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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 18:43


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Lundi 28 Décembre 2009


Les centrales nucléaires d'Abou Dhabi seront coréennes et pas françaises, Volvo vient d'être racheté par un «petit» constructeur chinois et à Copenhague l'Europe donneuse de leçons a été superbement ignorée.

 

Les basculements géopolitiques ont rapport avec la tectonique des plaques.  Les forces s'accumulent sous la surface mais restent invisibles, on les ignore, puis tout craque d'un coup. Les nouvelles structures apparaissent, nouveaux sommets, nouveaux creux. Il en est ainsi aujourd'hui de l'Europe. L'Asie est montée en puissance ces dernières années, l'Asie des usines pas chères. La Chine «atelier du monde» nous exportait ses téléviseurs et ses jouets. L'Inde «brillante» nous a montré une intelligence dans les services informatiques. Singapour a commencé à rivaliser comme place financière. Mais l'Europe ne s'en est pas alarmée. Chacun sa place au soleil, que l'Asie «émerge», nous en profiterons.


Aujourd'hui il y a danger. Danger parce que l'Asie ne se contente plus de nous fournir en «produits pas chers». Elle nous dame le pion dans les hautes technologies. Si l'Europe et la France ne répondent pas à ce défi immense posé sur sa place future dans la nouvelle division du travail, elles vont rester impréparées, perdront leurs emplois les plus qualifiés après les emplois ouvriers  et elles n'auront alors plus rien à opposer aux arguments protectionnistes. Sans un sursaut contre son déclin accéléré, l'Europe n'aura d'autre choix que de se refermer sur elle-même, comme le fit la Chine dans les années 1820.


L'histoire du déclin européen s'accélère maintenant sous nos yeux. Il y a une semaine, à Copenhague, Chine et Etats-Unis ignoraient l'Europe superbement et écrivaient à deux, appuyés par  l'Inde et l'Afrique du sud, le communiqué final du sommet sur le climat. L'Europe donneuse de leçons, l'Europe qui se croyait avant-garde, s'est retournée pour voir que personne ne la suivait. Tandis qu'elle court dans l'impasse des restrictions malthusiennes, les nouvelles grandes puissances, quatre milliards d'individus, s'engagent sur une autre voie, celle qui marie écologie et économie. L'Europe pleure son isolement, ses commentateurs accusent Chinois et Américains, tous les autres pays poussent les feux de la solution technologique. Ils savent que l'avenir est là, dans la recherche, l'innovation, pas dans la restriction.


Cinq jours plus tard un «petit constructeur Chinois» d'automobiles achetait Volvo. Un des groupes européens qui était mondialement en avance dans la sécurité, racheté par un Chinois dont les voitures sont classées comme dangereuses. Un constructeur haut de gamme qui passe dans des mains d'un fabriquant d'automobiles pas chères. Un industriel qui a développé des relations sociales exemplaires avec ses salariés, repris par une firme toute jeune, propriété d'un entrepreneur pressé et ambitieux. N'est-ce pas un glissement tectonique de plaques?


Et, dernier d'une liste d'actualités désormais quotidiennes, le groupe coréen Kepco vient de battre le consortium français pour construire des centrales nucléaires à Abou Dhabi. Un contrat de 20 milliards de dollars (ou 40 si l'on compte l'exploitation) qui est soufflé aux «champions mondiaux» que croient être les Français. Un marché perdu au profit de l'Asie dans LA technologie qu'ils pensaient la mieux défendue dans la division du travail, un secteur où les groupes tricolores ont une expérience éprouvée, des techniques, des ingénieurs.


Il faudra tirer toutes les leçons particulières de cet échec, passer au crible les divisions entre Areva, Total, GDF Suez, la volonté tardive et brutale de l'Elysée de confier à EDF le poste d'avant-centre.  S'interroger sur la question du prix: les Coréens étaient-ils vraiment 30% moins chers? Si oui, comment rabaisser les coûts français? Faudra-t-il délocaliser, notamment hors de la zone euro?


Mais il est surtout temps de tirer les leçons générales de cet échec. L'Europe manque le tournant de l'histoire faute de savoir vendre ses innovations. Le basculement des forces vers  l'Asie a pour cause sans doute, aussi, la démographie. Des milliards comptent plus que des millions. Le déclin de l'Europe est assuré si elle reste endormie sur ses certitudes d'occuper naturellement le haut de l'échelle dans la division du travail sans voir que les Coréens l'ont rattrapée, que les Indiens sont là, que les Chinois la doublent. Il est temps de tout mettre à l'échelle de cette nouvelle concurrence: nos coûts, nos formations universitaires, nos laboratoires, nos inventions et d'effacer nos divisions d'une autre époque. Ce devrait être un cri d'alarme qui sonne à Bruxelles et dans toutes les capitales: comment reprendre l'avant-garde? Comment maintenir le peu d'avance qui nous reste parfois devant des concurrents plus nombreux, formidablement formés, qui ont le mors aux dents ?

