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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 00:39

 

 

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APA - Bangui 14-07-2010 (Centrafrique) L’Union des Journalistes de Centrafrique (UJCA) souhaite que le gouvernement camerounais adopte une loi dépénalisant les délits de presse dans ce pays et qui pourrait porter le nom du journaliste camerounais Pius Njawe, directeur de publication du ‘’Messager’’, décédé lundi aux Etats unis, des suites d’un accident de la circulation.

Dans un communiqué publié ce mercredi à Bangui, l’UJCA souligne que l’adoption d’une loi dépénalisant les délits de presse au Cameroun permettra notamment ‘’d’immortaliser la mémoire de cette illustre figure de la presse camerounaise et de rendre hommage à son combat pour la liberté d’expression’’.

« Par son courage, sa clairvoyance et sa témérité, il a forcé l’admiration et le soutien du peuple camerounais, des démocrates, des défenseurs des droits de l’homme et des professionnels des médias de par le monde », a noté le communiqué.

 « Journaliste à la plume d’or et fondateur du quotidien indépendant « Le Messager », Pius Njawe est et demeurera un modèle pour les journalistes africains », a fait remarquer le communiqué.

 

 

 

Pius N Njawé :  le destin cruel d’un itinéraire exceptionnel

Par Frédéric.Boungou | Mercredi 14 juillet 2010 | Le Messager

 

Alors qu’il avait la possibilité de faire un voyage d’agrément en Afrique du Sud pour vivre la finale de la coupe du monde -une première sur le continent noir- tous frais payés, Pius N. Njawé a préféré plutôt aller participer au forum de la Cameroon diaspora for change (CAMDIAC) sur les stratégies à mettre en œuvre pour contribuer à une alternance démocratique à la tête du pays en 2011, lors de la prochaine élection présidentielle. Une fois de plus, une fois de trop ( ?), Pius N. Njawé a relégué au second plan, son plaisir personnel au profit de l’intérêt collectif. C’est là, dans cet autre champ de bataille qu’il est tombé, pratiquement les armes à la main. Il était comme ça, Pius. Toujours prompt à voler au secours des causes qu’il croyait justes, même au péril de sa vie. C’est que, toute son existence a été une vie de combats menés sur plusieurs fronts à la fois (voir articles…)

Le premier combat de sa vie, Pius N. Njawé le mène contre la nature. Né le 4 mars 1957 à Babouantou dans le département du Haut-Nkam, région de l’Ouest, il doit faire face très tôt à l’adversité. Forcé à un « exil intérieur » suite aux troubles sociopolitiques liés à l’indépendance, son père délaisse l’éducation du jeune Njawé appelé désormais à compter que sur lui-même. En 1968, Pius N. Njawé obtient son Certificat d’études. Inscrit la même année en sixième, il est contraint d’abandonner l’école quatre ans plus tard, faute de soutien financier pour chercher sa voie dans la vie active. Il atterrit en 1972 comme « garçon de courses » au journal Semences africaines dont l’écrivain camerounais, René Philombe, qui deviendra plus tard son « père spirituel », est le co-directeur.

Lorsque Sémences africaines disparaît des kiosques en 1974, Pius Njawé devient vendeur à la criée à Yaoundé. Plus tard, de passage à Douala, un ami le met en contact avec les promoteurs d’un nouvel hebdomadaire : La Gazette. Recruté à titre bénévole comme « localier », le jeune apprenti-journaliste se fait très vite la main à force de volonté et d’abnégation et devient célèbre par la qualité de ses reportages. C’est en qualité de chef des informations intérieures qu’il décide de quitter, en 1979 La Gazette pour aller créer Le Messager. Self-made man, Pius N. Njawé s’est donc formé sur le tas. Aidé dans sa quête de l’excellence au métier de journaliste par de nombreux stages et voyages d’études au Canada, en France, aux Etats-Unis, en Allemagne, etc., il est devenu, au Cameroun, et au-delà, plus qu’une icône, un véritable symbole.

