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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 23:17

 

 

Bokassa 1er

 

 

Radio Ndéké Luka Mercredi, 03 Novembre 2010 14:08

Ce 3 novembre marque le 14ième anniversaire de la mort de l’ex-empereur de Centrafrique. Quel souvenir ses anciens sujets gardent-ils aujourd’hui de lui ? Il est difficile de répondre à cette interrogation à en croire les réactions des fils du pays qui sont divisés sur ses réalisations. Les réactions enregistrées par Radio Ndeke Luka présentent un souvenir mitigé. Selon certains centrafricains Bokassa a été un dictateur. Pour d’autres, c’était un vrai bâtisseur dont ses œuvres demeurent visibles.

Jean Bedel Bokassa a été ressortissant de l'Ecole militaire de Saint-Louis au Sénégal. Il termina sa carrière dans l'armée française, avec le grade de capitaine et fût d’abord  détaché comme conseiller militaire technique de l'armée française pour la création, la formation et l'encadrement de l'armée centrafricaine naissante.

C'est par la suite qu'il demanda son départ de l'armée française pour être incorporé comme officier supérieur dans l'armée centrafricaine.  Son cousin, David Dacko, président de la  République Centrafricaine fit appel à ses services pour réorganiser l'armée du pays et le nomma chef d'état-major en 1964. Il accéda ensuite au pouvoir le soir du 31 décembre 1965, à la faveur de ce qu'on appela le « coup d’Etat de Saint Sylvestre ».

Bokassa se couronna finalement empereur le 4 décembre 1977 au cours d'une cérémonie à laquelle 5 000 invités assistèrent, notamment le ministre français de la Coopération, Robert Galley sans la présence d’un quelconque chef d’Etat.

Il justifiait ses actions en déclarant que la création d'une monarchie aiderait la Centrafrique à se distinguer des autres pays africains et à gagner le respect des autres pays du monde.

Seulement, en 1979 à travers une opération dite « Baracuda » il fut éjecté de son trône impérial et remplacé par son cousin David Dacko.

Le 12 juin 1887, au terme d’un procès, il fut reconnu non coupable des charges de cannibalisme mais la peine de mort fut confirmée pour les autres charges. Sa peine fut d'abord commuée en prison à vie en février 1988, puis en 10 ans de réclusion. Il fut amnistié par le défunt président André Kolingba en 1993 et mourut en 1996 d'un arrêt cardiaque. Il a été inhumé dans son ancien palais de Bérengo (sud du pays).

Aucune manifestation officielle n’a marqué l’anniversaire de sa mort à Bangui.

 

 

NDLR : L'état désastreux de la RCA et la misère sans nom dans laquelle végètent aujourd'hui les Centrafricains, après plus de sept années de régime d'un certain François qui était prétendument venu les "libérer", les amène à se souvenir de certains aspects positifs du règne de Bokassa qui aura été et demeure malgré tout, qu'on le veuille ou non, un pittoresque et sanguinaire dictateur.

 

 

 

Centrafrique, où vas-tu ?

Je suis né un peu avant l’indépendance de mon pays et j’ai connu une enfance joyeuse. Actuellement mon cœur saigne quand j’assiste impuissant au dépérissement de l’Etat et à l’agonie de mon beau pays.  Comment peut-on expliquer le chaos que la Centrafrique traverse actuellement?  Comment y remédier? Nos dirigeants ont-ils vraiment le souci de développer ce pays ou sont-ils simplement incompétents ou dépassés?  Quel héritage nous a laissé chacun d’eux?   

De Dacko I entre 1959 et 1965 : il n’a fait que gérer une situation post coloniale, sans grande vision de l’avenir de notre pays. De cette période, je ne peux me souvenir que de la Jeunesse pionnière Nationale (JPN).  

De Bokassa entre 1966 et 1979 : mis à part son côté criminel pour lequel il a été rattrapé, jugé et condamné puis amnistié, tous les Centrafricains sont unanimes à reconnaître que Bokassa fut le grand bâtisseur.  L’Université de Bangui, l’Aéroport Bangui Mpoko, la Cité de l’OCAM, le Stade Omnisport, la télévision en couleur, la première en Afrique francophone etc., sont à inscrire à son actif. Il a vigoureusement cherché l’autosuffisance alimentaire en lançant « l’opération Bokassa » et il a promu l’élevage au point que le cheptel bovin dépassait naguère le nombre d’habitants.  La Fédération Nationale des Eleveurs Centrafricains (FNEC) était citée en exemple par la Banque Mondiale comme un modèle réussi de développement  du secteur de l‘élevage en Afrique. La RCA était le grenier de la sous région. Bangui était la ville « lumière », la « coquette ».  Elle était la seule ville de la sous région à disposer des infrastructures routières et hôtelières (Safari hôtel, Rock Hôtel, hôtel Saint Sylvestre), capables d’abriter les grandes messes internationales.  Bokassa avait valorisé les femmes au point de nommer Mme Elisabeth Domitien Premier  Ministre, une première en Afrique et même dans le monde. Il avait propulsé le sport centrafricain à son apogée et la RCA  a été championne d’Afrique de Basketball.  En quatorze ans de pouvoir, J’aurai retenu que le centrafricain était respecté et avait le sens de l’honneur pour son pays les frasques de Bokassa mis à part.

De Dacko II entre 1979 et 1981 : parachuté par la France pour remplacer Bokassa, il a été incapable de gérer la transition de la dictature à la démocratie.  Ayant  prétexté une guerre civile imminente, il a très vite confié les rênes du pouvoir au général André Kolingba qui n’était pas du tout préparé à assumer ce rôle.  Dacko II n’a été qu’un passage éphémère. Je n’aurai retenu que son premier passage.

De Kolingba entre 1981 et 1993 : c’est la gestion pépère du pays avec les réalisations comme CENTRAPALM, SOGESCA et le palais de l’Assemblée Nationale avec l’aide de la Chine de Taiwan.  Maigres réalisations au regard de l’aide extérieure reçue. Il avait instauré le tribalisme comme mode de gouvernement mais la communauté internationale lui a forcé la main pour accepter le pluralisme politique et d’organiser des élections libres. Il créa le Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC), et se présenta à sa propre succession. Il perdit lamentablement le pouvoir dans une première élection démocratique en 1993.  Et il se représenta en 1998, puis en 1999 et 2005 et se fit battre à chaque fois. Son principal héritage au peuple aurait été la paix, et une relative stabilité entachée vers la fin de son régime par une vague répressive, en particulier dans le Nord-Ouest du pays, qui demeure un point sombre dans son bilan. 

De Patassé entre 1993 et 2003 : c’était le seul président élu démocratiquement, qui a bénéficié aussi bien du soutien de l’élite centrafricaine que de la classe paysanne.  Beau parleur et manipulateur hors pair, Patassé savait mettre les foules en délire et avait même fini par convaincre sa propre personne, qu’il était investi par un pouvoir céleste.  Il promettait de redonner au pays sa grandeur d’antan et de le conduire sur le sentier de la croissance et du développement économique.  Mais au début  de son règne, au lieu de sécuriser son régime, il s’est lancé par contre dans l’audit de la gestion du régime précédent. Un audit économiquement coûteux et inutile, qui a provoqué l’ire des dignitaires déchus, encore présents militairement.  Au final, Patassé a passé ses deux mandats à gérer des crises militaro-politiques dont les vagues ont, sans pitié, emporté son régime.  Agé de 73 ans, affaibli et sans grands moyens financiers,  il veut se faire réélire pour une troisième fois avant de prendre sa retraite politique. Isolé et dépourvu de machine électorale, il n’incarne plus cette vision d’une nouvelle Centrafrique, mais continue de rêver que le milieu rural lui est acquis. Sa candidature n’est autre chose qu’une manœuvre politique de Bozizé pour affaiblir le MLPC dont Patassé  n’est plus le chef. Les Centrafricains retiendront de lui comme seul héritage qu’il a aboli l’impôt per capita. 

Bozizé, de 2003 à l’heure actuelle : tout le monde dit, avec raison, qu’il a été le dernier de sa promotion à l’école des officiers créée naguère par Bokassa et qu’il est hanté par un complexe d’infériorité qu’il n’arrive pas à dominer. Il passera à l’histoire comme le président qui a interrompu la marche de la jeune démocratie centrafricaine, dans le seul but de prouver au monde et à lui-même, qu’il n’est pas un officier raté et pour assouvir sa soif du pouvoir et d’enrichissement.  Et dire qu’il n’aurait jamais réussi à prendre seul  le pouvoir par ses propres moyens n’eussent été tous les soutiens et appuis décisifs multiformes et de toutes parts qu’il a reçus ! Son régime aura été une mauvaise parenthèse de plus dans l’histoire dramatique de ce pays.

Il est aussi  l’un des rares  présidents africains à être accompagné tout au long de son mandat, de conseils et de moyens financiers massifs.  Mais il brille par sa médiocrité et son ingratitude. Très vite, il a oublié pourquoi et grâce à qui il est arrivé au pouvoir. Il s’est émancipé de ses parrains et écarté ses compagnons de lutte pour « familiariser » son pouvoir et instaurer le « favoritisme clanique et régional ». Il étend son emprise sur l’armée en faisant de son fils le Ministre délégué à la défense, sur la justice par le biais de son cousin Firmin Feindiro nommé procureur de la République et son officieux conseiller juridique, et les mines par son neveu Sylvain Ndoutingaï. 

Il a aussi  fait main basse sur le Trésor Public sans rendre des comptes à personne (Cour des comptes, Inspection des Finances). Les hommes d’affaires centrafricains sont de gré ou de force enrôlés dans le KNK, son  parti, au risque de perdre le droit d’exercer.  Les jeunes quant à eux, sont employés dans des « tâches parasitaires » à savoir, agents de renseignement ( « tontons macoutes ») ou encore  dans des structures de voyous comme l’association politique Bozize Doit Rester (BDR), créée de toutes pièces et ex nihilo par un mafieux aventurier, selon un mauvais exemple gabonais dont il a cru s’inspirer.  Quel bénéfice la nation peut-t-elle tirer d’une telle pratique?  Ces jeunes ne seraient-ils pas mieux valorisés si on leur apprenait un métier afin de produire et participer à la croissance économique de leur pays ?  

En huit années de pouvoir, Bozizé a excellé dans les manquements à la morale et il a transformé la démocratie en une dictature sanguinaire de fait. Il a dépassé tous les records de violation de la constitution et des droits de l’homme. Il se contredit constamment, manipule, préconise le tout répressif de l’opposition et humilie ses ministres qui ne sont que des exécutants des décisions présidentielles.

La RCA se trouve, désormais, projetée plus de 30 ans en arrière.  Aujourd’hui, l’économie, la santé et l’éducation sont en ruine. L’insécurité règne sur les 2/3 du territoire national, triste résultat pour un prétendu général d’armée. La Banque Mondiale classe la RCA 183 sur183 pays dans le monde pour le climat des affaires, le PNUD nous classe 179 sur 182 pour l’indice de développement humain (IDH) et nous sommes le premier pays en Afrique Centrale et 10è dans le monde pour le taux de prévalence du VIH/SIDA. Aujourd’hui, un élève de classe de terminale n’est même pas capable de faire correctement une simple rédaction. Bangui n’est plus qu’un gros village avec ses délestages chroniques. Il n’y a aucune stratégie d’investissements publics dans les infrastructures de base. Le réseau de distribution d’eau et d’énergie connait une grave dégradation. Les routes dans la capitale Bangui sont impraticables tant il y a de trous et nids de poule. Mais malgré ce triste bilan, le comble est  que Bozizé cherche à  se succéder  à lui-même.   

La Bonne Gouvernance et la Démocratie sont deux ingrédients nécessaires, dans la gestion d’un pays lorsqu’un dirigeant veut assurer à son peuple un niveau de bien-être social élevé. La Centrafrique n’a connu ni l’un ni l’autre depuis son indépendance en Août 1960. 

Pourquoi faut-il que la Centrafrique rate toujours le coach à chaque croisement  crucial de son histoire ?  Tout cela doit cesser. Qui aura le courage, l’audace et la ténacité de proposer un projet de société avec plus de justice, d’égalité, de respect de la personne humaine et de répartition des richesses ?

Qui est capable de diriger la RCA après une telle descente aux enfers ?

Le peuple doit empêcher le pays d’être entraîné dans l’abîme.  Car nul n’ignore qu’il est souverain et saura faire le bon choix le moment venu.  Il s’agira cette fois-ci, non seulement de choisir pour la démocratie, mais aussi, de se battre pour sauvegarder cette démocratie.

Le temps perdu est un temps qui nous perd tous.

Il faut que Bozizé s’en aille !    

Hilaire Touabona (Lyon France)

 

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