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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 00:41




 

Source : Syfia 03-11-2009

Centrafrique

Jules Yanganda

(Syfia Centrafrique) Une Centrafricaine, enlevée à 16 ans à Bangui et enrôlée de force dans la rébellion de Jean-Pierre Bemba, est de retour dans son pays. Au moment où ce dernier comparaît devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, elle témoigne des atrocités qu’elle a endurées et qu’elle aussi parfois été obligée de commettre.

En septembre dernier, Christine* a regagné la Centrafrique après six ans passés dans la rébellion du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba en RD Congo et dans l’armée régulière congolaise dans le cadre du programme DDR (Désarmement, démobilisation, réintégration). Enlevée à Bangui à 16 ans par le MLC venu en Centrafrique à la rescousse du régime d’Ange-Félix Patassé, elle a été violée, contrainte de prendre les armes, de tuer et de se nourrir de chair humaine.

Syfia International : Dans quelles circonstances avez-vous été enlevée ?

Christine : J’ai été kidnappée en 2003 par quatre éléments du MLC alors que je vendais de la bouillie au bord de la route à Bangui. Tous les quatre m'ont violée et m'ont traînée dans l’une de leur base à Damara (ville située à 75 km au nord de la capitale centrafricaine). Nous avons ensuite traversé le fleuve Oubangui pour rejoindre Jean-Pierre Bemba à Gbadolite, dans le nord-ouest de la RDC.

S.I. : Pour quoi faire?

Christine : Avec d’autres Centrafricaines enlevées et enrôlées de force dans le MLC, nous avons ensuite été conduites à l’est de la RDC, où la guerre faisait rage. Pendant quatre mois, nous avons combattu les "Rwandais" de Laurent Nkunda.

S.I. : Avez-vous tué ?

Christine : (Elle baisse la tête et fond en larmes). J’ai abattu six personnes et blessé plusieurs autres… Je l'ai fait pour me défendre.

 S.I. : Quelle était votre vie au front ?

Christine : Les viols étaient monnaie courante. Pour éviter d’être constamment abusée par plusieurs éléments, j’ai été obligée de m’accrocher à un adjudant avec qui j’ai fait trois enfants. Deux sont morts à cause du froid.

Chaque soldat ne percevait que 10 000 Francs congolais (8 €) par semestre. Nos soins de santé n'étaient pas payés. Les éléments du MLC punissaient toute désobéissance. Il leur arrivait d'enterrer vivant l’élément fautif jusqu'au cou et il finissait par mourir. À Zongo, en RDC, ville frontalière de Bangui, et à Gbadolite, des Centrafricains et des Tchadiens enlevés en Centrafrique étaient tabassés à mort. La nourriture était difficile à trouver. On buvait de l’eau sale. Lorsqu’on avait fini de tuer tous les cabris et les volailles dans les villages, nos chefs envoyaient des éléments capturer des hommes et des femmes pour les traîner jusqu'au camp. Ces captifs étaient d’abord soumis aux corvées. Puis, on les ligotait, leur bandait les yeux et les conduisait hors du camp où ils étaient tués à coups de gourdin sur la nuque. Ensuite, nous préparions leur chair pour la manger.

S.I. : Comment vous êtes-vous échappée ?

Christine : Les combats à l’est de la RDC étaient très durs. Nos ennemis, les "Rwandais" de Laurent Nkunda, étaient très aguerris. Ils nous ont causé de nombreuses pertes en vies humaines. Beaucoup de nos éléments ont déserté. Puis, Jean-Pierre Bemba a décidé de nous amener à Kinshasa pour intégrer l'armée régulière (Programme Désarmement, démobilisation, réintégration (DDR), Ndlr). Mais il m’était très difficile d'y vivre avec mon enfant. Un jour, j’ai décidé de fuir. Certaines personnes m’ont aidée à traverser le fleuve Congo et je me suis retrouvée au commissariat du port de Brazzaville où les policiers m’ont confiée au capitaine d’un bateau qui m’a ramenée à Bangui en septembre 2009.

 S.I. : Que retenez-vous de ces années-là ?

 Christine : Je garde un souvenir traumatisant du MLC. Je souhaite que la Justice internationale condamne Jean-Pierre Bemba, car il a fait trop de mal aux civils. Il a détruit ma vie. J’étais au lycée quand on m’a enlevée. Aujourd’hui, je ne peux plus étudier, car j’ai pris de l’âge et je souffre de maux de ventre. Je plaide pour que le gouvernement centrafricain cherche à retrouver les filles qui sont encore dans l’armée congolaise régulière afin qu’elles retrouvent la liberté et la paix.

Source : http://www.syfia.info/printArticles.php5?idArticle=5206

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