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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 13:28

 

 

Roland-Marchal.jpg

 

Par Sonia Rolley RFI samedi 04 février 2012

« Ce qui est différent, c'est le fait qu'il (Baba Laddé) a été capable d'avoir un discours politique qui ne s'est pas enfermé dans les frontières de la Centrafrique, et dans les revendications localistes. Il a développé un argumentaire sur la marginalisation des pasteurs peuls bororos. »

Les armées centrafricains et tchadiennes ont lancé ces derniers jours, une offensive dans le nord de la Centrafrique contre les positions d'un rebelle tchadien Baba Laddé, implanté en territoire centrafricain...

Baba Laddé qui se dit prêt à se défendre... parle de véritable déclaration de guerre de François Bozizé et a appelé les groupes rebelles centrafricains à se joindre à lui pour faire tomber le régime centrafricain.

Pour en parler, Sonia Rolley reçoit Roland Marchal, chercheur au CNRS.

Il revient de Centrafrique où il a étudié l'impact des groupes armés dans le nord...

 

RFI : Rolland Marchal bonjour, vous êtes chercheur au CNRS, vous revenez de Centrafrique où vous avez étudié la géopolitique des groupes armés dans le Nord. On va reparlez de Baba Laddé, donc c’est un rebelle tchadien qui sévit en Centrafrique, quelle est l’importance de son mouvement, le FPR ?

RM : Evidemment lui il a une trajectoire qui finalement est par certains aspects assez commune. C’est-à-dire qu’il a été en rébellion plus ou moins, ouverte, effective contre le régime d’Idriss Déby, et s’est retrouvé au Darfour avec des groupes d’opposition armée. On lui a demandé puisque, c’est un ancien gendarme de venir aider à former des combattants de l’APRD et ne s’entendant pas très bien avec ce mouvement armé,  il a créé le sien propre. Ce qui est différent de mon point de vue c’est qu’ il a été capable d’avoir un discours politique, il ne sait pas enfermé dans les frontières de la Centrafrique, et également à un discours politique qui ne s’est pas non plus enfermé dans des revendications localistes, Lui il a développé un argumentaire sur la marginalisation des pasteurs  peuhl ou Mbororos et son mouvement s’est construit et s’est développé et s’est financé avec des soutiens financiers qui venaient non seulement des pratiques d’extorsion qu’il a eues sur des marchands de bétail dans la zone qu’il contrôlait ; donc ça rapporte pas mal d’argent mais également des financement de grands marchands de bestiaux peuhls au Nigéria, en Guinée, au Cameroun, au Tchad et sans doute ailleurs. Jusqu’à très récemment et largement provoqué par l’attaque tchadienne et centrafricaine Baba laddé  n’avait jamais eu aucune prétention d’aucune sorte sur le pouvoir à Bangui. Bangui ne l’intéressait pas.

RFI : Justement selon certaines informations Baba Laddé aurait bénéficié de certains appuis au sein du régime de François Bozizé, est-ce que pour vous il y a eu des complicités parce que cela faisait un an que finalement le groupe de Baba Laddé ne faisait que grossir ?

RM : Je crois qu’il faudra se rendre compte et là il y a  l’ambiguïté historique c’est-à-dire qu’à la fois les premiers grands troupeaux qui ont été protégés par Baba Laddé ont été des troupeaux d’officiers supérieurs de l’armée tchadienne donc ce n’est pas le moindre de l’ironie historique de voir que celui qu’on décrit comme un opposant en fait protège les biens d’officiers du régime. Et également Baba Laddé a été peut-être plus subtilement par le régime à Bangui dans la mesure où il s’opposait, il était confronté aux autres mouvements armés qui eux avaient des prétentions  ou ont des prétentions plus politiques sur le pouvoir à Bangui ou sur les réformes que ce pouvoir doit faire. Effectivement il y a plusieurs cas où des combattants de Baba Laddé ont été dans le passé, pas aujourd’hui libérés après avoir été faits prisonniers ou même profité quelque fois des moyens de l’Etat.

RFI : Pourquoi a-t-il été attaqué maintenant ?

RM : Initialement je pense qu’Idriss Déby ne s’est jamais senti très menacé par lui. Ce qui est impressionnant chez Baba Laddé outre cette singularité du répertoire politique c’est le fait que c’est un mouvement qui a grandi extrêmement rapidement et qui, à l’inverse d’autres groupes, a été capable de se structurer et dans cette ambivalence vis à vis de Bangui, a réussi à générer des ressources, à acheter des quantités d’armes impressionnantes aux Soudanais, je parle des Darfouriens et pas de l’état soudanais évidemment, et donc finalement de commencer à avoir un écho qui le rendait dangereux à N’djaména, pas dangereux pour la prise de pouvoir évidemment mais dangereux dans le sens où ce type de mouvement pouvait avoir un écho dans des zones du Tchad qui sont aussi des zones pétrolifères et créer une insécurité qui desservirait  des intérêts économiques du gouvernement tchadien. L’attaque conjuguée des forces tchadiennes et centrafricaines essentiellement pour ce que je sais des forces tchadiennes, aujourd’hui, semble réduire ce mouvement à la portion congrue. Il faut être très prudent sur ce qui est en train de se passer parce que l’expérience montre que face à des forces supérieures, ce type de mouvement peut s’auto-dissoudre ou se cacher dans la brousse et ré-émerger dans deux ou trois mois.

RFI : Et suite à cette offensive Baba Laddé a parlé d’une déclaration de guerre de Bangui contre lui. Il appelle tous les ex-rebelles centrafricains à le rejoindre pour renverser le président Bozizé, est-ce que François  Bozizé a des raisons de s’inquiéter ?

RM : N’importe quel président centrafricain aujourd’hui a des raisons de s’inquiéter mais plus à cause  de la situation économique générale qu’un appel de Baba Laddé  Pourquoi parce que Baba laddé est quand même un peu ovni. Il n’a pas de vraie racine à Bangui et donc l’idée qu’il puisse jouer un rôle sur le basculement du pouvoir, ça ne pourrait être que très militaire. Et de ce point de vue-là il a été quelqu’un qui s’est construit  un peu dans l’opposition à tous les autres groupes armés. Je doute fort aujourd’hui qu’il est menacé, que les autres mouvements puissent vont se précipiter pour l’aider      

RFI : Un mot des interpellations dans les autres ex-mouvements rebelles donc il y a l’ancien ministre de la défense et ex-chef des ex-rebelles de l’APRD, Jean Jacques Demafouth,  il y a aussi des responsables de l’UFDR, pourquoi ont-ils été interpellés et quelles conséquences cela risque d’avoir ou ça a déjà sur le  processus de désarmement et de démobilisation ?

RM : Tous les observateurs ont été surpris à Bangui de ces arrestations d’autant plus qu’au moment où le régime dénonçait une tentative de coup d’Etat, aucune force n’a été mise en alerte à Bangui, ce qui montrait bien que tout ça était, si le gouvernement disait vrai, vraiment à l’état de pré-discussion mais absolument pas à l’état de fait. Quelque chose qui est assez inquiétant dans ce qui se passe, on arrête des dirigeants de l’opposition mais n’ont jamais été inculpés ; on a arrêté un député mais sans lever le moins du monde son immunité parlementaire ; aucune preuve valide n’a été fournie à l’opinion publique centrafricaine et à la communauté internationale pour justifier des arrestations qui de fait, mettent un terme au processus DDR et peut-être à une pacification qui n’avait pas totalement réussi il faut bien le dire mais laissé un espoir à la population centrafricaine.

(Retranscription de la rédaction de C.A.P)  

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