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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 16:20





(La Nouvelle Tribune (Bn) 04/11/2009)


Téméraire, voire suicidaire de se déclarer opposant en Afrique. C’est une option à haut risque. Au tournant des années 90, tout le monde, en Afrique, a signé un pacte avec la démocratie. Et tout le monde se targuait d’être démocrate.

Exactement comme dans les années 60. Avec les indépendances, tout le monde s’était cru libre. Ainsi, dans les nouvelles démocraties qui fleurissent partout, en Afrique, si, en principe, il n’est interdit à personne de créer un parti, de se poser en alternative au pouvoir, il en va tout autrement dans les faits. Officiellement, le parti unique est mort dans la plupart de nos pays. Mais son ombre ne continue pas moins de hanter l’arène politique.

Toutes velléités d’opposition se trouvent ainsi découragées ou matées. Il existe, pour ce faire, des moyens efficaces qui font chaque jour leurs preuves. Faites un tour d’Afrique : de Niamey à Harare, de Ndjaména à Tunis, de Kinshasa à Luanda, partout où vous posez votre valise, fonctionne avec une redoutable efficacité la machine à casser ou à caser de l’opposant. Il s’agit de faire douter celui-ci, de l’ébranler au plus profond de lui-même, pour qu’il s’aplatisse comme une crêpe. Pour ce faire, la machine propose quatre réponses : bonbon, bâillon, prison, morgue.

Le bonbon est à la fois l’arme de séduction et de débauchage des membres de l’opposition. C’est la carotte généreusement offerte à tous ceux qui sont prêts à troquer leur maillot d’opposants contre le complet veston du mouvancier. A l’opposant qui accepte de s’en délecter, le bonbon du pouvoir a la vertu magique de le changer radicalement. Dans le sens où il est aussitôt soulagé des fatigues des marches et promis à un repos princier sous les lambris dorés du pouvoir. Belle mutation qui fait réfléchir et qui fait fléchir plus d’un opposant inconstant ou inconsistant. Il faut être fou, entend-on dire, pour ne pas mordre la vie à belles dents, pendant qu’il en est encore temps.

Le bâillon est à un degré au-dessus du bonbon, même si l’un et l’autre s’adressent à la bouche. Si le bonbon est bon, voire doublement bon pour la bouche, le bâillon l’est moins, ou pas du tout. Le dictionnaire le définit comme « morceau d’étoffe qu’on met entre les mâchoires ou contre la bouche de quelqu’un pour l’empêcher de parler, de crier ». C’est en cela que le bâillon symbolise le refus, la négation de toute liberté d’expression.

Ainsi, le musellement méthodique de l’opposition finit par rendre celle-ci atone et aphone. La scène politique, de ce fait, ne résonne plus que du tam-tam du pouvoir. La voix de son maître, triomphante et souveraine, efface l’opposition de tout l’espace médiatique, reléguée qu’elle est dans les arrière-cours de la vie nationale. Comme pour signifier que qui n’a plus de voix, n’a plus de poids, donc n’a plus de vie.

La prison est la troisième arme suspendue, telle l’épée de Damoclès, au-dessus de toute opposition. Car on peut perdre la voix et toute expression publique et continuer de jouir de la liberté d’aller et de venir. La prison devient une arme redoutable du pouvoir pour briser l’opposition et la fixer quelque part. L’opposant qui atterrit en prison est coupé de ses bases arrière. Il est à la merci du pouvoir et dans l’espace clos de la prison, loin de tout regard, son destin est assez proche de celui du mouton du sacrifice. On en fait ce que l’on veut.

Nous voici rendus au point où s’écrit l’histoire universelle de toutes les prisons du monde, politiques ou non, d’aujourd’hui, comme d’hier et de demain. Par exemple, les dictatures staliniennes d’hier ont créé le « Goulag ». La très démocratique Amérique de George Bush a créé la fameuse prison de « Guantanamo ». L’une et l’autre prison se valent en horreur, en inhumanité, en négation du respect dû à la personne humaine. Comme quoi la prison reste la prison, quelque soit le régime politique considéré. Mais le geôlier commis à la garde du prisonnier ignore qu’il est, en quelque manière, prisonnier lui aussi. Comme le disent les sages malinké (Citation) : « Celui qui va chez le rat des champs doit accepter de manger des graines de palme » (Fin de citation)

Dernière arme des pouvoirs contre l’opposition, la force brutale et sauvage, avec l’intention de tuer. Il s’agit d’une arme de destruction massive. Le cas de la Guinée de Dadis Camara est encore frais dans nos mémoires. Les opposants, au bout du fusil et dans la ligne de mire du pouvoir ne valent pas plus que du gibier.

On tire dans le tas. Dieu reconnaîtra les siens. Comment peut-on, avec autant de désinvolture, verser le sang humain ? Gravons au fronton de tous les pouvoirs, dans l’esprit et dans le cœur de tous les gens de pouvoir ces mots tirés d’un rituel peul : « Le sang est l’encre des dieux et le sang de l’homme est la plus précieuse des encres. »


Jérôme Carlos


© Copyright La Nouvelle Tribune (Bn)

 

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