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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 01:12

 

 

Bozizé avec F Soudan

 

 

INTERVIEW A JEUNE AFRIQUE N° 2584· DU 18 AU 24 JUILLET 2010 AVEC CONTRE-INTERVIEW DE CENTRAFRIQUE-PRESSE

 

 

Propos recueillis à Bangui par François Soudan

« On m'a forcé à bafouer notre Constitution »

Contraint, sous la pression de la communauté internationale et de son opposition, de reporter les élections présidentielle et législatives au-delà du terme fixé par la loi, le chef de l'État centrafricain ne décolère pas. « La balle n'est plus dans mon camp », dit-il.

Un grand hôtel en  construction - financement libyen, entreprise chinoise - Un jardin public ombragé, un petit monument du cinquantenaire où trônent les bustes des six chefs d'État qui ont fait et parfois défait ce pays, une colombe de la paix posée p sur un carrefour ... Bangui, capitale d la moins dotée du continent, revient s de tellement loin que ces quelques e réalisations récentes donnent au p visiteur une impression de frémissement. Il s'en faut de beaucoup pourtant pour que cette Centrafrique à l'impressionnant potentiel minier, forestier, agricole et hydrographique sorte enfin de sa léthargie. Et d'abord  la stabilité intérieure.

Annoncées pour avril, puis pour juin, les élections présidentielle et législatives ont été reportées sine die en attendant que leur financement et surtout leur environnement sécuritaire soient assurés: les rébellions. du Nord ont toujours l'arme au pied, et les tueurs Tongo-Tongo de l'Armée de résistance du Seigneur venus d'Ouganda sévis­sent encore dans le quart sud-est du pays. Au pouvoir depuis un peu plus de sept ans et confronté à des adver­saires politiques à la fois déterminés et divisés (une guéguerre sur fond de parricide oppose l'ancien président Patassé à son ex-Premier ministre Martin Ziguélé), François Bozizé, 63 ans, se trouve désormais dans la situation paradoxale d'un chef d'État à qui la communauté interna­tionale, l'ONU et même l'opposition ont demandé d'outrepasser les limi­tes de son mandat constitutionnel.

Un moment tenté par un passage en force à la burundaise (le président Nkurunziza vient d'être réélu mal­gré le boycott de ses concurrents), ce général du genre tais eux, protégé par une garde républicaine redou­tée et qui a longtemps su avec habi­leté jouer du fait que ses ennemis le sous-estimaient, a dû se résoudre à repousser l'échéance. « Question de rapports de force, concède-t-il à regret, la Centrafrique ne peut pas s'offrir le luxe de se fâcher avec ses bailleurs de fonds. »

En attendant qu'une nouvelle date soit fixée - à la fin de cette année ou au début de la prochaine - le chef de l'État a reçu J.A. pour une explication de texte. Entretien recueilli dans la salle des ambassadeurs du Palais de la renaissance (construit sous Bokassa), à Bangui, le 5 juillet.

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NDLR : La rédaction de Centrafrique-Presse a choisi de répondre à l’interview de Bozizé à François Soudan de Jeune Afrique pour relever tous ses mensonges, contre-vérités et autres omissions délibérées. La contre-interview de C.A.P est en italique dans le texte juste à la suite des réponses de Bozizé aux questions de Jeune Afrique qui sont en gras.

La Rédaction de C.A.P

 

JEUNE AFRIQUE: Prévues au plus tard pour le 11 juin, les élections présidentielle et législatives ont été reportées, et votre mandat a été prolongé sine die. Quand auront-elles lieu?

FRANÇOIS BOZIZÉ : Ce n'est pas à moi seul d'en fixer la date. L'opposition, la Commission électorale indépendante [CEI, NDLR] et la communauté internationale ont voulu ce report, alors que je souhai­tais m'en tenir au délai fixé par notre Constitution. À elles de me faire des propositions, en tenant compte de leurs propres revendications; désarmement, démobilisation et regroupement des rebelles, bouclage de l'enveloppe financière, etc.

La date du 24 octobre avancée par la CEI n'est donc pas contractuelle.

Elle me semble prématurée. Il manque 7,5 millions de dollars au budget électoral, et le processus de désarmement, démobilisation et réintégration [DDR] n'est pas achevé, notamment dans l'Est, où sévissent les Ougandais de l'Armée de résistance du Seigneur.

Peut-on y croire pour cette année 2010?

Je ne peux pas me prononcer pour l'instant. Les problèmes que je viens d'évoquer et qui sont la cause d'un report que, encore une fois, je n'ai pas souhaité, devront être résolus auparavant. C'est une question de logique.

Vous pensez vraiment qu'une élection crédible aurait pu se tenir avant le 11 juin?

Oui. Avec un minimum de bonne volonté de la part de chacun des acteurs et la mobilisation de nos forces de défense et de sécurité, je pense que c'était jouable. Mieux valait une élection moyenne que l'incertitude dans laquelle nous sommes.

C.A.P : Faux ! C’est un mensonge que d’affirmer cela. Même les partis de la propre majorité présidentielle de Bozizé, sauf s’ils ont été instrumentalisés, ont reconnu qu’il n’était pas techniquement possible de tenir les élections le 16 mai dernier. Au tout dernier moment, la CEI a aussi fait volte-face et accepté de reconnaître qu’elle ne pouvait pas organiser les élections le 16 mai. C’est ce qui a permis à Bozizé d’en tirer prétexte pour solliciter l’avis de la Cour constitutionnelle et dérouler le casting de son coup d’Etat constitutionnel en faisant voter une loi pour proroger son mandat.  

Pourquoi refusez-vous la formation d'un gouvernement d'union réclamée par l'opposition?

Je n'en vois pas l'utilité. Un gouvernement d'union pour quoi faire? Pour préparer les élections? La CEI, organisme indépendant et paritaire, est là pour cela.

C.A.P : La préparation des élections n’apparaît pas aux yeux de Bozizé comme quelque chose d’important. Or c’est précisément là où son gouvernement actuel a le plus lamentablement échoué. A qui doit-on imputer l’inexistence de listes électorales fiables ? En outre Bozizé pense que pour les leaders de l’opposition cherchent à entrer au gouvernement pour se faire du fric tout en lui menant la vie dure au moment des élections d’où son refus catégorique et obstiné.

Êtes-vous satisfait du fonctionnement de la CEl?

Elle fait son travail, tout le monde y est représenté. Je n'ai rien à lui reprocher.

C.A.P. : Bien évidemment ! La partialité du vrai faux pasteur et sa complicité avec Bozizé ne peuvent que lui donner entière satisfaction. Les rumeurs sur les velléités de limogeage de Binguimalé qu’on prête ces derniers temps à Bozizé s’expliqueraient par le projet de mise en place de l’unité de traitement des données électorales, projet dont Bozizé ne veut pas entendre parler parce qu’une telle structure compromettrait irrémédiablement ses plans de fraude électorale par la manipulations des chiffres et autres résultats issus des urnes.

L'opposition, elle, reproche à son président, le pasteur Joseph Binguimalé, d'être un peu trop favorable à votre égard ...

Binguimale est une personnalité neutre, qui vivait en France et n'a jamais appartenu à un parti politique. Il a été élu par ceux-là mêmes qui le critiquent aujourd'hui. Les statuts de la CEI l'obligent à décider de manière, collégiale, et c'est ce qu'il fait. Dire que je contrôle la CEI est donc un pur mensonge. Je n'interviens que pour régler ses soucis d'ordre matériel. L'État centrafricain a déjà déboursé 3,5 milliards de F CFA [5,3 millions d'euros] pour le processus électoral. La communauté internationale, elle, n'a toujours rien donné, même après le report qu'elle a pourtant exigé.

C.A.P : Faux ! Binguimalé n’est nullement neutre. Si Bozizé ne contrôlait pas la CEI, pourquoi avoir envoyé son président effectuer des missions secrètes au Soudan ? Pourquoi l’avoir contraint au début à acquérir à grands frais et secrètement à l’étranger des urnes, des bulletins et autres tampons et matériels électoraux sensibles sans que les autres membres de la CEI en soient tenus informés ? Par ailleurs, la France, l’UE et les Nations unies (PNUD) ont effectué un premier versement à la CEI qui a été dépensé à tue tête par Binguimalé sans le moindre justificatif jusqu’ici. On peut aisément comprendre les bailleurs de fonds ont des comptes à rendre à leurs mandants. L’argent destiné à l’organisation des élections ne doit pas servir à assurer le train de vie époustouflant du président de la CEI (véhicules 4 x 4 rutilants, lit à coup de millions, villa avec piscine, inutile campagne de communication avec coûteux panneaux publicitaires géants etc…) Bozizé sait donc très bien pour quelle raison la communauté internationale représentée à Bangui tarde à décaisser le financement promis des élections mais il préfère en tirer prétexte pour retarder au maximum le processus afin de gagner du temps tout en demeurant au pouvoir.

Vous considérez donc que la balle n'est plus dans votre camp.

Exact. J'attends.

