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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 19:05

 

 

 

 

Jean-Pierre-Redjekra.JPG

 

 

 

« On ne naît pas femme, on le devient… » Simone De Beauvoir

Depuis presque deux décennies, femmes, filles de Centrafrique vous êtes de plus en plus violées, bafouées, piétinées, effrayées, terrorisées, refoulées, esclavagisées, violentées, méprisées…et privées de tous les droits humains les plus élémentaires sur tout le territoire de notre pays. Vous payez le prix fort des mutineries, des coups d’Etat réels et supposés, des rébellions, de la voyoucratie d’Etat ou pas. Pourtant ce n’est pas pour un tel sort que vous vous êtes mobilisées au début des années 1990. Vous le savez mieux que quiconque, des échéances à fort enjeux approchent et il convient de s’interroger.

En 2016, les institutions de la res publica devraient être renouvelées par le biais d’élections dont la crédibilité est menacée par de nombreuses distorsions, des velléités de confiscation, de manipulation, de tripatouillage de tous ordres et de tous types : élections présidentielles, parlementaires et peut être municipales (les dernières municipales remontent à 1988). D’ici aux échéances normales, combien de femmes auront été violées, combien auront subi le droit de « cuissage », combien souffriront du regard condescendant et infériorisant, au grand dam de l’association des femmes juristes, commerçantes, wali gara et autres ?

Le problème de fond est que l’horizon 2016 est chargé d’incertitude pour un peuple souffrant de nombreux maux. Un peuple à la recherche silencieuse d’issues durables aux malheurs qui le frappent, par la faute collective de ses dirigeants et de ses aspirants dirigeants. Un peuple qui ne croit plus en la parole  et en la crédibilité des politiques. Tous ces aspects ont plus de sens pour les femmes de Centrafrique, des villes, des villages, des espaces ruraux et péri-urbains criminalisés.

Il est de notre responsabilité citoyenne, de dessiner les pistes de la rupture, les conditions du changement. Et si les femmes étaient l’une des forces motrices majeures de l’espérance, voire d’une  Renaissance indispensable déjà rêvée par Barthélémy Boganda au moment de la proclamation de la République Centrafricaine le 1er décembre 1958. Cet hymne de la Renaissance est devenu également un leitmotiv relayé en ce moment de l’histoire nationale, par une part croissante de centrafricaines et de centrafricains, de l’intérieur et de l’extérieur du pays.  Il est devenu une matrice et un horizon politique à partager avec tous depuis le 13 août 2012, date de la création d’une plate-forme novatrice nommée Conseil National de la Renaissance Centrafricaine, Finî Beâfrica CNRC-FB. C’est dans cette perspective que je m’adresse à vous.

Femmes de Centrafrique, vous êtes les piliers qui tiennent la famille et notamment l’éducation et les soins aux enfants, quand les hommes s’adonnent à d’autres choses plus légères…

Vous centrafricaines, vous êtes caractérisées par votre courage, votre détermination, votre jusqu’auboutisme. Vous étiez seules à enterrer les morts à des moments tragiques de l’histoire de notre pays «  a koli a kpè ! ». Vous êtes désormais les garants de la dignité, de l’humanité et peut être du changement. 

A l’instar de vos consœurs d’Afrique, vous avez su créer un nouveau mode de résistance, la grève du sexe ! Vous avez ainsi un moyen de pression pour manifester avec humour et conviction, les exigences sociales.  Interpeller les consciences individuelle et collective, vous êtes les vecteurs vertueux de la lutte démocratique sans recourir à la violence. J’ose vous proposer d’expérimenter ce mode d’action de revendication le moment venu. Pour le respect de la constitution et notamment pour imposer la stricte application des dispositions limitant le nombre de mandats. Je vous invite à rejoindre la construction d’un espace qui travaille à définir un projet politique permettant de relever notre pays, au-delà des formations partisanes existantes qui sont décrédibilisées.

Dans ce projet, des politiques spécifiques doivent être portées pour les femmes de Centrafrique, nos grands-mères, nos mères, nos épouses, nos sœurs et nos filles. Quelques pistes à cet égard, que je verse au débat pour la Renaissance Centrafricaine :

Le viol doit être élevé au rang de crime quel qu’en soit l’auteur. Il devra être imprescriptible et assorti de plus lourdes peines.

La priorité nationale donnée à l’Education et à la Formation, doit dégager un indicateur d’objectif chiffré de scolarisation et d’alphabétisation des filles. Elles ont le droit par ailleurs d’être des élites pour le management des secteurs public et privé. Eduquer une femme c’est éduqué une nation ne dit-on pas chez nous !

Un projet de loi qui inscrira l’obligation de quota au profit de femmes dans les organisations politiques, les entreprises, et les postes éligibles municipaux, régionaux et nationaux, les postes dans les organismes internationaux au titre des quotas de la RCA .

Ce que je crois et que je propose à votre réflexion :

Vous devez prendre la plus grande place possible dans la mobilisation et la vigilance actuelle, pour organiser et préparer les conditions du changement qui est nécessaire et ne qui peux attendre.

Je suis convaincu que vous serez à l’initiative concrète des grandes évolutions dans notre pays, dans les domaines de l’éducation, de l’économie, de la défense et de la sécurité nationale, la culture et le social…Vous êtes ce que Gisèle Halimi, brillante avocate tunisienne appelle « le moteur et l’aile marchante à part entière avec l’homme ».

Parce que vous n’êtes pas en situation de décision, notre nation a erré sur les sentiers du tribalisme, de la division, de l’incompétence, des violences de tous ordres et de tous types. L’on peut constater l’affaiblissement du sens patriotique et du bien commun. De plus votre absence, a également joué sur la capacité des partis politiques à prendre en charge la mobilisation populaire, pour rétablir la dignité des citoyens et la respectabilité de notre pays.

Vous étes réduites au rang « d’applaudimètres » et « d’actrices folkloriques » pour meubler la galerie et donner vos votes sans contrepartie de promesse de progrès social, économique et humain…A vous et à vous seules de rompre avec ce manque de considération !

Pour innover nous avons besoin de vous, pour refonder et renouveler la confiance en la politique (la gouvernance des affaires communes), nous avons besoin de vous…

Pour insuffler un nouvel élan à notre démocratie chèrement acquise au début des années 1990, il faut que les affaires de la res publica soient avant tout les vôtres. Arithmétiquement, si toutes les femmes en âge de voter s’engagent dans la gestion du village, du quartier, de la commune, de la région et du pays, les arbitrages et les décisions changeront de nature et seront empreintes de pragmatisme. On le constate au Libéria, reconstruit après la guerre par une femme, une grande africaine Sir Hellen Jhonson…

Je compte sur votre ténacité pour qu’une vraie coalition de l’opposition, opposition véritablement alternative soit mise en place : un regroupement, un projet et un programme d’actions assorti d’une transition démocratique indispensable à la déconfiture actuelle, des groupes de travail et des groupes d’actions inter-partis traversant tout le pays. C’est l’idée centrale d’un Conseil National pour la Renaissance Centrafricaine ouvert aussi à celles et ceux qui n’étaient pas engagés jusque-là ! N’ayez pas peur car vous êtes les moteurs et les gardiennes de l’espérance. 

Je fais le pari en cette fin d’année 2012, que la Renaissance culturelle, sociale, économique et politique de la République Centrafricaine dépend des femmes centrafricaines, qui se lèvent et feront jaillir un autre avenir.

 

 

Jean-Pierre Redjekra

Conseiller National à la stratégie, à la mobilisation, à l’organisation

Plate-forme du Conseil National de la Renaissance Centrafricaine, Finî Beâfrica – CNRC-FB

(Ces réflexions n’engagent que son auteur)

 

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