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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 16:30

 

 

 

 

Sylviane-Gboulou.JPG

 

 

Le sombre optimisme de Sylviane Gboulou Mbapondo : « Bienvenu en France »

 

Alors que la dernière présidentielle française est encore dans les esprits et que la situation économique du pays n’est guère reluisante, les « immigrés », régulièrement stigmatisés par les saillies racistes du Front national, refusent d’être les victimes expiatoires de plusieurs années d’incurie collective qui a plongé la France dans le marasme. 

 

Et ils l’expriment de différentes façons. C’est l’exemple de la centrafricaine Sylviane Gboulou Mbapondo qui vient de réaliser un court métrage traitant de la situation très peu enviable des immigrés en France. C’est un film à petit budget. Son sujet est classique : la désillusion de certains candidats à l’immigration une fois arrivés en France, les problèmes de papiers, la discrimination raciale, tous les thèmes qui montrent le visage trop obscur de la patrie qui se proclame pourtant celle des droits de l’homme. Loin d’être, comme à l’accoutumée dans les films « africains », qu’une juxtaposition d’images orphelines de vrai scénario et de plans mal ficelés, « Bienvenu en France » est avant tout un regard sans complaisance d’une ressortissante d’Afrique sur le comportement des « siens » dans un lointain pays.

 

Malgré un budget des plus modestes, « Bienvenu en France » a su maximiser l’enthousiasme et l’engagement total de ses acteurs pour être ambitieux. Presque la trentaine, une licence de droit en poche et une carrière dans la police centrafricaine comme chef de section adjoint au poste d’inspection filtrage à l’aéroport international Bangui M’poko, Sylviane Gboulou Mbapondo est retournée à sa première passion à laquelle elle consacre énergies et moyens financiers : l’art.  « Bienvenu en France » qui est sa seconde production cinématographique après la série télévisée Sophia la Banguissoise, sort sur les écrans vers la fin de l’année avec une projection en avant première le 21 décembre à Bangui. Rencontre avec la jeune réalisatrice.        

 

 

Pourquoi ce film et pourquoi maintenant?

 

Je vais vous dire franchement les choses. C’est en effet mon désagréable constat sur les conditions d’existence des Africains en France de manière générale et des Centrafricains en particulier qui est à l’origine de ce projet. Incontestablement, d’autres avant moi ont remarqué que c’est un véritable parcours du combattant que d’être un Africain en France. Ici, nous sommes considérés la plupart du temps, malgré nos efforts, comme des citoyens de seconde zone. Certes cette situation ne date pas d’aujourd’hui et a déjà été dénoncée par des gens plus qualifiés que moi,  mais il n’y a pas eu d’amélioration jusque-là. Ce film est donc ma manière à moi d’apporter une pierre à l’édifice.

 

 

Vous faites bien de le faire remarquer. Le sujet que vous abordez a déjà fait l’objet de plusieurs productions. En quoi  votre film est-il si différent?

 

C’est vrai que le sujet a déjà été abordé. Pour autant, est-ce que le problème est résolu? Honnêtement, non. Je ne crois pas que le silence serait la bonne manière de juguler ces problèmes sociétaux. Tant qu’il n’y aura pas de réelle prise de conscience, il faut continuer la dénonciation. Je regrette que certains aient pu imaginer que lorsqu’un Africain quitte son pays pour la France, c’est  seulement pour les allocations sociales ou parce qu’il serait très malheureux chez lui. Ce qui est proprement faux. La France et ses élites devraient plutôt apprendre à mettre en œuvre les principes universels des droits de l’homme et du citoyen qui sont dans leur patrimoine historique. Il ne suffit pas de le proclamer.

 

Inutile alors de rappeler le message du film...

 

Laissez-moi vous dire que le film délivre trois messages essentiels. D’abord, la France est loin d’être un eldorado. Il existe dans ce pays des problèmes structurels qu’existentiels, notamment le chômage, la pauvreté, le manque de logement décent etc. Les Africains doivent donc comprendre que la solution à leur propre difficulté n’est pas la fuite en avant. La solution n’est pas le départ coûte que coûte. Rester et trouver les voies et moyens de s’en sortir semblent être, de mon point de vue, la solution idéale. Il est inadmissible de voir des cadres de valeurs, des hauts diplômés, se transformer en vigils ou en simple agent de propriété en France.  Ensuite, c’est une dénonciation de toutes les formes de discriminations d’où qu’elles viennent et plus particulièrement à l’égard des Africains. C’est aussi un appel à la prise de conscience. Il appartient aux Africains de se prendre en charge plus de cinquante ans après les indépendances. 

 

Peut-on avoir une idée sur le budget du film?

 

Vous savez, c’est tellement compliqué de réaliser un film, fût-il un court métrage. Psychologiquement et financièrement. Nous avons fait ce film avec le peu de moyens que nous disposions. Je n’ai reçu aucun financement. Mais j’ai surtout bénéficié de la confiance et la compréhension des comédiens qui ont été très indulgents. J’en profite pour les remercier toutes et tous. Je pense particulièrement à Junior CONGO SIENNE, Marie Louise LEVILLAIN , Ida MABAYA, Yasmina OUSMAN , ONCLE SAB, Cisco WEAR, Nina GOFFI, Sandra (Miilchek), GANDOMBI Bosco, Olga EKA KOETIGA,  EKA Théophile , OUMAROU MAGBA, sans oublié tout les techniciens, Christ KAY , Franck et mon mari  qui m’a beaucoup soutenu.

 

Propos recueillis par Adrien Poussou

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