C.A.P : Faux ! La balle est bel et bien dans le camp de Bozizé. Il doit entériner le projet de chronogramme sur lequel travaillent la CEI et le comité des experts et des bailleurs de fonds par un décret convoquant le corps électoral. Or il trouve prématurées toutes les propositions de chronogramme qu’on lui soumet. 

Quel type de campagne électorale allez-vous mener? Agressive? Sereine?  

Sereine, a priori. Sauf si le camp d'en face ne joue pas le jeu.

C.A.P : Ce n’est un mystère pour personne que Bozizé et ses partisans vont recourir comme en 2005  à la violence armée pour empêcher la tenue d’élections libres et transparentes synonymes de leur défaite à coup sûr. Plusieurs miliciens armés ont déjà été recrutés et dépêchés dans les zones a priori défavorables à Bozizé pour agresser et tirer sur les candidats de l’opposition qui s’y rendront pour faire campagne.

Qui considérez-vous comme votre principal adversaire?

Aucun d'entre eux. Mon bilan parle à ma place.

C.A.P : Faux ! C’est Martin Ziguélé que Bozizé considère comme son adversaire le plus redoutable mais il n’ose pas l’avouer. La preuve, c’est avec Patassé qu’il a des entretiens en tête à tête car il ne représente aucun danger pour lui contrairement à Marin Ziguélé qu’il craint le plus. Quel bilan pour Bozizé ! Ah Ah ! Si le bilan de Bozizé devrait parler à sa place il dirait à peu près ceci : Inutile de briguer un nouveau mandat car les sept années de ta gestion à la tête de la RCA sont synonymes de désastre, de famine, de malnutrition infantile, d’insécurité, de misère de pauvreté grandissante, de division nationale, de tribalisme, de recul de toutes sortes du pays. Le bilan de Bozizé est un bilan de vacuité. 

Curieux, ce gentleman's agreement qui semble exister entre vous et votre prédécesseur, Ange-Félix Patassé. Auriez-vous passé un pacte de non-agression avec celui que vous avez chassé du pouvoir il y a sept ans?

Pourquoi voudriez-vous que nous nous affrontions ailleurs que dans les urnes? Le contentieux qui nous sépare est une chose, les réalités du pays en sont une autre. Je le respecte en tant qu'ancien président et en tant que candidat, il me respecte en tant que chef de l'État en exercice, candidat tout comme lui. C'est la démocratie.

C.A.P : Pourquoi Bozizé fait tout pour faire échouer Patassé qui brigue le siège de député de Berbérati 1 contre Sylvain Ndoutingai? Pourquoi ne veut-il pas aussi que la sécurité de Patassé soit assurée par les éléments de la FOMAC ?

Vous vous êtes vus à plusieurs reprises depuis son retour à Bangui. ..

Quatre ou cinq fois, en présence de témoins ou en tête à tête. Ces rencontres ont permis de décrisper les choses. Mais il n'y a aucun pacte entre nous.

C.A.P : Faux ! Il y a bien un pacte qui ne veut pas dire son nom. Si non pourquoi ces rencontres en tête à tête  que Bozizé reconnaît avoir eu lieu ? La matérialisation de ce pacte est la main levée et la restitution à Patassé de tous ses avoirs bancaires et biens qui avaient été gelés à la CBCA et confisqués ainsi que sa désignation comme médiateur dans la crise du processus électoral. Malheureusement pour Patassé, personne n’a voulu de sa médiation, étant lui-même candidat aux élections présidentielle et législative. 

Martin Ziguélé est en revanche beaucoup plus pugnace à votre endroit. L'avez-vous rencontré?

Pas depuis cinq ans. La dernière fois, c'était entre les deux tours de la présidentielle de 2005.

Pourquoi?

Je n'ai pas senti qu'il ait cherché à  me voir.

C.A.P : Martin Ziguélé que nous avons interrogé nous a confirmé n’avoir effectivement jamais cherché à voir Bozizé parce qu’estimant n’avoir rien à lui dire.

Et Jean-Jacques Demafouth?        

Je l'ai reçu à Bangui, à Libreville, à Dakar. Il y a quelques jours encore, nous nous sommes salués lors d'une réception à l'ambassade des États-Unis. Je suis quelqu'un d'ouvert, vous  savez.

C.A.P : Si Bozizé était quelqu’un d’aussi ouvert comme il le prétend, on n’en serait pas là aujourd’hui. On aurait tourné la page des rébellions et autres. La crise centrafricaine aurait été déjà résolue. Après le DPI, la RCA aurait été déjà remise sur les rails et les élections auraient correctement eu lieu. C’est son refus obstiné de mettre en œuvre les résolutions du DPI qui a entraîné le pays dans son ensemble dans l’impasse où il se trouve à présent. De quelle ouverture parle-t-il ?

Vos relations avec la représentante en Centrafrique du secrétaire général de l'ONU, l'Éthiopienne Sahle-Work Zewde, qui préside le comité de pilotage du DDR et de la CEI, sont, dit-on, quelque peu tendues. Est-ce vrai?

Nous avions de très bons rapports jusqu'à ce que cette dame milite ouvertement pour le report des élections. D'habitude, on reproche aux chefs d'État africains de ne pas respecter les Constitutions. Ici, on m'oblige en quelque sorte à la bafouer. Je trouve cela étrange.

C.A.P : La véritable raison de la haine que voue Bozizé à Mme Zewde provient du fait qu’en ayant plaidé ardemment pour le report parfaitement justifié des élections mal préparées, Mme Zewde a fait sans doute involontairement échouer le plan du hold-up électoral concocté par Bozizé et Binguimalé. Elle n’avait du reste, clairement et courageusement déclaré qu’il valait mieux des élections bien organisées que de chercher à tout prix à respecter des délais constitutionnels pour tenir des élections bâclées qui créeront davantage de problèmes. Pourquoi une telle prise de position plutôt constructive doit-elle valoir à Mme Zewde d’être l’objet d’une telle hostilité ? 

En exigeant le départ des Bérets bleus de la Minurcat, dont 300 stationnent en Centrafrique dans la région de Birao, le, président tchadien Idriss Déby Itno vous a mis devant le fait accompli.

C'est exact.

C.A.P : C’est bien la preuve que pour Idriss Déby, François Bozizé n’est qu’un vassal et ne compte que pour du beurre.

Ce n'est pas très fraternel de sa part ...

Il est le chef de l'État d'un pays souverain. Je ne vais pas lui reprocher de veiller d'abord à ses propres intérêts. Pour le reste, nous poursuivons nos discussions avec M. Ban Ki-moon.

Lequel vient de vous interpeller de nouveau sur le cas de l'opposant disparu Charles Massi. Votre position à vous est la suivante: vous supposez que le colonel Massi a été tué à l'occasion d'un affrontement avec vos troupes. Mais vous n'en savez pas plus. C'est cela?

Oui, c'est cela. Charles Massi a été l'un de mes ministres, la deuxième personnalité du gouvernement. Il en est sorti après le dialogue politique inclusif de 2009. Puis il a gagné la France pour rendre visite à sa famille. Et tout à coup, à ma grande surprise, j'ai appris qu'il était réapparu à la tête d'une bande armée du côté de la frontière tchadienne. Il a notamment revendiqué à trois ou quatre reprises l'attaque de la localité de Ndélé. Massi avait choisi le dialogue à coups de kalachnikovs. Une telle posture n'est pas sans risques, vous en conviendrez.

Bozizé botte en touche et refuse de répondre à l’interpellation de Ban-Ki-moon par rapport aux disparitions des opposants politiques.

Peut-être n'auriez-vous pas dû l'écarter du gouvernement ...

Personne n'est ministre à perpétuité.

C.A.P : Après avoir quitté le gouvernement, Charles Massi qui était député aurait pu regagner son siège à l’Assemblée nationale si Bozizé n’avait pas magouillé avec la complicité de la Cour constitutionnelle à ses ordres pour que les membres du gouvernement qui ne sont plus ministres ne puissent pas retrouver leur siège de députés. Ce fut le cas de Karim Meckassoua, Charles Massi et Mme Emilie Béatrice Epaye. Bozizé a tout fait pour empêcher Charles Massi de disposer de quelque espace politique que ce soit. Après avoir assassiné Massi et son épouse, il a beau jeu de tenir tous les propos cyniques qu’il tient sur leur compte à présent en sachant bien qu’ils ne sont plus là pour lui répondre. C’est de la pure ignominie !

Tant que le corps de Charles Massi n'aura pas été retrouvé, cette affaire risque de vous suivre ...

Une fois encore, le choix des armes implique des conséquences que les concernés se doivent d'assumer. Parmi elles, il y a le risque de mourir au combat. J'ai moi-même été un rebelle, j'ai eu la chance de survivre. Je sais ce que c'est. C'est à pile ou face. Et puis, pourquoi ne parle-t-on pas des soldats, des officiers et des civils tués lors des attaques que Massi a revendiquées? Ils n'intéressent ni les défenseurs des droits de l'homme ni la communauté internationale. (A suivre...)

 

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