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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 17:54


bonne-annee

Franck-Saragba.JPG

 «Mbi yéké doroko ala oko na oko », (en sango, langue nationale de Centrafrique) « je vais vous dépecer un par un ». Tel a été en substance le discours que le général-pasteur-frère-président, François Bozizé a  tenu le 31 décembre dernier à la nation et plus particulièrement à l’endroit des leaders  de l’opposition politique. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le colonel Massi, président fondateur du Forum démocratique pour la modernité (FODEM), Président du Bureau Politique de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP) aurait fait les  frais d’une planification macabre en attendant d’autres dépeçages. Cette inopportune exécution sommaire vient désespérément rallonger une liste déjà bien longue de victimes d’exactions commises par le régime en place au moment ou des efforts sont déployés de part et d’autres aussi bien par des acteurs locaux que les institutions internationales pour retrouver une paix durable en Centrafrique.

L’exaltation de la violence comme seul mode d’action politique du général Bozizé ne fait plus aucun doute pour ceux et celles qui s’en doutaient. Ainsi donc, les opposants aux régimes du général sont assimilés désormais aux gibiers destinés  à l’abattoir  par conséquent il faudra les  dépecer « un par un » selon les termes employés pour ne pas dire «les uns  après les autres, une  histoire de simple nuance pour ne pas basculer  d’une production artisanale morbide accompli avec délectation et savoir faire  à une banale production industrielle , certes, quantitativement supérieure mais sans saveur . Après le colonel massi, à qui le tour ? Invraisemblable !, Surréaliste !  Le degré zéro de la politique comme dirait l’autre. Qu’en pensent les autres leaders qui sont en sursis et  en instance d’être dépecer ? Comment doit-on prendre leur mutisme face à cet acte barbare ? Où sont les leaders d’opinions ? Où sont les juristes ? Où sont les intellectuels ? Où sont les organisations des droits de l’homme ? Où sont la FMI et la Banque mondiale qui n’arrêtent pas de donner leur caution morale sans aucune conditionnalité ni considération pour les droits humains ? Où est la cour pénale internationale ?

 Nous devrions tous nous lever  au-delà des convictions partisanes, idéologiques, confessionnelles comme un seul homme pour dénoncer cet acte contre le genre humain, contre la dignité de l’homme Centrafricain  quelque soit le degré de culpabilité de l’accusé. Ce, conformément au mot « dignité » qui est inscrit sur le fronton de notre république , aux principes de la séparation des pouvoirs, aux dispositions contre la peine de mort que les représentants de la nation et les législateurs ont gravé dans la loi fondamentale, en totale adéquation avec la convention de Genève du 12 Août 1949,  aux deux protocoles additionnels du 08 juin 1977  et celui de 2005 relatifs sur le droit des prisonniers de guerre.

Oui, mais le colonel Massi et ses hommes aussi ont tué nos parents nous diriez-vous. La violence brute et brutale en  politique instaurer et banaliser en règle de fonctionnement  par les différents gouvernants qui se sont succédé à la tête de notre pays a fini  par avoir raison de notre humanité. En acceptant cela, n’acceptons-nous pas implicitement  et officiellement que nous-mêmes ne faisions pas partie des hommes ? La partie aveugle, rébarbative et latente de l’animalité qui est en chacun de nous ne doit prendre le dessus à aucun moment et pour aucune raison sur notre condition éclairée et rationnelle d’être humain.

 Tuer pour être tué à son tour, voilà le triste dessein de l’homme politique centrafricain. On s’engage en politique pour ne pas tuer ni pour se faire tuer.  S’il est vrai que nous condamnons fermement la méthode de la lutte politique  par les armes sous toutes ses formes comme semblait l’affectionner le colonel Massi, il n’en demeure pas moins que ce dernier avait été fait prisonnier par conséquent, des dispositions devraient être prises afin de le faire comparaitre devant un tribunal. Sinon nous devenons de facto des anarchistes ni foi ni loi en voulant jouer les justiciers. Les centrafricains ne demandent qu’à comprendre le pourquoi et le comment des choses. En éliminant Massi d’une manière expéditive, ne cherche t’on pas à nous cacher une certaine vérité, des zones d’ombres que seule un procès pourrait  éclaircir ? Si nous respectons l’esprit de la règle édictée, il n’appartient aucunement  au pouvoir exécutif de décider de la vie ou de la mort d’un opposant fut-il membre d’un groupuscule politico militaire. En faisant cela ou en cautionnant cela, nous dérogeons nous mêmes à la règle. C’est une chose d’être abattu sur le champ de bataille et c’en est une autre que d’être arrêter ou de se constituer prisonnier. Tous les problèmes passés et actuels qui ont fini par laminer notre pays découlent en fait des frustrations engendrées par le non respect des règles établies. Ne sommes-nous pas dans un pays de droit ? Cela aurait été différent et nous n’aurions rien à redire s’il avait été abattu en combattant arme à la main sur le champ de bataille. Le général Bozizé et le colonel Massi en tant qu’officiers supérieurs des forces armées centrafricaines le savent. Les règles sont claires et précises. Dès l’instant où l’un des deux protagonistes engagés dans un conflit armé a été fait prisonnier, il devrait être traduit devant la justice selon les procédures pour être juger. Seule la justice devrait parler. Cela aurait été bénéfique sur le plan pédagogique pour la population. Si nous voulons changer les choses en profondeur, d’une manière définitive dans notre pays et éduquer notre peuple, ne vaudrait-il pas mieux commencer par le respect du droit de chacun,  même celui des assassins et autres criminels ? Si demain, Bozizé et les siens venaient à perdre le pouvoir et cela arrivera bien un jour, nous serions également les premiers à demander à ce qu’ils puissent bénéficier lui et ses « exécuteurs » d’aujourd’hui  de leur droit et de comparaitre devant une juridiction pénale. 

Finalement nous autres centrafricains ne sommes-nous pas à tour de rôle les uns après les autres que les malheureux parents des victimes et victimes de ces gouvernants médiocres comme il en existe nulle part ailleurs au monde, de ces leaders de l’opposition démocratique pas du tout à la hauteur , incapables de constituer un front uni pour réclamer la vérité sur la disparition du Colonel Massi, de ces innombrables groupes politico militaire dont le général Bozizé est l’un des pionniers ? Et Massi finalement qu’un humble et énième reproducteur d’un concept de lutte politique par les armes qui a vu arrivé au pouvoir les premiers instigateurs qui sont toujours au pouvoir ? Ces groupes qui ont essaimé un peu partout  sur le territoire national depuis quelques années. Régimes après régime, les victimes d’hier deviennent les bourreaux d’aujourd’hui en attendant de redevenir à nouveau victimes. Pourtant, il suffit d’interrompre ce cycle en respectant le droit de chacun pour ne plus être victime  un jour soi même. En attendant que toute la lumière soit faite rapidement sur la disparition du colonel Massi, il faudrait au général Bozizé se sortir de cet esprit combien grégaire, primaire et néfaste pour la nation toute entière en arrêtons les exécutions sommaires, les arrestations arbitraires afin d’endosser pour une fois son costume d’Homme d’Etat au service de la nation » Une et indivisible ».

 

     Franck SARAGBA

« De l’esprit Fini Kodé »

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