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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 23:32

 

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INTERVIEW DE MARTIN ZIGUELE, PRESIDENT DU MLPC

    

 

Le Confident : M. Martin ZIGUELE, vous revenez à Bangui après plus d’un mois de séjour en France puis quelques jours au Maroc. Quel est l’objet de votre mission en France puis au Maroc ?

 

Je vous remercie de m’offrir l’occasion de m’exprimer sur un certain nombre de préoccupations communes à commencer par les raisons et le but de mon dernier séjour en France car chaque fois que je me rends dans ce pays, cela donne souvent lieu à des interprétations mensongères et des spéculations fantaisistes et malveillantes. Donc je saisis cette opportunité pour lever toute ambiguïté et rendre compte brièvement et clairement, même si personne ne m’y oblige, de ce à quoi je me suis occupé lors de mon récent séjour en France.

Oui, en effet j’étais en France depuis mi-septembre pour répondre à plusieurs invitations de diverses natures. D’abord sur le plan politique, la Fédération MLPC d’Europe, d’Amérique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Océanie  (EAMMO) que dirige avec beaucoup d’enthousiasme et d’engagement le camarade Jean Didier KABRAL et son bureau fédéral, m’ont demandé de présider leur Assemblée générale à Toulouse le 23 novembre. Toutes les sous-fédérations y étaient présentes et nous avons même organisé une grande rencontre ouverte à tous les compatriotes.

Ensuite, à l’invitation de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) j’ai participé au sommet économique sur l’Afrique qu’ils organisent annuellement avec la Banque africaine de Développement et le Ministère français de l’Economie et des Finances. J’ai particulièrement apprécié la très haute qualité de ces assises au cours desquelles j’ai beaucoup appris sur les défis actuels des    économies africaines, et surtout sur les meilleures pratiques et autres réflexions en cours dans cette longue et difficile lutte pour le développement de l’Afrique. Les panélistes étaient aussi bien des membres de gouvernement en exercice, comme l’excellent Ministre d’Etat à l’Economie et aux Finances du Sénégal, Monsieur Abdoulaye DIOP que des grands économistes et praticiens comme le sud-africain  M’Cube, qui est Vice-Président et Chef Economiste de la Banque Africaine de Développement. Nous avons également eu une brillante de Monsieur Fernandèz, Directeur Général du Trésor français sur la crise financière européenne et les stratégies de lutte développées par les autorités françaises.

Enfin, le troisième volet de mon séjour était consacré à des contacts et démarches professionnels car comme vous le savez peut-être, je gère à distance, compte tenu de mes engagements politiques ici au pays, mon cabinet de conseil situé dans la région     parisienne.

 

 

 Le MLPC est membre de l’Internationale Socialiste. Comment avez-vous apprécié les résultats de la primaire organisée par le parti socialiste français pour retenir François Hollande comme candidat à la présidentielles de 2012 ?

         

Oui, le MLPC est membre de l’Internationale Socialiste aux côtés du Parti Socialiste français qui est notre parti frère, et qui nous avait d’ailleurs parrainés en 2007 pour adhérer  à l’Internationale Socialiste car le processus d’adhésion est un vrai parcours de combattant.  A ce tire, j’ai effectivement suivi comme tous les cadres du MLPC, l’organisation des primaires socialistes qui a été un grand succès démocratique. Cela n’était pas gagné d’avance car beaucoup de Cassandre prédisaient une implosion du Parti socialiste français du fait d’un imaginaire « choc des égos ». Bien au contraire la richesse et le niveau des débats des candidats à la candidature ont démontré que le PS était sur le bon chemin, à tel point que l’opinion s’est grandement réjouit de cette  innovation politique. La preuve de ce succès est que des courants politiques opposés           au PS n’hésitent pas à réclamer des primaires pour leur propre camp mais en 2017.

Mes amis du PS ont également fait l’honneur au MLPC de m’inviter à la cérémonie d’investiture de François Hollande. Je m’y suis rendu avec notre Président fédéral Europe Jean Didier KABRAL et son deuxième vice-Président André Blaise BELEGOE. Ce fut un moment unique de communion de toute la gauche.

