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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 02:23

 

 

 

Yangouvonda-Bozize-F.jpg

 

 

« Nous ne voulons plus que la Centrafrique replonge dans les ténèbres ! ».« Nous voulons tous qu’une paix durable s’installe dans notre pays enfin ». Ces souhaits, naïfs, viennent pourtant du fond du cœur de tous les Centrafricains, des membres de la communauté internationale et des amis de la Centrafrique, après les Accords de Libreville en ce mois de février 2013. La Centrafrique demeure l’un des rares pays au monde, à l’instar de l’Irak et de la  Somalie, où la paix et la stabilité restent un objectif plus qu’un acquis.


 Ces accords signés le 11 janvier dernier au Gabon, ont deux particularités qui donnent une parcelle de pouvoir aux adversaires de Bozizé d’une part et limitent ses ambitions de briguer un nouveau mandat en 2016 d’autre part. Sous les feux des projecteurs à Libreville, tous les belligérants avaient crié haut et solennellement de « tout  oublier » et de se réconcilier dans l’intérêt supérieur de la nation ; Il vaut mieux un bon compromis qu’un mauvais divorce » a-t-on coutume dire mais dans la réalité, personne n’est dupe.


Au-delà du lénifiant  « ni perdant ni gagnant » voulu par les Chefs d’Etat de la CEEAC, traduit dans les textes de cessez le feu et de sortie de crise, qui de Bozizé, de l’opposition démocratique ou de Séléka, est sorti grand vainqueur. Car à l’issue de toute négociation, une partie est toujours plus avantagée que l’autre.  Wait and see !


Sans doute, le but principal recherché par les Chefs d’Etat de la CEEAC était-il de se protéger des dommages collatéraux du conflit centrafricain. Il fallait  éteindre rapidement ce feu avant qu’il ne puisse se propager à l’extérieur des frontières géographiques de la RCA ; avant que les flux de refugiés ainsi que le fardeau qui va avec, ne se déverse dans les pays voisins (si on en croit les sources onusiennes, près de 25 000 réfugiés centrafricains seraient déjà installés en RDC). Autre conséquence plus redoutée : la déstabilisation des régimes de la sous-région à partir de la Centrafrique. Cette logique des Chefs d’Etat peut expliquer pourquoi les causes profondes de cette ultime crise politico-militaire que sont la prédation, la mal gouvernance, l’exclusion politique, l’insécurité sur l’ensemble du territoire, le bradage des ressources naturelles, le détournement des deniers publics, le drame humanitaire et surtout le départ de Bozizé, honni de tous, ont quasiment été toutes éludées à Libreville. Le  plus surprenant est que les Chefs d’Etat  aient d’abord pensé à sauver la tête du « soldat » Bozizé, le « mal élu ».


Les Chefs d’Etat ont donné sans doute à Bozizé une opportunité en or pour se retirer du pouvoir en beauté. Mais celui-ci ne semble pas saisir cette chance qui ne pourrait plus se répéter. Cependant pour le bloc de l’opposition centrafricaine, il y a du pain sur la planche et le combat doit se poursuivre sous d’autres formes. C’est pourquoi on ne s’étonne plus si la Séléka maintient ses positions sur les 80% du territoire national. Grâce à leur tour de force, les chefs d’état de l’Afrique centrale, ont confirmé ainsi les accusations portées généralement contre eux de n’être ni plus ni moins qu’un syndicat de présidents. Ils ont atteint leur objectif de contenir la crise à l’intérieur des frontières de la Centrafrique pour se sentir en paix chez eux.

