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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 23:15

 

 

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Radio Ndéké Luka Jeudi, 14 Avril 2011 16:29

Quelles sont les conséquences des viols en Centrafrique ? La question est posée par la Cour Pénale Internationale. Depuis mardi 11 avril, le médecin chef du service de psychiatrie de l’hôpital de Bangui fait sa déposition, à la demande du procureur, contre Jean-Pierre Bemba. Le Docteur André Tabo, psychiatre, a suivi pendant plusieurs années les victimes de viols commis durant la guerre en Centrafrique, en 2002 et 2003.

Selon l’agence Hirondelle, depuis la guerre, le psychiatre centrafricain a traité 371 victimes de viols. Outre les effets psychologiques, de nombreuses femmes violées sont tombées enceintes, et certaines ont contracté le virus du Sida ou la syphilis.

Par ailleurs, elles sont le plus souvent durement stigmatisées par la population, désignées comme « les femmes des banyamulenges », nom donné aux soldats venus du Congo-Kinshasa voisin. Le Docteur Tabo explique : Le sentiment de culpabilité, de honte  est présent. L’une m’a dit : ‘j’aurais dû ne pas être belle à ce moment-là’.  C’est un sentiment de culpabilité, vis-à-vis d’elle-même et de son conjoint ».

Ceux-ci ont souvent rompu le lien conjugal « parce qu’ils estiment que la personne ne peut plus être leur conjoint. Dans certains cas, les enfants ont été retirés », a déclaré le psychiatre.

Question du substitut du procureur : « quel est l’impact psychologique sur les témoins de ces viols ? »

Réponse du psychiatre : « certains enfants ont eu des difficultés scolaires, par rapport à ce qui se dit ou se fait dans le quartier ou à l’école. Par rapport au conjoint, la difficulté c’est de rester loyal par rapport à l’engagement conjugal et supporter la stigmatisation des autres. Ils ne nomment plus ‘Paul’, comme ‘Paul’, connu du quartier -  mais comme le mari de la femme qui a été violée ».

Le Docteur Tabo a encore ajouté : « ces femmes violées souffrent de dépressions graves, ressentent des pulsions suicidaires, certaines  ont commencé à prendre de l’alcool et des drogues de façon abusive, pour lutter contre les flashbacks, pour ‘s’évader’ de leur traumatisme psychologique. Pour elles, la peur est présente au quotidien. Peur d’aller au marché, parce qu’elles pouvaient, en rencontrant un homme en arme, se souvenir de leur viol. Elles pouvaient aussi avoir peur d’être montrées du doigt. »

Au cours des traitements, le psychiatre a aussi noté que certaines femmes souffrent du « rituel de lavage ». André Tabo estime que plusieurs victimes « ont élaboré un mécanisme pour se laver plusieurs fois par jour, pour se laver de la souillure qu’elles ont connu. Se laver plusieurs fois lui permet de penser qu’elle n’est plus sale ». Ces femmes expriment aussi agressivité et colère, envers leur entourage. « Cette colère est adressée contre leurs agresseurs. Ce sont des inconnus, qui les ont violées, qu’elles ne verront jamais. »

Pour André Tabo, les victimes ne peuvent assouvir un désir de vengeance.

 

 

 

CPI/BEMBA - UN PSYCHIATRE DEPOSE SUR LES CONSEQUENCES DES VIOLS EN CENTRAFRIQUE

La Haye, 13 avril 2011 (FH) - Le médecin chef du service de psychiatrie de l'hôpital de Bangui dépose depuis mardi, à la demande du procureur, contre Jean-Pierre Bemba. André Tabo a suivi pendant plusieurs années les victimes de viols commis durant la guerre en Centrafrique, en 2002 et 2003. Jean-Pierre Bemba est poursuivi pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, notamment pour les viols perpétrés par ses miliciens du Mouvement de libération du Congo (MLC), envoyés en Centrafrique pour soutenir le président d'alors, Ange-Félix Patassé, menacé par une rébellion.

Depuis la guerre, le psychiatre centrafricain a traité 371 victimes de viols. Outre les effets psychologiques, de nombreuses femmes violées sont tombées enceintes, et certaines ont contracté le virus du Sida ou la syphilis.

Par ailleurs, elles sont le plus souvent durement stigmatisées par la population, désignées comme « les femmes des banyamulenges », nom donné aux soldats venus du Congo-Kinshasa voisin. « Le sentiment de culpabilité, de honte » est présent. « L'une m'a dit ‘j'aurais dû ne pas être belle à ce moment là' » a raconté le témoin. « C'est un sentiment de culpabilité, vis-à-vis d'elle-même et de son conjoint ».

Ceux-ci ont souvent rompu le lien conjugal « parce qu'ils estiment que la personne ne peut plus être leur conjoint. Dans certains cas, les enfants ont été retirés », a déclaré le psychiatre. Interrogé par le substitut du procureur, Jean-Jacques Badibanga, sur l'impact psychologique sur les témoins de ces viols, le psychiatre a estimé que « certains enfants ont eu des difficultés scolaires, par rapport à ce qui se dit ou se fait dans le quartier ou à l'école. Par rapport au conjoint, la difficulté c'est de rester loyal par rapport à l'engagement conjugal et supporter la stigmatisation des autres. Ils ne nomment plus ‘Paul', comme ‘Paul', connu du quartier - a donné pour exemple le psychiatre - mais comme le mari de la femme qui a été violée ».

Violées, ces femmes souffrent de dépressions graves, ressentent des pulsions suicidaires, certaines « ont commencé à prendre de l'alcool et des drogues de façon abusive, pour lutter contre les flashbacks, pour ‘s'évader' de leur traumatisme psychologique ». Pour elles, la peur est présente au quotidien. « Peur d'aller au marché, parce qu'elles pouvaient, en rencontrant un homme en arme, se souvenir de leur viol. Elles pouvaient aussi avoir peur d'être montrées du doigt".

Au cours des traitements, le psychiatre a aussi noté que certaines femmes souffrent du « rituel de lavage ». André Tabo estime que plusieurs victimes « ont élaboré un mécanisme pour se laver plusieurs fois par jour, pour se laver de la souillure qu'elles ont connu. Se laver plusieurs fois lui permet de penser qu'elle n'est plus sale ». Ces femmes expriment aussi agressivité et colère, envers leur entourage. « Cette colère est adressée contre leurs agresseurs. Ce sont des inconnus, qui les ont violées, qu'elles ne verront jamais. » Pour André Tabo, les victimes ne peuvent assouvir un désir de vengeance.

Jeudi, les avocats de la défense contre-interrogeront le témoin. Le procès de Jean-Pierre Bemba a commencé le 22 novembre 2010. Le sénateur congolais avait été arrêté en Belgique, le 24 mai 2008 et transféré à la CPI, aux Pays-Bas où il est incarcéré depuis le 3 juillet 2008.

SM/ER/GF  

© Agence Hirondelle

 

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