D’ailleurs les compatriotes peuvent vivre cette cérémonie et le discours     historique de François Hollande sur la télévision du MLPC, sur notre site www.lemlpc.net

    
L’Europe traverse une crise économique et financière aiguë actuellement. Pouvez-vous expliquer les raisons de cette crise qui secoue ce continent et ses conséquences sur les pays d’Afrique en général et ceux appartenant à la zone du franc CFA en particulier ?

 

La crise financière européenne est la crise de la dette souveraine, c’est-à-dire celle qui     est contractée par l’Etat. Beaucoup d’Etats européens ont emprunté massivement auprès des marchés, constitués des investisseurs institutionnels et des épargnants. La  principale garantie de remboursement de cette dette, comme partout ailleurs, est la croissance de l’économie et le respect d’une discipline budgétaire stricte. Cela veut dire que la politique économique et financière de tout gouvernement influe sur l’appréciation de sa capacité de remboursement par des analystes professionnels que sont les agences de notation ou de « rating ». Naturellement lorsqu’un Etat est surendetté et que sa capacité de rembourser à terme, eu égard à sa politique         économique, est aléatoire, les agences de notation dégradent la note de ce Etat ou émettent des réserves sur sa santé financière. Cela déclenche donc des mouvements de méfiance  des marchés qui cherchent à se débarrasser de la dette de ce pays. De même, cet Etat « indexé » a du mal à emprunter à bon marché, car les taux d’intérêt qui lui sont imposés par les marchés augmentent à des niveaux insoutenables à terme.

Devant une telle situation, les interventions de la banque centrale et des Etats partenaires est une urgente nécessité pour renflouer les caisses vides de ce Etat et pour rassurer les marchés. Les conséquences politiques et sociales sont celles que nous voyons en Grèce et en Italie : les grèves dures, la mise en place de gouvernements technocratiques non élus, etc. pour juguler la crise.

Les conséquences pour l’Afrique de cette crise qui a en réalité commencé depuis 2008 seront d’abord la diminution de l’aide publique au développement. Comme l’a dit le défunt MACKPAYEN en 1979, « quand vous êtes assis au bord du feu avec votre fils      entre les bras et que des étincelles jaillissent sur vous, vous éteignez d’abord le feu sur vous avant d’éteindre celui de votre bébé ».

Par conséquent, charité bien ordonnée commençant par soi-même, les pays occidentaux consacreront des ressources qu’ils auront de plus en plus du mal à mobiliser, à cause de la récession économique qui pointe à leurs horizons, pour résoudre leurs propres problèmes. L’aide au développement en pâtira certainement ; Les  pays africains qui en souffriront le plus sont ceux qui ont un taux de pression fiscale historiquement et structurellement faible comme notre pays la RCA.  Dans le cas de notre pays il s’y ajoute une gestion scabreuse et éminemment scandaleuse de braderie des maigres ressources de l’Etat. J’y reviendrai plus loin.

S’agissant des conséquences de cette crise sur notre monnaie commune le franc CFA, je pense que nos réserves de change ne justifient pas les rumeurs en cours sur une  éventuelle évaluation du FCFA. Bien au contraire, si les lois économiques sont respectées, le CFA devrait plutôt être réévaluée mais cela n’est pas forcément la panacée pour nos économies.

 

     La dernière mission du FMI a relevé la faiblesse du niveau des recettes de l’Etat, la gestion scabreuse de celles-ci et revue en hausse le prix du carburant. Comment peut-on efficacement renflouer les caisses de l’Etat ?

 

Lorsque vous lisez les  conclusions des Comités de convergence de la CEMAC, vous constaterez que notre pays est depuis longtemps au dernier rang pour le taux de    pression fiscale par rapport à la richesse nationale. La RCA a un taux de pression fiscale de mois de 10% par an contre 17 à 18% pour les autres pays de la CEMAC hors pétrole. Le problème étant structurel, les réponses sont également structurelles     mais elles doivent être apportées par un gouvernement mû par une réelle VOLONTE POLITIQUE de s’attaquer sans complaisance et sans esprit de prédation à la question budgétaire et fiscale de notre pays.

 Depuis des années, des hauts fonctionnaires centrafricains qui ont à la fois la formation et ’expérience, et donc la compétence nécessaire, produisent des rapports sur rapports sur ce qui doit être fait pour « sauver «  les finances publiques centrafricaines. Ils sont vivants et végètent soit aux Impôts, au Trésor, à la Douane, au Contrôle Financier, à l’Inspection Générale des Finances et à la Cour des Comptes, etc. Certains ont été mis à la retraite. C’est très souvent sur la base de leurs rapports que personne ne prend en compte ici, que les institutions financières internationales « rebondissent » pour proposer des solutions à la crise structurelle des Finances publiques en RCA.

La première chose à faire est d’abord de respecter, d’écouter  et de prendre en considérations les rapports divers et variés de ces cadres pour agir efficacement. Il faut des boulangers pour faire du pain donc il faut des professionnels des finances publics   pour faire les bons diagnostics et pour porter la bonne thérapeutique.

Ensuite, il faut appliquer les recommandations des diverses missions des partenaires au développement que sont le FMI, la BM, l’AFD, la BAD et j’en passe.

Enfin, il faut trouver une solution radicale à la gestion des liquidités du Trésor Public,     des Comptes d’Affectation Spéciale (CAS)  et des sociétés d’Etat et d’économie mixte. Si une solution de type de la création d’une Caisse de dépôts et de Consignation   n’est pas mise en œuvre pour gérer de manière rationnelle ces liquidités, nous continuerons d’assister à ce festival, que dis-je, ce jeu-concours de prédation des ressources publiques.

On peut multiplier par dix le prix du carburant, augmenter la TVA et les autres impôts et taxes, mais si des personnes qui n’ont pas qualité se permettent de venir aux caisses du Trésor Public et des sociétés  à participation publique, se faire servir des dizaines voire des centaines de millions de francs CFA comme dans une loterie, nous ne sortirons pas de notre situation de marasme.

On nous dit aujourd’hui que les caisses de l’Etat sont vides alors que hier seulement on nous annonçait l’arrivée imminente de  400 milliards après la Table Ronde de          Bruxelles et grâce à l’atteinte par notre pays du point d’achèvement de l’Initiative en         faveur des Pays Pauvres Très Endettés. J’écoute  d’ailleurs les silences très bruyants de l’Assemblée dite Nationale et de la       Cour des Comptes devant une telle   saignée de nos finances publiques.

Rappelons pour l’histoire,  que depuis l’indépendance de notre pays, le régime de François BOZIZE est celui qui a le plus bénéficié d’appuis financiers extérieurs, mais aujourd’hui l’Etat est en banqueroute de fait. Je vous laisse chercher l’erreur.  

      

     La Société AREVA a décidé de réduire ses activités en République Centrafricaine parce que le cours de ce minerai radioactif a plongé sur le marché mondial. Or toutes les prévisions économiques du pays ont pris en compte l’exploitation de l’uranium de Bakouma. Le délabrement de l’économie centrafricaine s’accentue également avec la fermeture des bureaux d’achat de diamant et les derniers conflits intercommunautaires entre la CPJP (Rounga) et l’UFDR (Goula) ainsi que la grève des cadres et agents des impôts qui n’ont pas perçu leurs quotes-parts depuis trois ans. En votre qualité d’ancien 1er Ministre et de leader d’un parti politique voulant conquérir et gérer le pouvoir, comment peut-on relever l’économie centrafricaine ?