Le deuxième combat du jeune promoteur de 22 ans (!) sera d’une part, de triompher de la censure et des saisies administratives et plus globalement de conquérir de nouveaux espaces de liberté d’expression et de la presse, d’autre part, de positionner Le Messager comme une référence en matière de presse privée indépendante au Cameroun. D’où le ton libre que le journal adopte fiérement. L’ambition ne fait pas plaisir à l’establishment qui n’hésite pas à recourir à l’intimidation, aux interpellations, arrestations, détentions… Pas influencé pour un sou, le jeune téméraire se permet même de traduire l’Etat du Cameroun devant la Cour suprême en 1985. Comme on pouvait s’y attendre, le demandeur est débouté. Mais qu’importe, le message est passé : rien ne sera plus jamais comme avant. L’étau se resserre. 1991, Njawé est condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans et à 300 000 Fcfa chacun. Suite à une lettre ouverte au chef de l’Etat intitulée « La démocratie truquée » parue dans Le Messager n° 209 du 27 décembre 1990, les deux sont accusés d’ « outrage au président de la République, outrage aux membres de l’Assemblée nationale, outrage aux cours et tribunaux ». Ce procès aura le mérite d’ouvrir le débat sur la liberté de la presse. Il constituera même le détonateur de revendications populaires qui continuent de secouer, aujourd’hui encore, le Cameroun. Les arrestations se multiplient.

« Nous avons semé une graine », dira le concerné à la faveur de la célébration en novembre dernier, des trente ans de Le Messager, le plus vieux journal privé indépendant du Cameroun. Une longévité exceptionnelle qui fait l’admiration ici et au-delà. Jean Baptiste Sipa, vieux compagnon de l’illustre disparu, la larme à l’œil, est inconsolable. « Me demander de réagir en pareille circonstance, c’est me dire de commenter une tragédie qui me plonge dans une tristesse infinie », répond-il à la question de savoir quels souvenirs il garde de Pius N. Njawé. « Le décès subit de Njawé sur la cinquantaine et encore à l’étranger est un vrai gâchis pour l’entreprise Le Messager et pour le Cameroun à qui, j’ai la conviction, il n’avait pas encore, à cet âge là, donné l’essentiel de ce qu’il devait à sa patrie bien aimée, explique le chroniqueur, membre du conseil éditorial de Le Messager. Pius N. Njawé, déjà frappé par un malheur similaire en 2002 à travers sa première épouse, laisse une nombreuse progéniture dont beaucoup sont mineurs ».

Néanmoins, Jean Baptiste Sipa consent à lâcher quelques bribes sur son ami. « Pius N. Njawé était un homme ambitieux pour lui-même et pour son pays. Il était courageux à la limite de la témérité et il était entier. Tout cela faisait de lui un homme d’action contesté par les puissances de l’ordre établi et aimé des plus faibles qui le considéraient comme un bouclier. Ce sont ces caractéristiques qui ont, bon gré pour certains, mal gré pour d’autres, fait de lui une figure emblématique pour la presse camerounaise et la liberté de la presse », analyse-t-il.

Ironie du destin, Pius N. Njawé a été tué… dans un accident de la circulation. Un fléau qu’il tentait, sous les auspices de la Fondation Jane and Justice qu’il a créée en mémoire de sa première épouse elle aussi décédée en 2002 à la suite d’un accident de la circulation, de juguler en promouvant la sécurité routière. Son décès brutal fait ainsi ressortir toute l’importance de ce qui aura été, ces dernières années, l’un de ses combats acharnés. « Le décès tragique de Pius N. Njawé crée des ondes frémissantes dans le pays et va faire pleurer beaucoup de personnes au Cameroun, en Afrique et dans le monde. Mais, pleurer Pius, c’est faire qu’il ne soit pas mort […] La meilleure manière de pleurer un homme comme celui là n’est pas de verser des larmes même si cela console de la douleur, mais de faire tout ce qu’on peut pour qu’il continue de vivre à travers la pérennité de ses œuvres. C’est, ce que, pour ma part, je m’engage à faire afin de rester fidèle à moi-même ».

 

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