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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 19:29

 

 

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 12/04/2010 à 10h:51 Par François Soudan Jeune Afrique


On peut reprocher ce que l’on veut à Abdoulaye Wade, sauf de ne pas avoir d’idées. À l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de son pays, le président sénégalais a mis les pieds dans un plat particulièrement épicé, au risque certes de s’y brûler les orteils, mais avec la jubilation diablotine des briseurs de tabous. Ne serait-il pas temps, un demi-siècle après le départ des derniers commandants de cercle, que l’Afrique francophone acquiert enfin son indépendance monétaire – en d’autres termes: qu’elle se débarrasse du franc CFA? Les ex-colonies françaises qui, à l’instar de la Mauritanie et de la Guinée, ont quitté la zone CFA, ceux qui n’y ont jamais adhéré (Djibouti) et bien évidemment les pays anglophones et lusophones du continent sont-ils pour autant plus pauvres et moins bien gérés? En posant ces questions, Wade sait qu’il touche à une corde particulièrement sensible, mais il a, cette fois, raison de le faire.

Soixante-cinq ans après sa création, le franc CFA (CFA comme « Colonies françaises d’Afrique », puis comme « Communauté financière africaine ») apparaît définitivement aux yeux du monde comme une curiosité obsolète et une survivance coloniale vaguement humiliante, qui oblige quatorze pays africains à confier 65 % au minimum de leurs réserves de change au Trésor français et contraint leurs ministres des Finances à rendre compte régulièrement de leur gestion au grand argentier de Bercy (prochaine revue, le 20 avril à N’Djamena). En contrepartie: une parité fixe avec l’euro et une garantie monétaire jalonnées de diktats successifs imposés depuis Paris. Dévaluation forcée en 1994, inconvertibilité des billets aux guichets depuis dix-sept ans, impossibilité de transférer ses avoirs en francs CFA sans passer par les banques centrales, étanchéité entre les deux zones d’émission, etc. L’essentiel des exportations des pays de la zone franc étant libellé en dollars et le volume des échanges commerciaux avec l’ex-métropole diminuant comme peau de chagrin, le franc CFA a en outre beaucoup perdu de sa nécessité.

Certes, au franc CFA, les pays dont c’est la monnaie peuvent être reconnaissants d’un acquis capital: celui d’avoir créé entre eux deux unions économiques et monétaires viables, qu’il serait suicidaire de sacrifier au profit d’une balkanisation fiduciaire. Mais les Africains n’ont plus besoin de la France pour maintenir cette solidarité, ni de sa tutelle pour garantir eux-mêmes­ leur propre monnaie régionale. On sait que Paris ne s’opposera pas à cette étape ultime de la décolonisation. Aux chefs d’État d’avoir le courage, en cette année historique, de l’aborder sans complexes.

 

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