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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 00:48

 

 

Bozize KNK

 

 

Que veut le peuple? Que demande le peuple à la fin des fins ? Pas grand-chose. Comme dit Paul Eluard : « Ce n’est pas vrai qu’il faut de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et puis rien d’autre ». Le peuple veut juste le droit au bonheur. Certes ce n’est pas au pouvoir de s’occuper de rendre le peuple heureux tous les jours. Mais le pouvoir peut favoriser les conditions d’accession à ce bonheur et c’est précisément pour cette raison que le pouvoir existe. Le peuple aspire à une vie décente, un emploi, un logement, une instruction, à l’électricité,  à l’eau potable et à la santé. Il veut le respect des garanties qui lui sont dues et qui ne sont pas des concessions gracieuses du gouvernement: la protection de l’individu contre les arrêts arbitraires, l’injustice, le mépris, les humiliations, les tortures, les assassinats.

Au dessus de tout, le peuple désire simplement qu’on lui donne, le moment venu, la possibilité d’utiliser la seule arme en sa possession : le bulletin de vote  pour reconduire ou choisir un autre dirigeant capable de lui créer les conditions du droit au bonheur.

Seulement, ce désir  est le cadet des soucis d’un pouvoir entièrement occupé à se maintenir, à se préserver, à se consolider, à s’étendre pour se sucrer et piller le pays.

Bozizé est obsédé de conserver le pouvoir quel qu’en soit le prix, quitte à imposer la loi des armes contre les préoccupations légitimes  du peuple : le bien être et le développement. Ce complexe de supériorité pousse cet homme déjà décrit comme  un incompétent, peu cultivé et peu intelligent, assoiffé de revanche, à ne rien voir ni entendre, à avoir raison sur tout et aller comme un fou furieux au bout de ses erreurs. Il ignore que la politique doit être faite de compromis acceptables et qu’elle doit être conduite dans l’intérêt général. Il ignore également que gagner une élection n’est pas une fin en soi et encore moins une solution finale à tous les problèmes du peuple. Pire encore, voler une élection est le comble de malheur, un gâchis indescriptible.

Depuis quelques mois, Bozizé a choisi de mépriser les Centrafricains par son  autoritarisme, son incapacité au dialogue, son injustice manifeste, son amateurisme, son clientélisme, sa démagogie et son culte de personnalité. Tant d’autres défauts sont relevés ici et là ; il défait le lendemain ce qu’il a fait le jour précédent  et on ne comprend jamais ce qu’il veut ou délibère de faire.  Il balaie d’un revers de la main les décisions du Conseil d’Etat, taxé de « criminel ». Et par des « coup de gueule spectaculaire » en présence des représentations diplomatiques, des organisations internationales  et des forces vives de la nation, il prend des décisions qui ont force de lois voire  qui sont au dessus de la loi : il fixe seul la date des élections, seul il avance la date des dépôts de candidature au mépris de la loi électorale et des accords politiques, seul il décide que la liste électorale et la carte d’électeur ne seront pas informatisées. Seul, il détermine qui est autorisé ou non à participer à la joute présidentielle. Ne soyons pas surpris que, seul aussi, il s’autoproclamera vainqueur d’un scrutin qu’il aurait « balisé » avec la complicité de son »caniche », le vrai faux pasteur, le président de la CEI au grand mépris de la loi électorale jugée, dorénavant, inutilisable car celle-ci peut desservir ses desseins.

Comme l’a écrit Machiavel dans le Prince « un prince qui peut tout ce qu’il veut ne fait que des folies ». Un prince est sujet à s’égarer quand il n’est retenu par rien. Egalement, un prince qui s’est affranchi des lois sera ingrat, changeant et imprudent contrairement au peuple qui est plus prudent, plus constant et meilleur juge. Ce n’est pas sans raison qu’on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu (vox populi, vox Dei). Le suffrage universel est un rite de légitimation du pouvoir. Mais comme tout rite, pour être valide, il doit être accompli dans certaines conditions. Bozizé en maître dominateur, égoïste, méprisant et violent cherche par tous les moyens, même en s’alliant avec le diable, à organiser une parodie de suffrage universel.

Qu’il sache que la démocratie est plus forte que la dictature qui est en réalité fragile. Le dictateur croit que le peuple est soumis, maté, apeuré, consentant. Mais ce n’était qu’un consentement passif, une indifférence glacée. Comme l’avait constaté encore Machiavel  dans le Prince, les citoyens « supportent » les dictateurs et ne les portent pas. Ils ne les « soutiennent » que du bout des lèvres. Que BOZIZE sache que la marmite populaire ne cesse jamais de bouillir. Les dictateurs ne veulent soulever les  couvercles, et leurs marmites leur explosent à la figure. L’histoire a parlé au Libéria avec Samuel Doe et Charles Taylor, en Haïti avec Bertrand Aristide, elle parlera en Centrafrique.     

Ce qui est surprenant, les intellectuels  et les grands juristes semblent déserter un monde aux antipodes de leurs soucis quotidiens à l’exception de quelques braves comme maître Zarambaud qui continue d’utiliser courageusement sa plume acérée.  Quiconque a un peu de mémoire peut se rappeler de la lettre ouverte du magistrat François Guéret dénonçant les dérives du régime Kolingba, pourtant son parent. Aujourd’hui, rien de tel. Oublions les Jean-Paul Ngoupandé, Laurent Gomina-Pampali, Kiticki-Kouamba, Henri Maïdou, qui sont passés avec bagages intellectuels dans le camp de Bozizé autour de la mangeoire au mépris de toute morale. Centrafricains, manifestez votre mécontentement et exiger la démocratie avant qu’il ne soit trop tard.

Tandis que les autres pays empruntent doucement mais sûrement le chemin de la croissance et du développement, le nôtre marche à reculons.  Rappelons que le scrutin de 2005 était « unanime » en faveur du régime de Bozizé. Il avait le blanc seing de la France, de la communauté internationale et de ses pairs de la sous-région. Il avait également le bénéfice du doute de la part du peuple et la caution politique de certains responsables politiques charismatiques. Il fallait lui accorder une chance car il n’a jamais gouverné. Ces derniers ont même dénommé son coup de force de « sursaut patriotique ». Qu’avait-il fait de ce capital de confiance ? Cinq ans après, « le bilan parle pour lui-même » : le bien être, le développement, la paix, la sécurité ne sont pas au rendez-vous. Au contraire, la misère est le lot quotidien des Centrafricains, seulement 30% du territoire est administré, les institutions de la République (justice, parlement, les forces de défense…) sont vidées de leur contenu ; l’école publique est moribonde ainsi que la santé. Des forces de défense, seule la garde présidentielle est suréquipée et bien formée au détriment des FACA, de la gendarmerie et de la police qui ne doivent leur existence qu’à l’appui sporadique de pays amis. Le SIDA continue sa moisson de mort dans l’indifférence totale des autorités qui savent qu’ils peuvent se payer le tourisme médical en Europe ou en Asie. L’impunité et le clientélisme, l’amateurisme, le clanisme cohabitent avec la mauvaise gouvernance, la gestion prédatrice et mafieuse de la chose publique.

Qu’adviendrait-il alors si Bozizé réussit un autre  hold-up électoral en janvier 2011? Il est entrain d’y consacrer toute son énergie et les maigres ressources de l’Etat. Il s’agit, pour lui, de préserver son pouvoir quel qu’en soit le prix, de sécuriser son régime. Bozizé est entrain de suréquiper en armement sa garde présidentielle et de renforcer la police politique (Service de recherche et d’investigation SRI) dirigée par l’un de ses rejetons, pour faire de la Centrafrique un état policier. Il entend gouverner  par la peur et l’intimidation. En terme clair, Bozizé va « familiariser » à outrance son régime et s’entourer d’une cour de courtisans et de flagorneurs et ainsi  instaurer un pouvoir absolu.

Développer le pays n’est pas une priorité pour Bozizé. Tant pis pour le peuple meurtri, miséreux, malade, mal logé, les déplacés qui vivent avec les animaux en brousse, la frange de la population assiégée par des forces étrangères, les enfants affamés et non scolarisés. Tant pis pour la démocratie, le pays.

Mais l’histoire nous dit que très vite, un pouvoir absolu entraîne inévitablement le dirigeant dans un délire schizophrène. La mère de Napoléon, en avait conscience, et disait sans cesse en contemplant la gloire de son fils : « Pourvu que ça dure ! » Cela ne dura pas.

Selon le général de Gaulle, je cite « si l’on entre facilement en dictature, je sais trop qu’on en sort seulement dans le sang et les larmes ».

Tout se met en place pour favoriser l’émergence de solutions radicales car lorsqu’on est désespéré, on n’a plus rien à perdre.

BOZIZE doit partir !!!! 

 

Jean Jacques Koisset (Bangui)

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion