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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 23:50

 

 

JP Mara

 

On ne peut pas survivre dans une zone monétaire CFA CEMAC sans un modèle économique structuré  

La démarche qui consiste à comparer le Centrafrique (ou République centrafricaine) à la Grèce est facile à comprendre au vu de la situation qui prévaut dans l’Europe des vingt sept, suite à l’endettement toujours croissant des pays qui ont en commun l’euro, dont le sigle est €.

Sans prétention aucune de faire de l’histoire de l’Europe et de ses ambitions économiques, on peut affirmer deux faits :

-          le premier concerne la situation qui prévalait en Europe avant l’introduction de la monnaie euro. A l’époque, chaque pays développait sa propre politique économique et financière, avec pour objectif principal de trouver seul les solutions qu’il jugeait nécessaires  à  la résolution de ses problèmes économiques, à partir de ses propres capacités de production, et avec sa  réglementation propre.

-          La seconde affirmation est relative à la situation qui prévaut depuis l’introduction de la monnaie unique dans un marché globalisé qui rend difficile l’application de règles spécifiques à un pays.

Je me rappelle toutefois d’un fait. Lors de l’introduction de la monnaie unique en Europe, les premiers pays adhérents devaient apporter la preuve d’une remise en ordre de leur économie. La Grèce qui avait une économie hybride, constituée en moitié d’un secteur formel et institutionnalisé et pour l’autre moitié d’une « économie parallèle » sinon informelle échappant à une fiscalité fiable, avait fait appel aux agences de notation et aux conseils de cabinets privés (Consulting) pour l’aider à trouver la solution qui lui permettrait de contourner les exigences imposées aux pays candidats à l’introduction de l’euro. Il faut souligner  que beaucoup de Grecs, comme en Afrique, ne paient ni impôts, ni taxes foncières et ne  déclarent pas leur patrimoine, situation que les agences de notation qui accompagnaient la Grèce ont  passée sous silence. C’est cette dissimulation qui est à l’origine  des problèmes de la Grèce dans la zone euro.

Pour mieux comprendre la problématique, je voudrais utiliser une analogie. En effet, nous autres Ingénieurs pouvons transporter la Voix, les Données et les Images à travers le câble ou dans l’air, pourvu que l’opérateur du transport suive strictement nos recommandations.  Un mauvais choix se traduit par une mauvaise qualité du son ou des images. Il en est de même en médecine où la santé d’une population dépend des infrastructures médicales et de la compétence des médecins dans le pays.

L’économie ne transgresse pas à cette règle, bien au contraire car tout devient encore plus compliqué dans ce domaine. Ici on parle d’économie planifiée ou d’économie de marché, d’économie mixte, etc. L’économie est compliquée car aujourd’hui, il est devenu très difficile de comprendre si c’est le travail ou le capital, ou les deux à la fois, qui sont facteurs de croissance économique durable. Aucun économiste n’est capable de vous donner une réponse claire et nette. On constate simplement qu’avec la mondialisation, le capital s’est fait piégé par la force spéculative avec comme appât le gain facile et à court terme. Le capital, à cause de la spéculation a tué de fait l’apport réel du travail. Aujourd’hui le capital se multiple par un simple clic informatique sans avoir à se déplacer de chez soi d’où la difficulté profonde à calculer le nombre d’heures travaillées. Le capital fait 1000% de son chiffre en quelques clics informatiques sans connaître le produit acheté ni son lieu de production.

Dans tous les cas, et avec tous les effets de la spéculation, une chose reste essentielle: il faut faire un choix de modèle économique et respecter scrupuleusement les règles inhérentes. 

Le Centrafrique est dans le cas de la Grèce car il n’y a pas une politique économique lisible et claire : le pays ne produit rien, n’exporte rien, et  n’a aucune structure de production digne de ce nom. La politique économique se résume à un pilotage à vue et la prédation d’Etat. Il n’y a pas de capital financier non plus.

Le site d’information en ligne « Centrafrique-presse » a reçu et publie au compte goutte les malversations pratiquées par le Comité de Trésorerie au sommet de l’Etat, et ceci après d’autres révélations faisant état de très gros montants détournés par différentes personnalités dans le cadre de leur fonctions. Or, la République Centrafricaine est un pays qui regorge de ressources inestimables.

1.       Nous avons de terres qui peuvent nous permettre de produire de la viande pour toute l’Afrique ; nous pouvons produire du maïs et du riz et les exporter vers des pays demandeurs de céréales. Mais pour cela, il faut construire et bitumer nos routes et construire des ponts. Déjà nous n’en sommes pas capables même dans la capitale Bangui.

2.       Nous pouvons conditionner les matières premières pour les exporter vers les pays producteurs de produits finis. Mais pour cela il nous faudrait de l’énergie alors même que la fourniture d’électricité dans la capitale Bangui est aléatoire. Le ministère de l’énergie et des mines qui est le plus grand portefeuille de tous les gouvernements de la Bozizie a un bilan négatif : pas d’eau, ni d’électricité, et famine dans les zones diamantifères. 

 Les vrais bilans de la Convergence (2003 à 2005) et du KNK (depuis 2005) sont les multiples poses de premières pierres non suivies d’effets. On citera volontiers la citée Lumière KNK, le barrage hydro-électrique de Toutoubou à Carnot, la cimenterie, la réfection de l’aéroport de Bangui, plusieurs ponts dans les villes de provinces, etc… pour ne citer que ceux qui ont fait couler beaucoup d’encre. A ce bilan s’ajoutent les sommes d’argent les plus astronomiques jamais détournées par les membres d’un régime depuis que la RCA existe comme pays. 

C’est dans ce contexte qu’un cabinet conseil béninois viendra pour conseiller notre gouvernement à faire comme la Grèce l’a fait, c’est-à-dire cacher les vrais chiffres des malversations afin de bénéficier de subsides et des  rallonges budgétaires. Cette prestidigitation du grand sorcier béninois aura pour conséquence de perpétuer un modèle de gestion basé sur la prédation,  tel que le prouvent les révélations sur la pratique d’un trésor public centrafricain saigné à blanc sous la haute responsabilité du comité de trésorerie dont la préoccupation n’est manifestement pas la construction du pays. Dans cette situation et sans être pessimiste, je suis en droit de douter que le cabinet de consultant béninois malgré l’expérience du FMI ou de la Banque mondiale revendiquée par son patron, ne soit tenté d’apporter les mêmes remèdes que les agences de notation pour la Grèce.

Je crains fort que les prestations de ce fameux cabinet de conseil ne se résument à une pompe à CFA, comme avec l’expérience d’Unitec Benin dont les Centrafricains ont gardé un souvenir amer. Et ce n’est pas sûrement avec son épais carnet d’adresses que l’ancien ministre des finances de Mathieu KEREKOU nous aidera en République centrafricaine. Le cabinet Alinadaou Consultancy International (ACI) spécialisé dans l’expertise financière et le financement des Etats africains ne doit pas oublier le cas Grec dans son ardeur pour aider BOZIZE et DOUTINGAYE à préparer les dossiers destinés à affronter le FMI. Abdoulaye BIO TCHANE ne doit pas passer sous silence l’état de délabrement de la capitale Bangui même s’il est logé dans une villa de la « Cité des 14 villas ». Qu’il se rappelle dans quel état se trouve l’aéroport de Bangui qui l’a accueilli à son arrivée, l’état de l’avenue qu’il a empruntée dans un somptueux 4x4 jusqu’à sa villa. Qu’il sache que tous les Centrafricains n’utilisent pas des 4x4 mais connaissent les montants qui se sont évaporés du Trésor Public centrafricain sous son DG Mr LAPO, des milliards détournés par les ministres. Mais surtout, BIO TCHANE doit savoir que la RCA avait vu des milliards s’évaporer au profit d’un autre béninois. La RCA notre pays risque de se retrouver à la suite de son passage dans la même situation, or nous ne voulons pas devenir pour la Zone CEMAC ce que la Grèce est pour la zone Euro. Pour cela, ACI ne doit pas faire de la RCA, ce que l’agence de notation qui accompagnait la Grèce a fait en passant sous le tapis les malversations grecques.

Comme indiqué dans une de mes précédentes tribunes, réfléchissons sur la forme et le type de gouvernance actuels de la République avec son système présidentiel qui, depuis 1981 concentre tous les pouvoirs dans les mains d’un seul homme. Nous tournons en rond depuis la première République, en passant par l’expérience de l’Empire avec Bokassa et le rétablissement de la République en 1979.

Notre pays n’a pas « le système politique » adapté à nos attentes, et à cela s’ajoute le manque d’économistes capables de nous proposer la bonne stratégie dans un marché commun où nos voisins produisent plus que nous. Le Franc CFA est trop fort pour l’économie centrafricaine et si la prédation s’y ajoute, que deviendra la RCA dans cinq ans ? C’est pour cette raison que le cas de l’Europe et de la Grèce doit nous interpeller.

Il faut mettre fin aux politiques de prédations érigées en système de gouvernement sans stratégies économiques qui enterrent les centrafricains.

Centrafricains, il est de la responsabilité de notre génération de dire ensemble NON  à cette douloureuse expérience des systèmes non adaptés aux aspirations de notre peuple.

Paris le 3 Novembre 2011 

Jean-Pierre MARA

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion