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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 02:23

 

 

Franck Saragba

 

 

 Acculé  par des raisons objectives, rappelé à l’ordre aussi bien  par la communauté nationale qu’internationale puis désavoué ouvertement par ses plus proches collaborateurs sur l’impossibilité d’organiser dans les délais impartis des élections justes, transparentes et crédibles, le général-président est aujourd’hui un homme seul qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Isolé  et dépité, il a fini par reculer pour la première fois depuis son accession au pouvoir.

Indiscutablement la volonté affichée des uns et des autres a finalement eu raison de l’autoritarisme du général Bozizé. Le prétexte d’une légalité constitutionnelle avancé opportunément pour confisquer a posteriori les rênes du pouvoir par celui qui avait à maintes reprises déjà bafoué la même constitution n’a pas pesé lourd face à la mobilisation générale. La stratégie de vouloir recouvrir les flagrantes incompétences d’un régime en matière d’organisation des élections par le biais de la constitution n’a pas fonctionné. En dehors de quelques caciques de son parti le KNK, les Centrafricains ont dit cette fois-ci non au général-président. Un « NON  catégorique» au-delà des clivages politiques voir dans son propre camp pour rejeter unanimement sa tentative de faire une relecture bien singulière et surtout interchangeable de la constitution selon ses humeurs. Il ne fait aucun doute qu’une nouvelle ère vient de s’ouvrir pour notre pays.

La reculade du général Bozizé face aux vives réactions suscitées ici et là est une première depuis son accession au pouvoir. Jamais l’homme du 15 mars 2005 n’a autant cédé de terrain même au plus fort de multiples tensions et autres pressions que son régime et notre pays ont connu. Un geste que certains n’hésitent pas à considérer sur le plan politique comme un échec personnel. Pour la première fois le « héros » du 15 mars 2003  a baissé contre sa volonté les gardes mais a-t-il pour autant rompu les gardes et retrouver la voie de la sagesse ?

En tout cas, tout semble démontrer le contraire au vu du récent projet relatif à la prorogation de son  mandat jugé recevable par le bureau de l’assemblée nationale. Inévitablement cette reculade laissera des traces sur les lourdes armures du général-président qui ne s’attendait pas à un rapport de force aussi net en sa défaveur. Elle est également un message fort à l’endroit de tous ceux et celles qui concourent désormais à l’expression du suffrage universel dans notre pays. Dorénavant  les élus de la république sous couvert de leur mandat ne pourront plus faire ni décréter tout et n’importe quoi.

Par ailleurs, un coup vient d’être porté à la primauté de la constitution dans cette hiérarchie des normes établies et érigées en règle de fonctionnement. Tout cela, par la seule faute de l’incompétence du régime en place. Nous avons vu que dans le cas présent, la constitution de notre pays qui est plutôt une bonne constitution n’a rien à voir avec l’incompétence d’un régime qui n’a pas su depuis  2005, anticiper comme il se doit  pour préparer les échéances électorales de 2010. Il aurait fallu comme cela se fait partout ailleurs dans le monde que le régime anticipât sur les échéances à venir et confiât l’organisation de ces élections aux hommes compétents. Encore qu’il fallût en être conscient.

Une erreur de casting qui politiquement se paye cash aujourd’hui à l’heure du bilan. A travers cette amère expérience, les Centrafricains semblent franchir un cap dans la maturité politique et semblent vouloir rappeler au général ses manquements et autres nombreuses entorses à la constitution par conséquent, il était mal placé pour leur donner des leçons. Nos compatriotes ne tolèrent plus les approximations, les incohérences en un mot l’incompétence de leur gouvernant. N’est-ce pas plutôt très bien ainsi ? A ceux qui prétendent nous gouverner demain d’intégrer cette réalité.

La constitution ne s’applique ni au tiers, ni au deux tiers et moins encore selon le temps et le moment comme le voudrait le général-président mais elle doit s’appliquer complètement et d’une manière permanente pour tous, y compris au premier d’entre-nous, le président de la République.

LE REPORT DES ELECTIONS CONSTITUE UN ACTE SALVATEUR POUR LA NATION ENTIERE ET REPRESENTE UN PREMIER PAS VERS L’APAISEMENT.

Le report des élections générales avions-nous pensé, était la seule décision sage à prendre pour éviter le morcellement de notre pays. S’il constitue un acte salvateur pour la nation entière, elle représente en même temps un premier pas vers l’apaisement.

Un geste fort dont nous aurions inscrit le bénéfice entier au crédit du général-président si et seulement si on ne lui avait pas autant forcé la main jusqu’au dernier moment. Battu dans le bras de fer qui l’opposait avec l’opposition démocratique soutenue par la communauté internationale, il ne pouvait que reporter ces élections. Ce capital de sagesse est plutôt à inscrire au crédit de toute l’opposition démocratique qui pour une fois, a su revendiquer la même chose, à celui des courageux patriotes alliés et collaborateurs du régime qui lui ont déconseillé en vain sa stratégie suicidaire. Enfin, il est à inscrire en partie également aussi au crédit de la communauté internationale, des organisations non gouvernementales  qui ont bien compris la situation exceptionnelle combien explosive que traverse notre pays et le risque encouru si jamais on organisait les élections.

C’est en cela que le report sine die des élections présidentielles et législatives prévues alors pour le 16 mai par le général-président  constitue à n’en pas douter un acte salvateur pour la nation toute entière. Une certitude partagée par la majorité des Centrafricains qui ne voit pas comment on pourrait organiser une élection face aux manquements, aux insuffisances, aux incohérences relevés ici et là.  Un sentiment général  qui rassure et qui augure des lendemains meilleurs pour notre pays.

En définitive l’expérience que nous venons de subir nous démontre que lorsque l’opposition démocratique est unie et déterminée, pose ou porte des revendications d’intérêt général qui sont  claires, la communauté internationale ne peut que les suivre dans leur démarche  pour exercer une pression supplémentaire sur n’importe lequel de nos régimes.   

LE RECENT PROJET DE LOI RELATIF A LA PROROGATION DU MANDAT DU GENERAL-PRESIDENT, UNE VERITABLE TENTATIVE DE COUP D’ETAT CONSTITUTIONNEL. 

L’essentiel de ce projet de loi s’il venait à être adopté sera greffé  à l’article 24 de la constitution. Ce projet de loi dit en substance : 

 « Au cas où l'élection du président de la République intervient après la fin du mandat du président en exercice, ainsi que de celui de l'Assemblée nationale, le Premier ministre, chef du Gouvernement saisit la Cour constitutionnelle aux fins, d'une part, de constater l'expiration du mandat présidentiel et législatif, et d'autre part d'autoriser le président sortant à conserver ses prérogatives afin de faire organiser les nouvelles élections dans les nouveaux délais fixés par la Commission électorale. L'Assemblée nationale reste en fonction ».

Outre le caractère anticonstitutionnel dû notamment au fait que le législateur avait pris en amont la précaution de verrouiller notre constitution pour éviter ce genre de dérapage (article de maitre Zarambaud Assingambi, publié par le citoyen n° 3230 du 19/10/09). Il faut croire que ce projet de loi suscite quelques légitimes interrogations.

1° Notre pays vit une situation exceptionnelle à cause de l’incompétence d’un régime qui n’a pas su en 5 années, mettre en place l’organisation d’une élection libre, juste et crédible. N’est-il pas le seul responsable de cet état de fait ? A la situation exceptionnelle de notre pays, n’aurait t-il pas fallu des mesures exceptionnelles ? Par conséquent ne devrons-nous pas faire abstraction pour l’instant de la constitution qui ne veut plus rien dire à force d’être bafouer au bénéfice d’un texte consensuel et pragmatique ? Pourquoi le général Bozizé ne veut t-il pas élaborer un texte en commun avec l’opposition démocratique ? Un texte qui assurerait et garantirait l’organisation de ces élections.

2° Appartient t-il au régime de faire d’une manière unilatérale un projet de loi sachant que l’assemblée nationale est tenue par le régime ?

3° Dans le cas présent, Au nom de quoi et pourquoi il revient au seul premier ministre qui fait parti du pouvoir exécutif  le droit de saisir la cour constitutionnelle ? La période qui rend le mandat du président de la République illégitime ne concerne t’elle pas le premier ministre ? A-t-il une primauté sur les élus de la république ? La fonction de premier ministre, est-elle en train d’être sacralisée par cette loi ?

4° Le fait de décréter le premier ministre qui ne doit sa légitimité qu’au seul  président sortant comme celui qui doit autoriser ce dernier à conserver ses prérogatives a-t-il un sens ? Sommes-nous en train d’inventer un nouveau concept genre ?  A force de rajouter des additifs à notre constitution, ne vaut-il pas mieux mettre en place une nouvelle constitution ? N’est-ce pas un aveu cinglant pour dire que la constitution est incomplète et inadaptée à la situation actuelle ?

5° la prorogation du mandat du président de la République dont l’idée est acceptée par l’opposition démocratique par souci de préserver l’essentiel est-elle aussi valable pour le premier ministre  et les députés ?

6° La situation exceptionnelle dans laquelle se trouve notre pays ne mérite-t-elle pas en fait, des solutions consensuelles exceptionnelles ? 

Franck SARAGBA

« De l’esprit fini kodé »

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique