirienne, va jusqu'à parler de "nazisme monétaire " à propos de la zone franc, par référence au rattachement monétaire de la France au mark sous l'occupation. Il s'en prend à la "gestion opaque par l'Elysée des fonds déposés" et à "l'infantilisation" des régimes africains induite par ce système. "Le franc CFA confisque une partie de notre souveraineté nationale", dénonce-t-il.

En Côte d'Ivoire comme dans d'autres pays francophones, l'acceptation ou le refus du FCFA est devenu un marqueur politique. Au point que le président ivoirien Laurent Gbagbo, qui a longtemps partagé la position radicale de Mamadou Coulibaly, vient de faire volte-face. Dans un livre récent destiné à présenter son programme pour une élection présidentielle qu'il tarde à organiser depuis... 2005, Laurent Gbagbo estime que le franc CFA, "malgré ses limites", permet aux économies africaines de "résister aux chocs extérieurs et intérieurs". "Fort de cette expérience, écrit-il, je soutiens que rien ne devrait être entrepris pour saborder la monnaie commune ou l'affaiblir."

L'instrument d'un marché commun sur le continent. Il rejoint ainsi, probablement pour redorer son image à l'égard de la France, les défenseurs du CFA, qui le considèrent comme un facteur de discipline contre l'inflation et un élément de stabilité. En offrant une monnaie commune à des pays voisins, le "franc africain" facilite en outre, à leurs yeux, la création de marchés communs régionaux, et donc la croissance économique. Quant à la baisse actuelle de la monnaie européenne et donc du franc CFA, elle est présentée comme une bonne nouvelle pour les pays exportateurs non seulement de pétrole, mais de matières premières agricoles comme le coton ou le cacao.

L'année 2010, celle de la crise monétaire mais aussi du jubilé des indépendances ne peut que raviver un débat extrêmement sensible. Nicolas Sarkozy l'a bien perçu. Dans un entretien publié par l'hebdomadaire financier Les Afriques à la veille de l'ouverture du sommet Afrique-France, lundi 31 mai à Nice, le président français qualifie la zone franc d'"acquis précieux". "Ce n'est pas à la France de déterminer si le système actuel est conforme aux attentes (des Etats africains)", poursuit-il cependant, avant d'affirmer qu' "il n'y a pas de tabou" en la matière.


Philippe Bernard


Article paru dans l'édition du 01.06.10

© Copyright Le Monde

 

 

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