 

Eric Le Boucher

 

Source : http://www.slate.fr


Mal entouré, Areva se plante dans le Golfe


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Nucléaire. Abou Dhabi a préféré les Sud-Coréens.

Par ALEXANDRA SCHWARTZBROD Libération 28/12/2009 à 00h00

Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva, ne pouvait pas imaginer pire façon de clore son annus horribilis. Le contrat nucléaire de 40 milliards de dollars (27,8 milliards d’euros) qu’elle négociait âprement à Abou Dhabi vient de lui passer sous le nez. C’est un consortium de sociétés sud-coréennes et américaines, conduit par la compagnie publique Korea Electric Power, qui a emporté hier la première tranche du deal, de 20,4 milliards de dollars. La signature du contrat s’est déroulée en présence de sommités, donnant à l’événement une valeur politique : le président des Emirats arabes unis, cheikh Khalifa al-Nahyane, et son homologue sud-coréen, Lee Myung-bak, opportunément en visite à Abou Dhabi.

Un échec, et alors ? Les industriels en connaissent tous les jours, sur tous les marchés ! C’est ce que l’on pourrait penser au premier abord. Mais celui-ci n’est pas banal. Il raconte bien des histoires.

Et d’abord celle de l’effroyable désorganisation française dans le secteur du nucléaire. Car, à la décharge de Lauvergeon, elle n’était pas seule dans le coup. Les plus grands noms de l’énergie avaient été associés à l’affaire : GDF Suez, Total et, depuis peu, EDF. Depuis peu, car EDF avait initialement refusé d’embarquer dans l’aventure. Approché par Lauvergeon au moment où Abou Dhabi manifestait son désir d’acquérir des réacteurs nucléaires, le patron du groupe d’électricité, alors Pierre Gadonneix, avait envoyé promener la patronne d’Areva. Non merci, lui avait-il dit en substance. Je préfère me concentrer sur mes trois marchés phares : l’Europe, les Etats-Unis et la Chine. Lauvergeon s’en était retournée pas vraiment penaude, plutôt contente même de relever le défi seule, ou presque. Car, au côté d’Areva, concourraient GDF Suez et Total.

Le problème, c’est que cet attelage-là n’a pas fonctionné. GDF Suez ne s’est pas assez impliqué (on dit que son patron, Gérard Mestrallet, n’a pas multiplié les visites à Abou Dhabi), et Total n’a pas joué les ouvreurs de portes comme il l’avait promis (son patron, Christophe de Margerie, est pourtant un intime des émirs arabes). D’où l’exigence des autorités émiraties de voir EDF s’impliquer. L’électricien, qui exploite 58 réacteurs en France, était un gage de crédibilité.

Mais il était trop tard. Les Français ont eu beau baisser leurs prix, les Coréens se sont avérés être bien plus compétitifs. Et, au moment où Abou Dhabi s’apprête à injecter des milliards de dollars dans l’économie défaillante de son voisin Dubaï, l’argument a peut-être joué. Certes, les industriels français ont beau jeu de souligner que les mérites de l’EPR - le réacteur proposé par Paris - ne sont pas en cause… Abou Dhabi a choisi «entre une DS et une Safrane», souligne l’un d’eux, en précisant que le réacteur coréen victorieux n’obtiendrait jamais sa licence en Europe et aux Etats-Unis, tant il ne répond pas aux normes de sûreté. Mais cet échec la fout mal au moment où les grands contrats de demain sont en train de se décider, et où l’EPR enchaîne les difficultés.

Un autre élément a joué : le Rafale, l’avion de combat que Serge Dassault et son ami Nicolas Sarkozy essaient désespérément de vendre à l’étranger. Abou Dhabi étant aussi très intéressé par cette technologie française, l’Elysée a sans doute jugé qu’il valait mieux privilégier le contrat des avions.

De cette mésaventure sortent renforcés le nouveau patron d’EDF, Henri Proglio, qui affirmait-il y a peu vouloir regrouper la filière nucléaire française sous sa bannière, et l’ex-patron d’EDF François Roussely, à qui le chef de l’Etat vient de confier la mission de mettre de l’ordre dans ce secteur. Anne Lauvergeon, en revanche, pourrait en faire les frais. Ses ennemis - nombreux - vont lui faire porter la responsabilité de cet échec collectif.

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