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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 12:45


Dadis-et-Toumba.jpg

Tanguy Berthemet Le Figaro 14/12/2009 | Mise à jour : 23:14

La tentative d'assassinat de Moussa Dadis Camara, le chef de la junte au pouvoir à Conakry, a accentué les incertitudes.

Il n'est plus qu'une certitude qui vaille en Guinée : la junte ne fêtera pas tranquillement, le 23 décembre prochain, la première année de son arrivée au pouvoir. Le capitaine Moussa Dadis Camara, porté à la présidence par un coup d'État, a été victime le 3 décembre, d'une tentative de meurtre de la part de son ami et aide camp, le lieutenant Aboubacar «Toumba» Diakité.

Plus qu'une surprise, cet assassinat raté a mis en lumière les extrêmes tensions régnant au sien du pouvoir militaire. «C'est une période très dangereuse qui s'ouvre en Guinée, estime un diplomate occidental. L'armée pourrait exploser et le pays plongerait dans le chaos.» Seul pilier un peu structuré d'un État déliquescent, rongé par l'incurie et la corruption, l'armée a cueilli le pouvoir, à la satisfaction générale, au lendemain de la mort de l'ancien chef de l'État, Lansana Conté. Tant l'opposition démocratique que la communauté internationale voyaient dans ce putsch la seule façon d'éviter une guerre civile et d'assurer une transition douce. Il leur a fallu déchanter.

Tensions entre les clans

Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), le nom officiel de la junte, une coalition civilo-militaire à forte coloration kaki a vite affiché son intention de conserver le pouvoir. Et son chef, l'incontrôlable capitaine Camara, celle de se porter candidat à l'élection présidentielle. Les ambitions affichées ont alors creusé des différends au cœur du CNDD, selon l'âge des uns et des autres et aussi, comme toujours en Guinée, suivant l'origine ethnique. Isolé, Moussa Dadis Camara a peu à peu recentré son pouvoir autour de proches, issue comme lui de Guinée forestière.

Les relations tendues entre les clans ont explosé après la tuerie du 28 septembre. Ce jour-là, une manifestation d'opposants au CNDD est réprimée dans le sang par la garde présidentielle. Le bilan se monte à au moins 150 morts et des dizaines de viols. Le très opaque fonctionnement du CNDD se fait dès lors incompréhensible. Des coups de feu sont entendus dans le camp Alpha Yaya Diallo, siège du pouvoir à Conakry. Des ru­­meurs de coups d'État circulent…

Un «climat de terreur»

La mise hors jeu, au moins temporaire du capitaine Camara, est-elle à même de remettre la Guinée sur le droit chemin ? Rien n'est moins sûr. Le général Sékouba Konaté, ministre de la Défense du CNDD, assume désormais le rôle de président par intérim. Pour cet homme fort du coup d'État, figure respectée de l'armée mais malade, la promotion s'est faite sans heurt. Discret au point de s'être vu accusé de fuir ses responsabilités, le général passe pour être sans ambition personnelle. Ce colosse aussi calme et taiseux que le capitaine Camara est agité et prolixe n'a pas apaisé les divisions au sein du gouvernement. Dans Conakry, la capitale désertée dès la nuit tombée, les descentes violentes des bérets rouges s'enchaînent. Amnesty International a dénoncé un «climat de terreur». Depuis une semaine, le général s'est donc lancé dans une tournée de séduction des garnisons de la capitale avec le même message : appel à la discipline et à protéger les civils.

La manœuvre aurait en partie réussi. Mais l'officier, surnommé le Tigre, suscite bien des méfiances. D'origine malinké, il ne rassure pas tous les proches de Dadis. Du côté des civils, l'image du général Konaté est tout aussi ambiguë. Si tous louent son charisme, ils se méfient de ses amitiés avec certains personnages troubles de la politique guinéenne. Dans l'ombre ces derniers attendent. «La prise de pouvoir de Konaté a dans un premier temps permis d'éviter le pire…», souligne un observateur, laissant sa phrase en suspens. Car l'avenir de la Guinée n'est pas tracé. Pour la junte, la semaine qui s'ouvre est cruciale. La Commission d'enquête internationale sur la tuerie du 28 septembre doit rendre dans les jours prochains au secrétaire général de l'ONU le rapport sur ses investigations. Une mise en cause directe de Dadis Camara ferait naître de vives tensions.

Les militaires vont devoir aussi se pencher sur le sort du «mutin» Toumba Diakité. Le lieutenant, qui a pris la fuite, se trouverait toujours en Guinée. Bien armé, entouré de quelques dizaines de fidèles, souvent d'anciens combattants de la guerre au Liberia, l'homme entend bien encore jouer un rôle dans le paysage guinéen.

 

Guinée  la communauté internationale sur le qui vive

T. B. Le Figaro 14/12/2009 | Mise à jour : 23:04

Après un coup d'État et une tentative d'assassinat contre le chef de la junte militaire au pouvoir, la communauté internationale s'inquiète pour l'avenir de la Guinée.

La Guinée, enfant malade de l'Afrique de l'Ouest, s'enfonce. Un coup d'État en décembre dernier, puis la tentative d'assassinat il y a dix jours contre le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, ont placé le pays au bord de l'abîme.

La médiation de crise, confiée il y a huit mois au président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, s'enlise. Les militaires au pouvoir à Conakry renâclent à faire les concessions réclamées. De son côté, l'opposition démocratique, menée notamment par les anciens premiers ministres Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo, rechigne à donner toute sa confiance à un ex-capitaine putschiste comme Compaoré. Le désaccord se noue autour de la possibilité pour les galonnés de se présenter à d'éventuelles élections présidentielles.

Dimanche, le groupe de con­tact international sur la Guinée,- qui regroupe la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Union Africaine - s'est réuni en urgence à Ouagadougou. Sans l'avouer, les diplomates considèrent que le silence forcé de Dadis pourrait représenter une petite chance de remettre la Guinée sur la voie d'une transition démocratique. Michael Fitzgerald, le sous-secrétaire d'État adjoint américain pour l'Afrique, estime ainsi que le seul objectif de Moussa Dadis Camara était de se maintenir au pouvoir. Et de flatter le nouvel homme fort de Conakry. «Ce n'est pas l'impression que nous donne le général Konaté, même s'il est trop tôt pour pouvoir se faire réellement une opinion sur la question.»

Déclarations bellicistes

L'objectif affiché par la communauté internationale se veut modeste : stabiliser l'armée, minée par des rivalités internes, et organiser au plus vite un scrutin général. Dimanche , le groupe de contact a recommandé à nouveau «la mise en place rapide d'une nouvelle entité de transition» et l'envoi préventif à Conakry «d'une force de protection des civils et d'assistance humanitaire».

Les propositions internationales se sont heurtées à une violente fin de non-recevoir. Le colonel Moussa Keita, fidèle du chef de la junte, a affirmé que tout déploiement de troupes en Guinée serait vu «comme une déclaration de guerre». Face à ces déclarations bellicistes, la communauté internationale agite la menace de sanctions économiques plus dures. Sans certitude d'être entendue. Pékin, grand absent de la médiation et partenaire économique majeur de la Guinée, garde en effet le silence.

Tant en Europe qu'aux États-Unis, on s'inquiète d'un conflit en Guinée qui pourrait déstabiliser les pays frontaliers. La Côte d'Ivoire, mais surtout le Liberia et la Sierra Leone à peine sortis de sanglantes guerres civiles, ne sont pas à même de protéger leurs frontières. D'autres États voisins, comme la Guinée-Bissau, ne résisteraient sans doute pas mieux à un déchaînement de violences à leurs portes.

 

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