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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 01:30

 

 

 

Livre Poussou sur Wade

 

Abdoulaye Wade, ou le crépuscule des « historiques » 

 

Francis Laloupo

Journaliste,

Professeur de Géopolitique à I.P.J (Institut Pratique de Journalisme) de Paris.

 

Au moment où paraît le texte d’Adrien Poussou, le Sénégal est confronté à l’une des plus inquiétantes crises politiques de son histoire d’après les indépendances. Sous le regard de l’opinion nationale et internationale, le président Abdoulaye Wade, qui aurait dû épargner cette crise à son pays, écrit l’ultime chapitre d’un règne perverti. L’opposant politique de naguère, celui qui avait fondé son combat politique sur les vertus de la démocratie et le credo du service de la nation aura, une fois porté au sommet de l’Etat, surpris tous ceux qui l’avaient accompagné, soutenu et promu durant l’étape antérieure à son élection en 2000. Au bout de ce parcours, à l’heure des bilans, un mot, un seul s’affiche, tel le sceau du testament : mystification et forfaiture. L’ouvrage d’Adrien Poussou, composé en deux temps et deux mouvements, reflète bien le double mensonge qui désormais restera la marque d’un homme qui avait signé avec son peuple le pacte de l’alternance démocratique, et qui conclut sa carrière en choisissant de livrer bataille contre ce même peuple qui l’a élu.

 

Evaporés, les engagements et les professions de foi d’autrefois. Le président Wade, après deux mandats et un bilan des plus controversés, cet homme, si prompt à professer les règles de bonne conduite à ses homologues confrontés à la tourmente de la contestation, reproduit, aux confins de la caricature, en son propre pays, la ténébreuse dramaturgie des autocraties inamovibles. Comme Adrien Poussou, nombreux sont ceux qui auront connu deux vies d’Abdoulaye Wade. Au bout de ces deux vies, cette amère et persistante interrogation qui taraude tous les « déçus du wadisme » : comment celui qui a voulu écrire, avec la jeunesse, une page nouvelle, constructive et porteuse de tous les progrès dans cette Afrique en mutation, s’est-il révélé aux yeux du monde comme un héritier-reproducteur des dérives qu’il pourfendait jadis ? Comment comprendre que « l’opposant historique et panafricaniste », ainsi qu’il se désignait lui-même, se réduise à cette banale incarnation du pouvoir personnel, de la gestion privative de l’espace national, pathologiquement convaincu que sa destinée se confond à celle de la collectivité qui lui a accordé un bail temporaire dont il a méthodiquement détourné les clauses essentielles ? Les énigmes politiques sont soumises au verdict du temps...

 

Par-delà l’actualité, l’énigme Wade confirme, un peu plus encore la fin d’une grande illusion. Celle qui a amené une génération à investir certains hommes du rôle historique de réaliser les nécessaires révolutions politiques culturelles permettant de produire une salvatrice rupture avec les systèmes qui ont confisqué la destinée des pays au lendemain des indépendances... Des années durant, nous avons accompagné ces hommes dressés contre les systèmes liberticides et prédateurs. Ils furent les récipiendaires et les garants de nos espérances, les vecteurs de nos révolutions à venir, projetées vers l’inconnu. Avec eux, nous sous sommes heurté à toutes les résistances des pouvoirs criminogènes... Avec eux nous avons marché, longtemps, vers cette aube nouvelle, vers un ordre nouveau porteur de tous les changements rêvés, de liberté, de mieux-être partagé, de mieux-vivre ensemble... Les années se sont écoulées, longues et interminables... Lorsqu’advinrent les petits matins du changement, le long parcours de ceux nous avons accompagnés, désormais désignés « opposants historiques » fut récompensé. Parvenus au pouvoir par la voie des urnes, nos opposants historiques se sont révélés pires que ceux qu’ils avaient combattus. Peu imprégnés de culture démocratique, pétris de projets de revanche et de vanité, mentalement colonisés par leurs adversaires de naguère, frustrés de maintes occasions de jouissance des attributs du pouvoir, nos historiques ne souffrent ni la contestation ni le débat. Chargés de réaliser la promesse du changement, ils se sont transmués en propriétaire du pouvoir, rompus aux plus triviales manœuvres politiciennes et mentales pour ne jamais céder leur fauteuil présidentiel aux aspirants n’appartenant pas à leurs clans ou à leurs cercles familiaux. Devenus les maîtres du monde, ils n’hésitent pas à s’en référer à la volonté divine pour affirmer leur bon droit et justifier l’éternité de leur pouvoir...

 

Le syndrome de « l’opposant historique » constitue, pour l’Afrique, l’un des référentiels politiques et sociologiques de l’ère postcoloniale. A l’heure du bilan, il nous faut, lucidement, avec une exigence égale, et sans jamais renier nos espérances passées, dénoncer les mensonges et la captation par ces hommes à des fins privatives du résultat des luttes des combattants anonymes de la liberté...  Il faut dénoncer, encore et encore, l’insupportable détournement de ce qui fut construit, mentalement d’abord, puis à l’épreuve du réel, par toutes les générations qui n’ont jamais pactisé avec les renoncements. Au-delà du crépuscule des « historiques », une nouvelle conscience citoyenne émerge, vigilante et éclairée, productrice d’une intelligence politique collective. Sans plus s’en remettre aux hommes et autres « historiques » providentiels, ces millions de citoyens inventent, ici et maintenant, de nouvelles formes de vie.

 

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