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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 22:30

 

 

Malendoma

 

TEMOIGNAGE DE MAITRE CREPIN MBOLI-GOUMBA, PRESIDENT DU PATRIE

AU DECES DU GENERAL MALENDOMA

 

BANGUI, 27 DECEMBRE 2010

 

 

 

Mon Général,

 

Il m’a été demandé d’avoir une ultime conversation avec vous, un peu comme celles que nous avions, en revenant de nos innombrables réunions, comme si la vue de cette belle corniche à proximité de votre résidence vous incitait à plus de confidences.

 

Et vous jetiez alors un regard désabusé sur la politique, le caractère des hommes.

Pourtant, dès le lendemain, l’espoir reprenait le dessus.

 

Sauf que, mon Général, cette fois-ci, ce sera la dernière conversation, et, en réalité, ce sera un monologue. Je m’en rends bien compte, à vous voir là, allongé, immobile, vous d’ordinaire si plein de vie !

 

Mais que reste-il à dire, quand on a été pendant si longtemps au cœur de l’action, quand on a été à la genèse de l’histoire moderne d’un pays, quand on a habité cette histoire, au point d’y laisser une marque indélébile ?

 

Il reste le devoir de témoignage, celui des vivants, celui de la postérité, ce lien mystique qui n’existe qu’entre ceux qui sont partis, après avoir accompli leur devoir, et ceux qui perpétuent la mémoire.

 

Je voudrais donc aujourd’hui rendre témoignage, pas seulement au nom du CFC, dont vous fûtes le Président, mais au-delà.

 

Votre personnage, car vous fûtes un personnage, au sens noble, celui de l’histoire, votre personnage donc, était trop immense pour que jamais on la réduisit à la simple appartenance au CFC.

 

Vous apparteniez à la nation entière, en tout cas, à ceux, comme moi, pour qui vous fûtes d’abord une curiosité intellectuelle, avant d’être un exemple.

 

Et nous étions étonnés de voir ce Général tonitruant pourfendre les maux qui avilissent la nation, sincère avec lui-même, refusant de se taire, même devenu Premier Ministre.

 

Combien de personnes, dans la même situation que vous, auraient continué ?

Combien de personnes, dans la même situation que vous, auraient gardé cette liberté de ton, face à plus puissant, ne vous préoccupant pas de garder votre poste, mais seulement mû par la volonté de rester fidéle à votre combat ?

 

A des postes moindres, beaucoup sont tombés dans le reniement de soi.

 

A plus de 70 ans, votre passion pour votre pays était restée intacte. Votre gestuelle était inimitable, et vos colères contre la bêtise redoutée. 

 

Voilà pourquoi, mon Général, en pensant à tout ce que vous fûtes, à tout que nous perdons aujourd’hui, j’ai à la bouche un goût de cendre.

 

Je me souviens, avec une émotion accrue du fait de ce vide que vous laissez,

Je me souviens de l’explication que vous donnâtes à votre candidature à l’élection présidentielle  de 1993.

 

Selon vous, la veille, dans la nuit, votre moi fut le théâtre  d’un combat homérique entre les deux Malendoma, le Malendoma physique et le Malendoma spirituel.

 

Le Malendoma physique était farouchement opposé à cette candidature, tandis que le Malendoma spirituel y était passionnément favorable.

Finalement, le Malendoma spirituel a pris le dessus, et vous voilà candidat !

 

Mon Général, je constate une fois de plus, à vous voir allongé là, que le Malendoma physique a encore perdu une bataille.

Ce dont je suis certain, c’est que le Malendoma spirituel  sera toujours vivant, et toujours victorieux.

 

Vous pouvez partir d’un pas tranquille. Symboliquement, on vous ramenera à la terre, car terre nous sommes, terre nous redevenons.

 

Mais comme l’a dit Cocteau, « le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants ».

 

Soyez-en assuré, à travers vos actes, vous vivrez pour toujours dans la conscience collective de ce pays que vous avez aimé avec passion, au point parfois d’y avoir sacrifié votre confort.

 

Ce ne fut pas vain, cela nous sert aujourd’hui de repères.

Pour l’homme d’honneur que vous n’avez jamais cessé d’être, c’était un devoir.

 

Partez en paix, mon Général, avec le juste sentiment du devoir accompli.

 

Adieu.

 

Crépin Mboli Goumba

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