 

Le MLPC et moi-même avons été l’un des rares partis qui dans le cadre des élections de janvier 2011 avons publié notre programme politique complet sous la forme d’un livre publié aux Editions Béafrica Sango. Nous y avons patiemment et longuement expliqué ce que le MLPC ferait dans chaque secteur en cas de victoire électorale. On oublie souvent que le MLPC est un parti qui regorge de cadres supérieurs dans tous les domaines, je dis bien tous les domaines et  qui contribuent tous les jours à la réflexion stratégique du Parti dans tous les domaines. Dernièrement, à la faveur des malheureuses tueries de Bria, le Bureau politique du MLPC a publié une déclaration non seulement pour prendre position au sujet de ce drame national mais faire également des propositions sur ce que le MLPC compte mettre en place comme politique en matière de défense pour restaurer la sécurité dans notre pays. Il y a seulement quelques jours, une autre déclaration du Bureau politique du MLPC vient encore, à la faveur du constat de vacuité des caisses du Trésor national à la suite du pillage et des incessantes et ponctions désordonnées du pouvoir en place, tout en dénonçant la mauvaise gouvernance actuelle, a également fait plusieurs propositions que le parti compte mettre en œuvre s’il parvient à prendre les commandes du pays afin d’assainir réellement les finances publiques actuellement sinistrées, c’est le moins qu’on puisse dire. Tout cela, mon parti le fait afin de répondre à certaines critiques selon lesquelles l’opposition ne ferait que critiquer le régime en place et ne proposerait rien.

Le problème AREVA est un cas d’école de mauvaise gestion politique, juridique, économique et financière de notre pays et de ces secteurs vitaux. Le mal était dans le fruit depuis l’origine car le « dossier AREVA » était devenu l’affaire de deux ou trois individus, en dehors de toutes les autres institutions de l’Etat. On ne négocie pas au coin d’une table un projet de ce type. On associe toutes les compétences techniques et juridiques pointues et on légitime sa démarche en impliquant l’ensemble - je dis bien l’ensemble - du gouvernement et de la représentation nationale. Ce ne fut pas le cas, hélas.. !.

Je me demande si certains ont un peu de scrupule dans ce pays : pour faire simple, comment peut-on reprocher à Patassé d’avoir signé et concédé à Jack Grynberg un permis pétrolier dans une procédure exorbitant de l’éthique, et signer sans broncher l’octroi d’une concession d’uranium à une société parfaitement inconnue dans le secteur ? Ce qui devait arriver arriva. La société junior a revendu son permis valorisé à un major pour un prix représentant plus de dix années du budget centrafricain en recettes, à l’insu du même gouvernement centrafricain pourtant actionnaire de la société junior. C’est à ce moment qu’on fera appel au peuple pour lui demande de protester, on ne sait contre qui et pourquoi je me demande jusqu’à présent.

Puis ensuite on nous dira que tout est réglé avec la société major, et que les Centrafricains verront bien leur uranium exploité en 2010, puis 2011 et maintenant à la Saint Glinglin.

Je suis surpris de constater que ceux qui gèrent ce dossier côté centrafricain, continuent à faire croire à notre peuple qu’ils ont des marges importantes de manœuvre dans cette affaire. Arrêtons de jouer au Matamore et de revenir au principe de réalité : AREVA est une société industrielle et commerciale et pas n’importe laquelle, puisque de par son statut et  du fait du secteur dans lequel elle opère, participe de la politique énergétique de son pays, et de ce fait la solution de ce différend naissant est politique et ne pourra se résoudre que par des négociations politiques bilatérales. C’est ce que le Niger a fait pour que le projet Imouraren aboutisse et démarre.

Le reste est à l’avenant : la gestion de la filière du diamant, la gestion de l’agriculture et de l’élevage, des forêts et du bois, qui doivent être la base de notre développement, la gestion des finances publiques, tout se tient et se résume à trois mots : Volonté politique, état des lieux sans complaisance et réformes.

 

     Les sociétés d’Etat telles que la SOCATEL, l’ENERCA et la SODECA battent de l’aile à cause de leur gestion peu orthodoxe et des dettes dues par l’Etat à celles-ci. Comment peut-on sauver ces sociétés qui appartiennent à des secteurs stratégiques ?

 

Il vous souviendra qu’à l’issue du Dialogue Politique Inclusif, les délégués - y compris ceux qui ont représenté les pouvoirs publics et le parti au pouvoir - ont voté à l’unanimité une recommandation forte demandant l’audit des sociétés à participation publique, du secteur des mines, des télécommunications, des hydrocarbures, des finances publiques, etc. Où en est-on aujourd’hui ? Le gouvernement a tout simplement mis sous le boisseau cette recommandation forte, et nous assistons à un véritable naufrage de ces sociétés d’Etat. A qui la faute ? Est-ce celle de l’opposition ?

Seuls ces audits permettront de recenser les problèmes transversaux et ceux propres à chaque entreprise, et naturellement la solution finale relève de la volonté politique de conduire des réformes structurelles drastiques ou de se murer dans l’attentisme et laisser s’empirer les choses..

Le MLPC est un parti social-démocrate, donc un parti de réformes. Nous avons fait le choix clair d’une démarche rationnelle : audit préalable de chaque entreprise de chaque secteur, recensement des problèmes transversaux et individuels, réformes drastiques visant à  réhabiliter ces sociétés pendant une période limitée, puis ouverture et libéralisation de ces secteurs qui ont besoin de très importants investissements à leur capital,  en provenance du privé national et non-national avec des partenaires techniques de référence pour fournir l’eau, l’électricité et le téléphone de manière satisfaisante,  . Le statu quo actuel est intenable et le gouvernement a malheureusement opté pour la politique du « laissez-pourrir » : l’outil de travail de ces sociétés est obsolète, les fonds propres sont négatifs depuis des années, les fonds de roulement inexistants, l’endettement abyssal et le personnel démotivé par les trafics d’influence de toutes sortes, le clientélisme, le népotisme, le régionalisme, etc.

 

     La caravane de la réconciliation du nord-est (Bamingui-Bangoran, Vakaga et Haute Kotto) a été lancée le lundi 14 Novembre par le Médiateur Pomodimo, le Ministre Délégué à la Défense  Jean Francis BOZIZE, le Ministre Délégué chargé du Désarmement  le Général Xavier Sylvestre YANGONGO et les représentants de la Communauté Internationale. Pensez-vous que cette caravane de réconciliation  restaurera durablement la paix et la sécurité dans le nord-est de la République Centrafricaine ?

 

C’est mon vœu le plus cher, le retour à la paix entre nos frères des différentes communautés du Nord-Est et dans l’ensemble du pays. Comment ne pas souhaiter que la paix et la sécurité reviennent définitivement dans notre pays après une telle tragédie ?  Il faut tout faire pour éviter à notre pays des conflits interethniques d’autant plus que nous sommes déjà le condensé de tous les maux d’un Etat défaillant.

Je me souviens des déclarations du gouvernement en avril 2011 qui déclarait urbi et orbi  que le processus de désarmement allait s’achever en trois mois, et que le gouvernement le menait avec ses propres moyens compte tenu des supposés atermoiements de la communauté internationale. Après des débuts hyper médiatisés, nous voyons bien aujourd’hui qu’une fois de plus, que ce DDR n’était que du spectacle et de la poudre aux yeux…Il fallait prendre de vitesse la communauté internationale  et déclencher « ex abrupto » cette opération DDR solitaire pour masquer la dilapidation à d’autres fins inavouables des 8 milliards octroyés par nos frères de  la CEMAC.   

A vrai dire, cela ne me surprend guère, car quand on se souvient des mille et une versions de la domiciliation de ces fonds puis de son usage, il n’est pas surprenant d’apprendre du Président de la république lui-même qu’ils sont épuisés. J’espère qu’ils auront au moins la décence de produire des justificatifs et de rendre compte au moins aux donateurs.

 

     Malgré l’implication de la MICOPAX, des Forces ougandaises dans la pacification du Centrafrique, l’insécurité persiste et se généralise sur toute l’étendue du territoire. Récemment, le gouvernement américain s’est engagé à appuyer militairement les FACA pour contraindre à la reddition Joseph Koni et ses rebelles de la LRA. Comment appréciez-vous cette éternelle dépendance de la RCA des pays amis   pour   la sécurisation du territoire national ?

