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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 02:17

 

 

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DECLARATION N° 01/PPI/10

La République Centrafricaine est devenue aujourd’hui un pays complètement déréglé. Cela provient avant tout de la naïveté, du manque de civisme et de vigilance de l’ensemble des Centrafricains qui donnent visiblement l’impression d’être habitués à l’injustice, à la souffrance, sans aucune volonté d’en sortir.

Le Général BOZIZE n’est pas un inconnu dans le pays  et ne pouvait pas être  prétendument  considéré comme un « libérateur » venu d’ailleurs, et peut être même du ciel comme des griots de service ont chanté à cause d’un coup d’Etat pourtant sanglant, destructeur, mal géré aux conséquences multiples.

Au Dialogue National de 2003, devant l’euphorie des dénonciations des mauvaises pratiques des précédents régimes, j’avais demandé à l’ensemble des composantes de la nation réunies :

1° Si les dérives décriées allaient être évitées par le nouveau régime?

2° Si l’entourage du nouveau Chef d’Etat allait se comporter autrement ?

3° Si le ou les partis politiques appelés à soutenir le nouveau Chef d’Etat pourraient se désolidariser de lui pour des actes contraires à l’unité, à la paix, à l’intérêt national?

4° Si les députés appelés à le soutenir à l’Assemblée Nationale pourraient voter sa traduction devant la Haute Cour de Justice en cas de haute trahison ?

Ces mises en garde qui ont été relayées par Radio France Internationale dont l’envoyée spéciale était Carine Franck, n’ont pas été prises en compte par les Centrafricains, pressés de se positionner au bord de la nouvelle mangeoire.

Aujourd’hui, les faits parlent d’eux-mêmes et d’ailleurs sans commentaires.

Elu Vice-président du Comité de Suivi des Actes du Dialogue National, j’ai démissionné  en décembre 2005 à cause de l’absence de volonté du pouvoir d’appliquer ces recommandations.

En effet,  les recommandations dont l’application devrait permettre le redémarrage effectif du pays sur les bases durables d’un Etat de droit, pour consolider la réconciliation nationale, la cohésion nationale, la paix dans une nation qui sortait à peine d’une  série de crises et dont la volonté des filles, des fils clairement exprimée au Dialogue National était  d’éviter par tous les moyens que les cauchemars vécus auparavant ne s’y reproduisent, n’ont pas été exécutées.

Cette situation a entrainé bien évidemment la résurgence des mêmes maux dont la manifestation la plus visible est la crise armée.

Il m’était donc humainement difficile de demeurer impassible à ce poste, juste pour percevoir des indemnités certes élevées, alors que les recommandations dont l’application aurait soulagé la misère de la population ne sont pas exécutées.

Président d’un parti politique de l’opposition : ADP (Alliance pour la Démocratie et le Progrès),  j’ai signé une soixantaine de déclarations dont le contenu recherche uniquement l’intérêt de la nation, et qui auraient même pu aider ceux qui dirigent s’ils avaient le sens de l’Etat. L’une  de ces déclarations attirait dès le 18 octobre 2005 l’attention des pouvoirs publics sur une rébellion encore naissante à l’époque et ses conséquences prévisibles (devenues ensuite bien visibles) et une autre datée du 16mars 2006 proposant déjà à cette date le Dialogue Politique Inclusif afin d’éviter de nouvelles pertes en vies humaines et en biens.

Ce Dialogue Politique dont les recommandations ne sont pas non plus appliquées, ne s’est tenu qu’en 2008 sous la pression de la communauté internationale après des milliers de morts, un refuge massif aussi bien dans les pays voisins que dans la nature, sans soin, sans eau potable, se nourrissant d’écorces d’arbres à la merci des bêtes sauvages, des intempéries, des conditions d’hygiène inhumaines, des maladies, bref une déstructuration sociale qui aura des conséquences sur plusieurs générations.

Ces deux déclarations sont quelques indications qui montrent que la politique ne s’improvise pas pour des honneurs et des richesses en mettant en péril la vie de toute une nation. Elle est une technique, un art et suppose du flair, de l’intuition, l’instinct qui sait trouver un chemin là où il n’y en a pas apparemment, l’habileté de meneur d’hommes, la largeur de vue qui sait saisir les ensembles, l’imagination qui fait devancer l’avenir en vue d’une action bienveillante pour tous.

Partant du constat que la population ne fait plus confiance aux hommes politiques à cause de leurs revirements spectaculaires pour des intérêts personnels, j’avais exigé dès le départ en mai 2006, avant d’engager l’ADP dans l’UFVN (Union des Forces Vives de la Nation), des conditions consistant à éviter pour les membres de ce groupement de placer leurs intérêts avant ceux de la population ou à ne se servir des formations politiques que dans ce sens. Le procès-verbal de cette déclaration a été publié en son temps dans les journaux de la place et sur les sites de l’ADP.

Eu égard à ce qui précède, la position de l’ADP sous ma direction dans  les débats internes de l’opposition n’a été guidée que par ce principe, l’exemple connu finalement du public, avant mon départ du pays, concerne le poste de Premier Ministre que l’UFVN a mis en avant, créant une tension pendant plusieurs semaines, alors que l’ADP recherchait en priorité le retour de la paix dans le pays.

De  l’Etranger, j’ai préféré observer en silence la vie politique en Centrafrique. Cependant, il y a des choses sur lesquelles il est difficile de fermer les yeux, les oreilles ou se taire lorsqu’on aime son pays.

Conscient d’avoir brûlé le Nord du pays (ce qui lui fait redouter une revanche en cas d’échec aux élections), le calcul du pouvoir pour ce scrutin  consiste à compter sur l’Ouest, le Sud et l’Est en passant par le Centre qui n’échappent pourtant pas au désastre de sa mauvaise politique. Pour cela il lui fallait empêcher que des candidats se présentent dans ces parties du pays pour lui prendre ou grignoter des voix. Pour le Sud, le pouvoir semble se consoler en pensant que la population et les cadres de cette zone lui sont acquis. Pour le Centre, il semble ne pas avoir d’inquiétude, les membres du parti qui le contrôle sont seulement intéressés par certains postes ministériels après les élections et s’entretuent déjà à ce sujet. Pour l’Est où il y a l’uranium, n’étant pas sûr de certains cadres des cette zone, le pouvoir a commencé à affaiblir l’ADP, à diviser en son sein par l’argent, les promesses de postes, et à finalement la récupérer. Malgré ma démission de ce parti, le pouvoir a considéré que ma présence en France a pour objectif de le renverser ou à la limite me présenter aux élections. Un message sanglant d’intimidation, de dissuasion m’a donc été adressé par la convocation à la Présidence de mon neveu et aide de camp, de son assassinat, du dépôt de son corps devant le portail de ma villa, le tout suivi depuis trois mois d’un silence retentissant et accablant.

Pendant ce temps, le RDC (Rassemblement Démocratique Centrafricain), un autre parti politique ayant aussi des cadres, un électorat dans  l’Est, est assailli par des démons de division du pouvoir, qui contrairement à son rôle de préservation  de l’unité nationale, s’est mis ouvertement à l’ébranler, autrement dit à détruire le peu qui restait pour la nation centrafricaine des résultats du grand travail de Barthélémy BOGANDA.

Il  convient de rappeler que l’Est a été abandonné depuis plusieurs années  à la féroce rébellion de la LRA qui tue les habitants, pille, incendie des maisons, enlève des enfants, des femmes pour en faire des esclaves sexuelles, créant la désolation, la famine dans cette zone à cause de l’arrêt d’activités agricoles et de chasse à cause de l’insécurité. La démission du pouvoir devant ses charges de protection du territoire est totale, car indépendamment des rébellions nationales qui occupent une bonne partie du pays, celles venues de l’Etranger ont envahi respectivement le Sud- Est au Nord-Est (LRA de l’Ouganda) ainsi que  SAM OUANDJA l’importante zone minière du pays par la rébellion du DARFOUR Ouest. Les cas de haute trahison par les  violations répétées de la constitution ne se comptent plus, qu’il s’agisse du bradage des ressources nationales ou par exemple du stationnement des troupes étrangères sur le territoire national notamment ougandaises à l’Est dans la ville d’OBO, tchadiennes et soudanaises à BIRAO.

En ce qui concerne l’Ouest, le régime s’est affolé lorsqu’un fils de cette partie du pays s’est non seulement présenté aux élections présidentielles, mais a été investi par son parti, le RDC supposé lui faire accorder les voix de l’Est et de l’Ouest, zone dans laquelle les conséquences de la mauvaise politique du pouvoir, les fouilles et pillages de collecteurs de diamant ont créé  la famine, la malnutrition des enfants, occasionné des morts au sein de la population, ce qui a amené la communauté internationale à intervenir.

La capitale qui contient autant d’habitants que 16 principaux centres urbains du pays réunis, manquent d’eau potable, premier aliment de base de l’homme et vit dans l’obscurité depuis plusieurs années par manque d’électricité avec les conséquences faciles à imaginer. Le   VIH/SIDA fait des ravages dans la population et place notre pays en première place au sein de l’Afrique Centrale. Les dirigeants sont indifférents à cette situation à l’exception de l’aide de la communauté internationale destinée à cette maladie dont le détournement  précipite, accentue non seulement les décès faute de soins, mais choque moralement les partenaires au développement. Les hôpitaux manquent totalement de scanner alors que de très fortes sommes sont dépensées pour l’achat d’armes, la multiplication de voyages. Bref la liste de tout ce qui engendre la souffrance de la population est très longue et pénible à énumérer.

Si à l’occasion des élections de 2011, la population ne fait pas de son bulletin de vote un moyen pour sortir de sa propre souffrance, elle n’aura dans ce cas que ses yeux pour pleurer son sort.                                                               

Face à tout ce qui précède l’obsession démesurée de conserver le pouvoir accentuerait la dérive totale du régime dans le cadre du processus électoral dictée par le désespoir de  perdre d’une part les élections en les organisant, ou de ne pas les organiser en prenant d’autre part la responsabilité d’un autre report de trop. C’est ce qui expliquerait les maladroites et grossières entorses au processus électoral.

En ce qui concerne l’Opposition qui manque de conviction, d’objectivité dans sa lutte, l’une des ses grandes faiblesses a été l’absence de protestation énergique, de condamnation ferme,  de manifestation immédiate  de solidarité à l’un de ses membres, molesté sauvagement  par la  garde présidentielle. Elle aurait du quitter la réunion car nous sommes dans une société civilisée dans laquelle le Président de la République, premier organe de l’Etat doit respecter sa fonction, faire preuve de dignité et où de tels comportements sont impensables devant les hauts représentants de la communauté internationale.

Nous sommes en démocratie. Elle nécessite un équilibre du pouvoir par le biais de  l’opposition, prévue d’ailleurs dans la constitution, même si le régime considère ses membres comme des ennemis. L’opposition joue donc un rôle que lui confère la constitution et ne peut pas être supprimée de la vie politique.

L’Opposition pouvait par ailleurs prendre à témoin la communauté internationale dont les représentants avaient pourtant les mêmes points de vue qu’elle sur le processus  électoral et amener le pouvoir soit à respecter les textes et dans le cas contraire,  à prendre la responsabilité de se présenter dans l’illégalité, seul ou avec des candidats choisis, au risque de rendre ces élections non transparentes non démocratiques non crédibles, donc inacceptables.

En allant malheureusement en ordre dispersé pour le dépôt des dossiers de candidatures sans le respect de la consigne du groupement politique, l’Opposition s’est complètement affaiblie et s’est soumise au pouvoir qui lui dicte désormais sa volonté. Elle pourra difficilement se plaindre en invoquant des fraudes électorales dès l’instant où elle ne devra pas se prévaloir de sa propre turpitude. Elle pourrait par contre  être complice d’une crise à gérer que le régime recherche d’une manière ou d’une autre pour se maintenir en place.

La gestion financière de la CEI (Commission Electorale Indépendante) est largement décriée alors que cet organe est composé également des membres de l’Opposition. En dehors de Me MBOLI GOUMBA qui a démissionné et que je tiens ici à féliciter vivement, les autres membres de l’Opposition restés à leurs postes sont-ils complices de ces malversations ou intéressés aveuglement par les indemnités ? Dans tous les cas, complices de malversations financières ou intéressés seulement par les indemnités, quelles leçons l’Opposition peut-elle alors donner au pouvoir qu’elle combat sur la mauvaise gestion ? Une 3è hypothèse possible serait la complicité de certains partis de l’opposition avec le pouvoir afin de maintenir leurs représentants à la CEI pour éviter une crise découlant de sa mauvaise gestion et perturber des plans établis.

 Tout cela  accentue le manque de confiance de la population à l’égard des partis politiques tant au pouvoir que dans l’opposition. Cela explique aussi l’absence d’engouement des Centrafricains à s’inscrire sur les listes électorales comme constaté par l’observatoire des élections en Centrafrique.

Au sujet de la période mouvementée de notre pays qui s’annonce par les conséquences de ces élections, l’Opposition composée d’individus qui s’observent et se trahissent mutuellement aura également sa part de responsabilité. Elle se neutralise, s’affaiblit par des contradictions en laissant à chaque fois le champ libre au pouvoir tout en  brisant pour des intérêts souterrains,  l’espoir de tout un peuple qui croyait enfin voir le bout du tunnel.

En ce qui me concerne, la volonté de servir mon pays ne me manque pas. Le message sanglant du pouvoir ne m’a pas non plus intimidé ou dissuadé de me présenter aux élections présidentielles de 2011, mais c’est par contre le processus électoral géré par un organe incompétent, partial qui ne garantit nullement la transparence et l’égalité de chance des candidats.

 

Fait à Paris le 20 Novembre 2010

Olivier GABIRAULT

Personnalité Politique Indépendante

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