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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 02:55


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Point de vue

LEMONDE.FR | 18.03.10 | 22h54



A la frontière du Soudan, à l'est du Tchad, près de 400 000 réfugiés et déplacés sont exposés quotidiennement à des violences, endurées depuis de trop nombreuses années. Ils subissent les attaques des groupes armés d'opposition tchadiens, des milices, des bandes criminelles et des membres des forces de sécurité.

Une protection de ces personnes vulnérables est assurée par la Minurcat, mission des Nations unies au Tchad et en République centrafricaine. Or, le prolongement de sa présence est remis en question.

L'avenir de cette mission repose en partie entre les mains de la France. Face à la guerre au Darfour, aux affrontements sur le territoire tchadien, ainsi qu'en Centrafrique, la France s'était fortement mobilisée en 2006. Elle est la seule, parmi les pays européens, à avoir poussé à la création d'une mission onusienne, appuyée par une mission européenne (l'Eufor). Cette dernière fut essentiellement composée de forces armées françaises. Si elle est moins impliquée qu'auparavant dans la sécurisation de la région, la France assure toujours à l'heure actuelle un appui notable à la Minurcat.

Son déploiement presque achevé, cette force de maintien de la paix peut, depuis un an à peine, mettre réellement en œuvre sa mission de protection. Or fin janvier 2010, le président tchadien Idriss Deby Itno a clairement insisté pour que la Minurcat quitte le Tchad le 15 mars 2010, à l'expiration de son mandat, sous prétexte de son inefficacité. A la suite de différentes négociations avec l'ONU, les autorités tchadiennes ont concédé un maintien de sa composante civile mais pas militaire. L'ONU a rétorqué qu'il était trop risqué de maintenir son personnel civil sans protection militaire. Début mars 2010, le gouvernement tchadien faisait machine arrière en acceptant une prolongation en l'état du mandat de la Minurcat jusqu'au 16 mai prochain. Mais il ne s'agit que d'un sursis.

Malgré les nombreuses critiques formulées à l'endroit de la Minurcat, on a pu constater cette année un recul des attaques visant les civils alors qu'elles avaient pris des proportions alarmantes au cours des derniers mois de 2009. Les soldats de la Minurcat, dont des Français, patrouillent désormais dans des zones sensibles où il leur était auparavant impossible de se rendre.
L'Etat tchadien n'a ni la capacité ni la volonté politique d'assurer la protection nécessaire des civils dans l'Est. Le DIS (Détachement intégré de sécurité), police tchadienne chargée de la sécurité des camps de réfugiés et déplacés soutenue par la Minurcat, serait insuffisant et pas assez formé pour prendre la relève. La plupart des organisations humanitaires opérationnelles à l'est du Tchad risqueraient de suspendre leurs activités pour raison d'insécurité.

La disparition de la Minurcat affecterait la sécurité au Tchad et n'augurerait rien de bon pour l'avenir des autres missions de l'ONU dans la région. Un retrait chasserait très vraisemblablement la mission en République centrafricaine voisine, où sa présence, plus discrète, répond à un besoin tout aussi criant. Une aggravation des violations des droits humains sur les populations civiles abandonnées à leur sort serait à craindre : elles seraient alors à la merci des membres de l'Armée de résistance du seigneur (LRA), groupe armé ougandais, des nombreux groupes armés centrafricains, des bandits y compris les "coupeurs de routes'', ainsi que des militaires de l'armée ougandaise.

L'Etat tchadien est très sourcilleux sur le respect de sa souveraineté et n'est pas le seul. Les autorités de la République démocratique du Congo viennent de demander le retrait de la Monuc de son territoire d'ici juin 2011. Comme au Tchad, les autorités ne démontrent ni capacité ni volonté politique d'assurer la protection de ses populations. Cette demande des autorités congolaises, de même que celle du Tchad, risque de présenter un précédent fâcheux et pose la question essentielle du rôle que jouent les missions de maintien de paix en Afrique et la protection effective des civils dans les pays en conflit ou en situation de post-conflit.

En tant que membre du Conseil de sécurité des Nations unies, la France doit aujourd'hui aller jusqu'au bout de son engagement pour ne pas laisser des civils sans protection et faire pression sur l'ONU et les autorités tchadiennes afin de renouveler le mandat de la Minurcat.

Geneviève Garrigos est présidente d'Amnesty International France.

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