  

Certaines personnes se souviendront certainement encore de ce qu’a dit Bozizé à Mbaiki lors de la commémoration d’un des anniversaires de son putsch du 15 mars 2003 : « J’ai pris le pouvoir par la force donc quiconque veut le pouvoir sait ce qu’il doit faire ». En termes clairs, je suis là pour longtemps, les accords de Libreville ne me concernent pas. Un orgueil mal placé qu’il ravalera un jour, des plus coriaces avant lui ont mordu la poussière.  Bozizé pense à son «  pouvoir »  nuit et jour, et pas qu’en se rasant. Toutes ses forces, toute son intelligence, ses rêves sont tendus vers le palais de la renaissance. Le prix personnel qu’il a payé a été lourd : pour ses enfants, il ne les a jamais élevé lui-même, pour sa vie en couple : il ne s’est jamais marié. Son obsession du pouvoir remonte à l’époque où il était encore aide de camp de Bokassa. Porteur de la mallette de Bokassa, il était subjugué par cet homme puissant qui a fasciné et effrayé tout un peuple. C’est Bokassa qui l’a gratifié du grade de général à 32 ans. Bozizé a été un « bébé Bok ». Aujourd’hui, il est entouré par quelques-uns des hommes qui ont travaillé avec son maître, notamment,  le commandant Maméléyen,  le général Michel Bémakassoui, le commissaire de police Jean Wilibyro-Sako avec qui il a travaillé à la cour impériale de Bérengo, Emmanuel Bongopassi qu’il vient de choisir comme ambassadeur à Paris, naguère grand chambellan Bozizé a donc été témoin des moments de splendeur et de déchéance de Bokassa. Il n’a pas oublié les tapis rouges, les femmes, la richesse, les palais somptueux, le luxe, l’opulence, les diamants, les rencontres avec les grands du monde de l’époque (Mao, Valéry Giscard d’Estaing, Ceaucescu, Tito…) mais aussi la paranoïa de  Bokassa.  Dès lors, il nourrissait secrètement quelques ambitions pour le futur, pourquoi pas président un jour ?


Appliquant à la lettre la maxime de Staline selon laquelle « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable », Bozizé rejette unilatéralement la composition du gouvernement d’union nationale proposé par Tiangaye, impose la sienne et s’attribue 20 postes ministériels sur les 32. Il devrait se savoir valorisé d’avoir maintenant le premier  « vrai » Premier ministre (PM) depuis 10 ans de son règne. D’abord, l’homme est un avocat intègre qui jouit d’une réputation internationale. De ce fait, il a la capacité de projeter une bonne image du pays l’extérieur, chez les bailleurs de fonds. Ensuite, Bozizé lui doit la vie. Si Bozizé a été acquitté en 1989 pendant le régime Kolingba qui l’a fait kidnapper de Cotonou pour le ramener à Bangui comme un colis, c’est grâce à la plaidoirie de Maître Tiangaye, un de ses conseils d’alors avec Me Monique Boury du barreau de Paris. A présent, Bozizé a perdu la mémoire et oublié qu’il est grandement redevable à toutes ces personnes.  Ficelé comme un saucisson et mis en cage, il fut jeté en prison sous bonne  garde.


Bozizéa mis en place ce gouvernement pléthorique, dans le seul but de faire barrage au PM car il s’est dit qu’il lui faut reprendre la main. Pour un pays sous perfusion qui ne doit sa survie qu’à la générosité de la communauté internationale, il est irresponsable de former un gouvernement aussi pléthorique. Il s’est fourvoyé sur le rôle d’un gouvernement. Même si un gouvernement ne doit pas construire le paradis, il doit s’efforcer d’éviter l’enfer à ses concitoyens. Il a une étrange perception de la mission d’un gouvernement. Pour lui, cela doit consister à œuvrer exclusivement pour  son maintien au pouvoir. Par la loi du nombre c’est-à-dire avec plus de ministres qui sont ses obligés car ainsi, au conseil des ministres, des textes qui lui sont favorables seront adoptés à la majorité et avoir plus de ministres acquis à sa cause suppose plus de moyens matériels et financiers pour battre campagne pour lui.