 

Votre question est très pertinente et je vous en remercie. Comment peut-on être   indifférent à la situation sécuritaire de notre pays ?  Quelle fierté pouvons-nous avoir    quand devant la moindre menace le salut doit nous venir de l’extérieur ? Comme le disait Ahmadou Toumani TOURE « si tu n’as pas de chien, tu auras chez toi le chien de ton voisin »

Cette dépendance est à mon avis très simple à expliquer. Elle remonte à la fermeture de l’Ecole Spéciale de Formation des Officiers d’Active (ESFOA) de Bouar, l’une des premières et des plus réputées en Afrique centrale par Bokassa. Cette fermeture de l’école nationale des officiers a privé notre jeune armée pendant de très longues années de l’encadrement nécessaire à son développement. C’est de là qu’est né ce déficit de commandement et de planification de la montée en puissance de notre armée dans le temps et dans  l’espace que nous déplorons aujourd’hui, sans compter que plusieurs cadres valeureux de cette armée naissante ont également fait l’objet de sanglantes et incessantes purges de la part de l’ex empereur.

Vous le voyez, les défis à  relever sont énormes car une armée est un véritable corps de métier qui comprend aussi bien des administrateurs, des gestionnaires de ressources, des ingénieurs, des  médecins, etc. en somme plusieurs spécialités qui doivent être réunies et gérées de manière rationnelle. Nous devons réaliser ces investissements pour professionnaliser notre armée et renforcer ses capacités. C’est à ce prix que nous aurons une armée à même de nous épargner de ce que vous appelez la tutelle étrangère.

 A titre personnel, je suis fils de gendarme et j’ai passé les premières années de mon enfance dans les casernes au gré des affectations de mon père. Ensuite j’ai fait mon service militaire obligatoire dans les FACA en 1979. Je parle donc d’un univers qui m’est familier et qu’on ne peut soupçonner de défaitisme.

 

     Le taux de chômage des jeunes a augmenté durant ces dernières années. Les recrutements effectués récemment à la gendarmerie et dans l’armée ont soulevé la colère de la majorité des candidats qui ont déclaré qu’ils étaient ethniques et partisans. Avez-vous des recettes pour remédier à l’épineuse question de chômage en Centrafrique ?

 

Tous les économistes vous le diront, le vrai remède contre le chômage est la croissance de l’économie. Le taux de croissance économique doit être largement supérieur à celui de la croissance de la population pour pouvoir créer des richesses et l’emploi. Sommes-nous sur le chemin ? Je crois que non !

 Les recettes sont connues : créer les conditions d’une croissance économique durable en améliorant le climat des affaires, en relançant les filières agricoles et d’élevage, en développant les infrastructures et en gérant différemment les finances publiques. Il faut impérativement lever toutes ces barrières et entraves à la circulation à l’intérieur de notre pays – et des multiples tracasseries qui vont avec - et qui constituent de véritables goulots d’étranglement pour la libre circulation des personnes, des biens et des services.

 

     A quelle étape de la lutte politique se trouve le Front pour l’Annulation et la Reprise des élections de 2011 (FARE 2011) par rapport à ses exigences ?

 

Plus que jamais, le FARE 2011 exige l’annulation et la reprise des résultats de cette mascarade car par voie de conséquence, les institutions qui en sont issues sont illégitimes et illégales. Notre position de principe à ce sujet est intangible.

 

     Malgré les difficultés que rencontre la République Centrafricaine présentement, peut-on espérer un lendemain meilleur ?

 

Bien sûr que notre pays peut, et je dirais même doit espérer à des lendemains meilleurs. Un pays ne se développe pas par hasard : nous avons des atouts incontestables sur tous les plans, et même nos handicaps comme l’enclavement peuvent être transformés en opportunités. Il nous faut juste un leadership crédible pour déclencher le cercle vertueux.

 

 

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