Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 02:18

 

 

 

Symphorien Balemby 

 

            Me Symphorien Balemby

 

 

 

Jean Daniel Dengou [1]

 

       Jean Daniel Dengou

 

 

Un bien triste anniversaire. 9 juin 2010 – 9 juin 2011, voilà un an jour pour jour qu’un mystérieux incendie a détruit en plein centre-ville de Bangui aux environs de 19heures 30 mn, le supermarché RAYAN dont le propriétaire est un libanais du nom d’Ali El Akhrass alias Bassam, membre du comité des sages du parti KNK au pouvoir et grand ami et complice de Bozizé.

 

Dès le lendemain, 10 juin 2010, le président François Bozizé se rend personnellement sur les lieux, verse quelques larmes puis effectue une descente au parquet du Tribunal de Grande Instance de Bangui et ordonne que les auteurs de l’incendie qui ne seraient autres à ses yeux que le bâtonnier de l’Ordre des Avocats centrafricains, Me Symphorien Balemby et l’Administrateur Gérant de la société d’informatique ADMN, Jean Daniel Dengou soient recherchés par les forces de défense et de sécurité, arrêtés et dépecés. Il est à souligner que Jean Daniel Dengou est Vice-Président du Conseil Economique et Social de Centrafrique. 

 

Ces derniers ne sont pourtant que locataires dans l’immeuble Bangui 2000, immeuble dont le libanais Ali El Akhrass affirme être devenu le nouveau propriétaire, vraisemblablement avec la complicité du procureur de la République en service commandé, Firmin Feindiro dans des conditions très contestables car faisant l’objet d’un contentieux encore pendant devant la justice. D’aucuns supputent même qu’en réalité, c’est Bozizé lui-même qui se serait accaparé de l’immeuble Bangui 2000 par Ali El Akhrass alias Bassam interposé sans même avoir sorti un seul sou.

 

C’est le point de départ d’une véritable chasse à l’homme lancée non seulement derrière les deux principaux « wanted » désignés arbitrairement et sans la moindre preuve mais aussi après leurs proches. C’est ainsi que plusieurs personnes dont Mme Balemby, certains de leurs collaborateurs, le frère cadet de Jean Daniel Dengou ainsi que son personnel domestique vont être arrêtés de la manière la plus arbitraire et déportés pour la majorité à la prison spéciale de Bozizé à Bossembélé. Même la femme de ménage enceinte a  été  arrêtée et détenue pendant plus d’une semaine. Cette dernière est finalement décédée à l’accouchement le 13 août 2010, probablement suite aux mauvais traitements subis dans les geôles du Service des Recherches et Investigations (SRI) de la Gendarmerie.

 

Suite au tollé soulevé par cette affaire, les prisonniers sont transférés dans une autre prison mais toujours à Bossembélé. Plusieurs mois après et maintenant un an jour pour jour, en dépit du fait que le parquet se trouve dans l’incapacité totale d’apporter le moindre élément de début de preuve pouvant étayer la détention de ces personnes, elles continuent de croupir en geôle dans la prison de Bossembélé.

 

Entre temps, Jean Daniel Dengou, son épouse et leur fils ont réussi à quitter le pays et se trouvent depuis en France où la protection juridique et administrative vient de leur être accordée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), une façon de reconnaître qu’il est persécuté arbitrairement dans son propre pays. Me Balemby quant à lui, est certes aussi hors du territoire centrafricain mais toujours en cavale et à la recherche d’un pays susceptible de l’accueillir et lui accorder aussi asile.

 

Bozizé et son actuel ministre de la justice, procureur de la République au moment des faits, le demi-dieu Firmin Feindiro demeurent imperturbables malgré toute la mobilisation aussi bien nationale qu’internationale qui a eu lieu dans cette affaire. Les avocats du barreau de Centrafrique ont fait grève, organisé des sit-in, envoyé des courriers à Bozizé, rien n’y a fait. L’Ordre des avocats de France aussi n’est pas demeuré en reste qui par le biais du bâtonnier  Me Stasi, a saisi aussi Bozizé par écrit au sujet de Me Balemby. Bozizé est resté de marbre et autiste jusqu’aujourd’hui. C’est donc par épuisement qu’il compte venir à bout des partisans de la démocratie et du droit.

 

Aux dernières nouvelles, l'agent de RAYAN qui était encore en détention à Bossembélé a été ramené à Bangui il y a quelques jours. Il souffrirait d'une hernie et devrait subir une intervention chirurgicale à l'hôpital militaire du camp de Roux. Depuis son transfert, les autres détenus, en réalité des otages qui végètent à Bossembélé, n'ont plus droit à la pitance quotidienne. Tout porte à croire que c'était le libanais qui donnait la subvention pour l'entretien de son agent qui devait sans doute en savoir beaucoup sur l’affaire de l’incendie, au même titre que les gendarmes du peloton qui assurait la garde, la nuit de l'incendie du magasin.

 

Cette scandaleuse affaire met en évidence les conceptions médiévales et éculées de Bozizé qui ne comprend rien au principe de la séparation des pouvoirs. Il est coutumier d’ingérence grossière dans les affaires judiciaires. On se souviendra de l’affaire Mamadou Raikina et co-accusés qui, bien que relaxés par la cour criminelle, avaient néanmoins sur ordre de Bozizé, été repris, déportés et mis brièvement en geôle à la tristement célèbre prison de Bossembélé. Il a fallu la réaction énergique des avocats et de certains magistrats pour qu’il revienne à la raison. Faut-il aussi rappeler qu’il est actuellement président de la République et député du 4ème arrondissement de Bangui tout à la fois ? Du jamais vu dans le monde.

 

Comme tous les 15 mars depuis 2003, date anniversaire du coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir et que Bozizé aime célébrer chaque année – il a fait coïncider celui de 2011 avec la cérémonie de son investiture post hold-up électoral de janvier dernier - les 9 et 10 juin deviennent aussi par la force des choses, deux dates d’un triste anniversaire qui consacrent également avec l’affaire de l’incendie de RAYAN et les dérives qui en ont suivi, la nature autocratique et tyrannique de son pouvoir déclinant.

 

Rédaction C.A.P

 

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Droits de l'Homme et Liberté de Presse