 « La charité bien ordonnée commence par soi-même ». Disposant de 20 postes ministériels, il a commencé par caser ses loyaux serviteurs: Parfait Mbay, Josué Binioua, Antoine Gambi, Théodore Jousso….Ceux dont le PM de l’opposition n’a pas voulu : Albert Besse, Sylvestre Yangongo qui n’ont pas donné satisfaction au monarque républicain ont été purement et simplement remerciés : Claude Richard Gouandja, Noel Ramadan, Fidèle Ngouadjika, Mmes Sylvie Mazoungou, Marguérite Pétrokoni, … Il y a ceux qui ont décroché un petit maroquin non pas pour leur compétence mais assurément pour leur lien avec le président et surtout grâce à leur ralliement de belle lurette ou plus récemment : Abakar Sabone, André Ringui, Joachim Kokaté,  Edouard Patrice Ngaissona, Dieudonné Tokofeissé.


Certains départements sont des doublons avec des attributions floues  et des missions peu claires, à tel point qu’on se demande si les ministrions concernés serviront réellement à quelque chose.  Prenons l’exemple du département de la promotion des PME et amélioration du climat des affaires de Joachim Kokaté. Ce département, anciennement,  une direction du ministère du commerce a été crée par la seule volonté du prince pour faire de la place à ses courtisans auprès de la mangeoire. C’est un ministre SDF (sans dossier fixe). Sous d’autres cieux, il ne s’agira pas d’un ministère mais d’un centre de promotion des investissements comme en Côte d’Ivoire ou une direction du ministère du commerce comme partout ailleurs. Or c’est comme n’importe quel citoyen que le nouveau PM va être informé sur les ondes de la radio nationale, des noms des membres de son propre gouvernement. Il est clair qu’en agissant de la sorte, Bozizé endosse entièrement la responsabilité du non-respect des accords de Libreville.


Il s’est donc  taillé un gouvernement sur mesure dans le but de traficoter  les législatives qui vont se tenir dans un an. Il monopolise les 2 départements de la sécurité qui sont l’Administration du territoire et l’Intérieur. Nous savons tous que c’est le département de l’Administration du territoire qui est en  charge des élections. Ce département a naguère  sous Elie Ouéfio manipulé les résultats des élections groupées de 2011, ce qui a causé, jusqu’à ce jour, de vives contestations de la part de l’opposition démocratique. C’est de la pure provocation que de vouloir garder à tout prix le contrôle de ce ministère. Peut-être a-t-il oublié que c’est à cause de son opération conjointe avec son neveu Ndoutingai, coup de poing contre les artisans du secteur minier, pour faire main basse sur les diamants et les espèces sonnantes et trébuchantes, que les ressortissants du nord-est sont entrés en rébellion ?


Secrètement, Bozizé croit que tout va rentrer dans l’ordre dans un an après les élections législatives s’il arrive à « voler » une fois encore, la majorité à l’assemblée nationale. Après cela, il fera susciter sa candidature par la population qu’il aura  suffisamment  conditionnée et manipulée pour les élections présidentielles de 2016. Le point de départ réside dans le GUNT. Au cas où le projet de tripatouiller la constitution, et donc de contourner les accords de Libreville afin de se représenter en 2016 échouerait, Bozizé a sans doute prévu d’autres schémas.


Il raffine la politique jusqu’au niveau des provinces en plaçant ses hommes de main dans des postes stratégiques de l’administration territoriale. Ils sont préfets et sous-préfets dans le seul but de manipuler les résultats des élections. Ainsi, espère-t-il faire basculer dans son camp, les préfectures de la Kémo, de la Vakaga, de l’Ouham Pendé, la Nana Mambéré et bien d’autres.


Ignore-t-il que « les mêmes causes produisent les mêmes effets le bloc de l’opposition démocratique et les politico-militaires vont-ils encore se laisser faire ?


Le pouvoir est une véritable obsession pour Bozizé. Mais quand on y voit de plus près, il y a deux raisons principales pour lesquelles il veut s’y accrocher jusqu’à la fin de ses jours : la peur d’aller en prison et la peur de retomber dans la misère comme l’ont été certains Chefs d’Etat déchus en étant désargenté comme lui-même l’avait déjà été après sa défaite à la présidentielle de 1993 où il a dû faire du taxi-brousse pour joindre les deux bouts.  


En novembre 2001, le projet de coup d’état de Bozizé contre le président Patassé a échoué et il s’était retranché dans l’ancien camp militaire du RDOT du Pk 12 à la sortie Nord de Bangui. Le général sénégalais Lamine Cissé, représentant spécial du Secrétaire général  des Nations Unies qui jouait les bons offices entre lui et le président Patassé, était surpris de trouver en Bozizé, un homme déprimé dont la seule obsession était de pas aller en prison. Mais Bozizé, avec la peur au ventre, a fini par s’enfuir au Tchad, c’est-à-dire le choix de l’exil pour la seconde fois que celui de se rendre, traumatisé qu’il était par le traitement qu’il a reçu sous la période Kolingba.


Pourtant tôt ou tard, il doit répondre des tueries du Nord, notamment de la responsabilité des massacres de Paoua commis par son envoyé spécial, le lieutenant Eugène Ngaikoisset alias « le boucher de Paoua », de Ndélé par sa garde prétorienne et des viols de nos mères et filles par les banyamulengués qu’il a personnellement accueillis au bord du fleuve Oubangui, habillés et armés en 2001. En outre, il y a aussi l’assassinat de Charles Massi mais également de celui des goulas, roungas et ressortissants de la Vakaga et de Bamingui-Bangoran, assassinés lors des récents évènements de décembre 2012. Il ne peut en être autrement parce que l’accord de cessez le feu stipule de « libérer les prisonniers politiques » au cours de la semaine qui suit la signature dudit accord.  Si tous les prisonniers sont vivants, pourquoi ne sont-ils pas libérés ?


Bozizé ne veut pas lâcher le pouvoir pour ne plus retomber dans la misère. Il a connu l’exil pour la 1ère fois de 1982 à 1985, au Bénin, période durant laquelle il aurait survécu par la grâce de dieu de son église du  « christianisme céleste », cette nouvelle foi  qu’il a embrassée dans son pays d’exil. Il prétend avoir implanté l’église du christianisme céleste en Centrafrique, ce que lui conteste le pasteur Samaley qu’il a persécuté et qui s’est réfugié au Canada jusqu’à présent. Il a un connu un 2ème exil de novembre 2001 à mars 2003, à Paris en passant par Ndjamena. Paris a été son enfer ! Il a écumé les gares et cafés parisiens, obligé souvent de frauder le métro et le RER. Il n’a jamais oublié ce passage à Paris, au point de tancer récemment son fils Francis de dilapider de l’argent sans penser à la vie qu’il pourrait mener en exil, éventualité que le père ne perd jamais de vue.


Bozizéa promis lors d’une interview sur une radio internationale de tout faire pour ne plus jamais revivre l’expérience parisienne. Même à Bangui, il a connu la traversée du désert entre 1993 et 1996 lorsqu’il était chauffeur de  taxi brousse. Il conduisait la vieille Peugeot 404 de son beau-frère Kéléfio, l’ex-mari de sa sœur cadette Joséphine. C’est en 1996, que Patassé, confronté aux incessantes mutineries des soldats qui menaçaient de le renverser et sur insistance de son épouse Lucienne et de certains membres du bureau politique du MLPC, l’a sorti du trou en lui faisant appel pour revenir dans l’armée. Il en est sorti humilié, traumatisé et il s’est juré de ne plus jamais connaître la dèche. Il en veut en outre à la société qu’il juge ingrate à son égard, lui un général.


On comprend aisément pourquoi Bozizé se fiche totalement du bien être des Centrafricains. La paix actuelle est bien fragile à cause des ambitions égoïstes d’un seul homme. Mais une chose est sûre : il ne peut rien si la Séléka et l’opposition démocratique restent unis et travaillent ensemble. L’étape décisive arrive dans un an avec les législatives. Si la Seléka et l’opposition démocratique ratent ce rendez-vous, alors c’est le peuple centrafricain tout entier qui replongera dans les ténèbres. Bozizé a toujours fait partie du problème plutôt que de la solution.


Eugène Mokpem

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