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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 14:16

 

 

Alain Lamessi

 

 

Il est certes bien loin aujourd’hui ce temps où jeunes étudiants centrafricains en Europe, en Afrique ou en Amérique, nous nous gavions parfois jusqu’à l’indigestion, de théories révolutionnaires fumeuses comme seuls substrats de changement  qualitatif en République centrafricaine. L’idéalisme des uns doublé de la sincérité des autres a nourri les débats et les discussions souvent interminables mais toujours passionnants pour nous préparer à l’intégration des masses. Cette propension à la lutte révolutionnaire n’était jamais dénuée de toute naïveté au point de faire de nous des admirateurs inconditionnels des dictateurs comme Staline, Castro, Mao, etc. Même le tristement célèbre Enver Hoxa de l’Albanie devint le modèle à imiter. Quelle candeur ! Peut-on dire, avec le recul. Mais mieux vaut se tromper de bonne foi que de se complaire dans l’ignorance par faiblesse intellectuelle.


Avec pour seule grille de lecture le marxisme-léninisme nous rêvions, les yeux ouverts, de la révolution nationale démocratique et populaire pour changer radicalement les bases structurelles permettant d’apporter rapidement  bien-être social et progrès économique au peuple centrafricain.  L’hypothèse fondamentale étant celle bien connue de la dialectique matérialiste et historique. A savoir : c’est la superstructure qui détermine l’infrastructure ou ce sont les conditions matérielles qui déterminent la conscience des peuples.


Les mouvements étudiants furent une grande école de patriotisme où chacun se formait à la lutte contre l’impérialisme, contre la dictature et surtout pour la défense des intérêts du peuple en cultivant l’esprit de sacrifice et de solidarité. A la vérité cette velléité révolutionnaire a été comme exacerbée par la lutte contre la dictature en Centrafrique dans les années 70 et le mouvement étudiant devint la seule force d’opposition externe lorsque la parole fut bâillonnée en interne. La commission nationale des bourses (CNB) devint rapidement la tribune où étaient portées  les revendications, au-delà des étudiants, des masses populaires. Les camarades Alphonse Blague, Marguerite Petrokoni Zeze, Focky Ndoungouma, et Romain Sopio en payèrent hélas très chèrement le prix par la case prison pour avoir osé dénoncer l’Empire centrafricain. L’anachronique réhabilitation de l’empereur Bokassa est une injure à l’histoire et au droit de l’homme, soit dit en passant.


Des cadres techniquement compétents et politiquement conscients (?)


Des études payées avec l’argent du peuple centrafricain étaient comprises non pas comme une fin en soi mais comme  moyens d’accélérer le développement intégral de la République Centrafricaine. L’objectif minimum admis était de devenir des cadres techniquement compétents et politiquement conscients.


Rendons à César ce qui est à César. De jeunes étudiants centrafricains, certes à l’étranger, ont marqué leur génération d’une empreinte indélébile dans les années 70 et 80 : Jean-Paul Ngoupandé et Zarambaud Assingambi d’une part, Sissa Le Bernard, Henri Pouzere, Tobi Ngaragba et Sévérin Ngouda d’autres parts n’ont pas ménagé les efforts pour mobiliser, encadrer et former leurs jeunes compatriotes aux thèses nationalistes et anti-impérialistes. Leur capacité à théoriser et surtout à convaincre  fit d’eux  de véritables ténors qu’il fallait suivre. D’autres encore : Sioke Reynaldi, Mabingui Joseph, Karim Meckassoua, Balenguele Abel, Ndouba Prosper, Siotene Martin, Bélibanga Clément, Répago Goneyo, Kiwi Makouri, pour ne citer que ceux-là, ont fait de la solidarité la règle de leur  vie au point de tout sacrifier pour venir en aide aux autres. Pour mobiliser, ils étaient prompts à sacrifier bourses, tickets de restaurant et chambres de campus au profit de quelque centrafricain que ce soit se trouvant dans le besoin. Le tribalisme était proscrit aussi bien dans le discours que dans le vécu car on ne mobilise pas le peuple sur une base si étriquée, encore moins avec une conception si rétrograde. De même l’adoption d’une nationalité autre que centrafricaine était passible de bannissement car synonyme de trahison à la cause nationale.


Les personnes qui ont pris la relève ont montré de grandes capacités au dépassement de soi qui forcent respect : Tiangaye Nicolas à Orléans, Maka Gbokossoto et Sonny Léonard à Dakar, Albert Ndode, Dieudonné Salamatou à Bangui, Emmanuel Touaboy à Abidjan et Alain Lamessi à Brazzaville. Nourris au lait du maoïsme, ces  compatriotes voulaient changer la République centrafricaine pour changer la vie du peuple.


Dans tous les ministères comme dans les institutions nationales et internationales on retrouve cette génération de centrafricains formés à l’école du « centrafricanisme  militant » largement en cours dans les années 70 et 80. Ce sont généralement de grands technocrates connus et reconnus pour leur rigueur, leur patriotisme et surtout leur sens de l’intérêt national. Ils sont tous devenus, à quelques exceptions près, de personnalités incontournables dans leur domaine de compétence. Beaucoup d’entre eux ont servi l’Etat à un très haut niveau : Président de la République (AFP), Premier ministre, Ministres, secrétaires d’Etat, Ambassadeurs, Directeurs de cabinet, etc...


La faillite des intellectuels centrafricains a fait le nid de de la dictature


A l’heure de l’autocritique, peut-être dirons-nous aujourd’hui que le passage aux différents postes de responsabilité des intellectuels émérites n’a pas laissé  que de bilans positifs que l’histoire pourra  faire valoir. Bien au contraire : Lorsque le détournement des deniers publics et la prédation des biens  de l’Etat sont érigés en exercice national  alors comment s’étonner qu’il n’y a pas de route, pas d’électricité, pas d’eau courante, pas d’hôpitaux, pas d’école, pas de ponts? Lorsque les intérêts personnels sont placés au premier rang des valeurs qui doivent guider l’action publique, alors comment s’étonner que le peuple ne croit plus à rien, encore moins aux intellectuels et devienne prompt à tout détruire à la moindre occasion pour se venger ? Lorsque faute d’argument politique on caresse honteusement les bas sentiments tribalistes ou pseudo nationalistes, alors comment s’étonner qu’il n’y a plus ni paix, ni unité nationale ?


La refondation de la démocratie centrafricaine moderne s’origine dans la chute de l’empire avec l’opération « barracuda ». De même nous avions applaudi des deux mains l’armée française qui nous a aidés à vaincre la dictature de Bokassa en 1979, de même nous en sommes aujourd’hui réduits  à soutenir le SELEKA dont personne ne connaît le leader (c’est à croire que c’est une rébellion sans tête, ni visage),  après avoir été de fieffés zélateurs du Général Président Bozize.


Les intellectuels, c’est comme le phare dans la nuit. Lorsque le phare ne s’allume plus, ce sont des aveugles qui sont aux commandes. Dans ce cas tomber dans le précipice devient inévitable. Il n’y a pas de honte à faire son autocritique. Nous avons collaboré peu ou prou avec tous les régimes qui se sont succédé à la tête de l’Etat avec les résultats que chacun sait. Par couardise ou par opportunisme nous avons accompagné les dictateurs dans leur ascension et n’avons pas toujours été à la hauteur de l’attente du peuple. Aujourd’hui nous devons nous réconcilier avec le peuple centrafricain, regagner sa confiance. Faire amende honorable avant de proposer une alternative crédible à la situation de non Etat qu’est devenue la République Centrafricaine. Lorsque, comble de malheur, des intellectuels se pourlèchent déjà les babines, faisant des pieds et des mains pour hériter de quelque strapontin dans un hypothétique gouvernement d’union nationale à la faveur du dialogue nationale, c’est tout simplement pathétique !


Comparaison n’est pas raison, certes ! La République centrafricaine, géographiquement, c’est 20 fois la Belgique, 22 fois le Burundi, 29 fois l’Etat d’Israël avec en plus de l’or et du diamant à l’Est, à l’Ouest, au Nord, au Sud et au Centre, du pétrole au Nord, à l’Est et peut-être au Sud, du Fer depuis Bambari jusqu’à Damara,  de l’uranium à l’Est, sans oublier du bois, du café, du coton, du tabac, etc. Donnez toutes ces richesses au Japon ou tout simplement au Burkina Faso à côté et vous verrez la face du monde changée. Personne ne croit plus un seul instant à cette argutie qui consiste à dire que c’est l’Occident qui nous empêche de nous développer. Le plus souvent nous ne savons même  pas ce que nous voulons à défaut d’avoir de l’amour du peuple comme seul étalon de valeur. Nous avons l’impérieux devoir de mettre fin à la souffrance du peuple centrafricain. Notre responsabilité historique, c’est de calmer le jeu et de promouvoir le dialogue, encore le dialogue et toujours le dialogue. Et Martin Ziguélé, leader de l’opposition, de reconnaître avec lucidité : « il n’y a pas de solution militaire » à la crise que connaît notre pays.


Non à la chasse aux sorcières ! Nous sommes tous des Rongas, nous sommes tous des Goulas. Nous sommes tous des Bandas. La démocratie, d’accord ! Mais l’unité nationale d’abord !

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion