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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 00:23

 

 

drapeau françafricain

 

 

La sortie du documentaire choc "Françafrique" est prévue ce 2 décembre. Réalisé par Patrick Benquet, le double DVD de 160 minutes met à nu la politique occulte de la France qui lui a permis de dominer l’élite africaine depuis 50 ans et de s’approprier l’essentiel de ressources stratégiques de ses anciennes colonies.

Valises de billets, barbouzeries ou coups d'Etat: le documentaire "Françafrique" dont la sortie est prévue ce 2 décembre frappe fort pour décrire la politique occulte de la France depuis 50 ans en Afrique, où, selon de nombreux témoins interrogés, tout était permis afin que la source de pétrole ne tarisse pas.

En deux épisodes de 80 minutes, le réalisateur Patrick Benquet démonte les rouages du système "Françafrique", mis sur pied par Jacques Foccart juste après l'indépendance des colonies d'Afrique noire en 1960, à la demande du général de Gaulle avec la complicité de Félix Houphouët-Boigny. Objectif: contrôler les dirigeants de ces pays riches en matières premières vitales pour la France, en tout premier lieu le pétrole. Et en dehors de tout contrôle gouvernemental ou parlementaire, la raison d'Etat a justifié tous les coups, même les plus tordus y compris les assassinats.

«J'ai voulu montrer que de Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, il y a une continuité. Les gens connaissent un certain nombre de choses - le Biafra, les diamants de Bokassa, Bob Denard, l'affaire Elf... - mais ne font pas le lien. Tout cela s'inscrit pourtant dans une cohérence», a expliqué à l'AFP Patrick Benquet.

Le documentaire donne la parole à des témoins clés. «Certains n'avaient jamais parlé et d'autres n'avaient jamais parlé comme ça», souligne le réalisateur. Maurice Delaunay, ex-ambassadeur au Gabon, décrit ainsi sans retenue les manœuvres qui l'ont conduit à favoriser l'accession au pouvoir d'Omar Bongo ou, plus tard, la protection qu'il apporta au mercenaire Bob Denard après une tentative de coup d'Etat manqué au Bénin.

Albin Chalandon, PDG de Elf de 1977 à 1983, n'a pas davantage de scrupules à raconter comment il «arrosait» généreusement le financement des campagnes électorales des grands partis grâce aux énormes revenus générés par le pétrole africain. «Pour les législatives de 1978 et les présidentielles de 1981, dit-il, cela fait 7 millions de francs, partagés à égalité au nom du principe d'impartialité d'une entreprise publique entre la gauche et la droite», raconte ce dernier.

Des pratiques qui ont perduré, assure également Loïk Le Floch-Prigent, président d'Elf de 1989-1993, qui explique de surcroît qu'il a financé des guerres en Angola et au Congo Brazzaville afin de favoriser les desseins de sa compagnie. Le film montre également comment le rapport de force s'est inversé: après avoir été faits et défaits par la France, les dirigeants africains ont pris le dessus. Ils font notamment jouer la concurrence avec Américains et Chinois pour l'exploitation des matières premières.

«L'Afrique, ce n'est pas la tasse de thé de Sarkozy», explique Patrick Benquet. «Mais il doit effectuer des allers-retours afin de jouer les VRP pour Bolloré, Bouygues ou Areva», a-t-il poursuivi. Plus frappant encore, l'avocat Robert Bourgi, présenté comme le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy pour l'Afrique, ne fait pas mystère de l'influence qu'a eu Omar Bongo, disparu en 2009, sur la politique intérieure française.

En 2002, au lendemain de la victoire de monsieur Chirac, raconte-t-il, avant que ne soit constitué le gouvernement, le président Chirac a dit : «Il serait bon, Robert, que vous présentiez au président Bongo les hommes de l'avenir». On s'est retrouvé dans l'appartement de Bongo (à Paris, NDLR), il y avait François Fillon, Jean-François Copé, Pierre Bédier, a-t-il poursuivi. «Il les a interrogés (...), à la fin de l'entretien, il a pris son papier à lettres et couché les noms des élus. Il a dit: Tu portes ça à Jacques. Il y avait sept noms et parmi les sept, cinq sont devenus ministres du gouvernement Raffarin», a affirmé Robert Bourgi.

Source : AFP    02-12-2010   

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